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Février 2019

9

AGEFI Luxembourg

Economie

Par Philippe LEDENT, Senior Economist,

ING Belgique-Luxembourg

A

près la mort (de plus

en plus suspecte

d’ailleurs) du co-

fondateur d’une plateforme

de trading en Bitcoin, l’inca-

pacité tout aussi suspecte à

retrouver la clé de cryptage

permettant de libérer l’équi-

valent de 190 millions USD

qui étaient gérés par ladite

plateforme nous rappel-

le que la régulation

a ses vertus.

Je ne reviendrai

pas sur les faits

eux-mêmes, qui

ont fait la semaine

dernière les colon-

nes des faits divers,

et parfois la Une, de la

presse financière.

Peu importe les tenants et les

aboutissants de cette histoire,

qui trouvera très probablement

encore de nombreux rebondissements. Toujours

est-il que de nombreux investisseurs en Bitcoin

(mais leur investissement de départ était

lui, en véritable monnaie) se retrou-

vent aujourd’hui dans l’incapacité

de récupérer leur investissement,

ou ce qu’il en reste compte tenu

du cours actuel de la crypto-

monnaie.

Au-delà dumalheur de ces inves-

tisseurs, cette histoire, qui est

amenéeà se répéter, permet de tirer

quelques conclusions importantes

au sujet de la régulation financière et

de l’émissionmonétaire.

Régulation financière

Tout d’abord, et c’est

éminemment impor-

tant pour une éco-

nomie spécialisée

dans les services

financiers comme

l’est le Luxembourg,

cette histoire rocambo-

lesque rappelle que la

régulation financière a ses

mérites.

Dans la sphère financière, les

banques sont de loin les plus

régulées. C’est normal compte tenu de leur fonc-

tion créatrice de monnaie. L’industrie des fonds

d’investissements et les compagnies d’assu-

rances sont aussi largement régulées.

Cependant, au-delà, on sait que toute une série

d’acteurs financiers sont plus ou moins correcte-

ment surveillés et régulés.

Pourtant, leur part dans la sphère financière est

importante. Or, investir dans des instruments non

soumis à réglementation et/ou via des acteurs

non régulés expose l’investisseur à des risques

importants.Dansdes cas extrêmes, comme c’est le

cas ici, tout peut disparaître, sans aucune trace ni

aucune chance d’être retrouvé. Et pour cause, tout

n’est qu’un alignement de 0 et de 1…

Monopole démission

Plus fondamentalement, la banque centrale, qui

détient lemonopole d’émission d’unemonnaie et

qui est surtout garante de la valeur de celle-ci,

représente l’élément pivot de la solidité d’un

système monétaire et financier. Certes, les nou-

velles formes de monnaies donnent l’illusion que

le processus d’émission d’une monnaie peut être

facilement décentralisé auprès des utilisateurs de

celle-ci (comme c’est le cas de la plupart des cryp-

to-monnaies) ou être à la portée de n’importe qui

(comme c’est le cas des monnaies locales).

Mais ces formes d’émission monétaire resteront

toujours en manque de la qualité la plus précieu-

se des véritablesmonnaies : la confiance. Or, celle-

ci ne peut être que très difficilement déléguée.

Toute l’architecture d’un système monétaire soli-

de repose au contraire sur les fondements de

confiance, de crédibilité et d’indépendance de la

banque centrale. Toute déviationpar rapport à ces

fondements exposent les utilisateurs d’une mon-

naie à des pertes financières.

Pour cette raison, et en supposant que de telles

monnaies aient une quelconque utilité, je pense

que les monnaies électroniques émises par les

banques centrales mais surtout conservées dans

des coffres virtuels de celles-ci ou d’institutions

régulées par celles-ci ont plus d’avenir que les

crypto-monnaies décentralisées.

Enfin, l’histoire des Bitcoin perdus nous rappelle

qu’il sera difficile de passer à des sociétés totale-

ment dénuées de cash. Quelle que soit les mon-

naies électroniques, qu’elle soient issues d’un

algorithme décentralisé dans une blockchain ou

issues de banque centrales, je reste convaincu que

nous désirerons toujours conserver une partie de

nos avoirs «financiers» sous forme physique.

La

cashless

societypeut être atteinte à 95%,mais ne

fut-ce que parce que nous aurons en mémoire les

histoires de disparition virtuelle de richesse qui

étaient au départ, bien réelles, nous chercherons à

conserver une partie de notre épargne sous forme

physique. Autrement dit, si les pièces et les billets

devaient disparaître un jour, cela ne ferait proba-

blement que renforcer la valeur de l’or, des objets

d’art ou des voitures anciennes.

A la recherche des Bitcoin perdus

L

a Commission européenne a présenté,

le jeudi 7 février, ses prévisions écono-

miques de l’hiver 2019. L’économie

européenne devrait enregistrer sa septième

année consécutive de croissance en 2019,

une progression étant attendue dans tous

les Étatsmembres. Le rythme de la crois-

sance devrait globalement ralentir après

avoir atteint des taux élevés ces dernières

années, tandis que de grandes incertitudes

entourent les perspectives.

ValdisDombrovskis,vice-présidentpourl’euroetle

dialogue social, également chargé de la stabilité

financière, des services financiers et de l’union des

marchés des capitaux, a déclaré : «La croissance

devrait se poursuivredans tous les pays de l’UEen

2019, cequi est synonymede créationsd’emplois et

de prospérité. Toutefois, nos prévisions sont revues

àlabaisse,enparticulierpourlesgrandeséconomies

de la zone euro. C’est la conséquence de facteurs

extérieurs, tels que les tensions commerciales et le

ralentissementéconomiquedanslesmarchésémer-

gents, notamment en Chine. Les inquiétudes au

sujetdelacorrélationdettessouveraines/banqueset

delasoutenabilitédeladetterefontsurfacedanscer-

tainspaysdelazoneeuro.Lapossibilitéd’unBrexit

désordonné crée une incertitude supplémentaire.

Prendre conscience de la montée de ces risques ne

suffit pas. Il faut aussi choisir la bonne panoplie de

mesures, notamment encourager l’investissement,

redoubler d’efforts pour mener à bien les réformes

structurelles et mettre en œuvre des politiques

budgétaires prudentes.»

PierreMoscovici

(cf. photo), commissaire pour les

affaires économiques et financières, la fiscalité et les

douanes, a ajouté : «Après le pic de 2017, la décélé-

ration de l’économie de l’UE devrait se poursuivre

en 2019 et le taux de croissance s’établir à 1,5%. Ce

ralentissement devrait être plus prononcé qu’onne

leprévoyaitl’automnedernier,enparticulierdansla

zoneeuro,enraisond’incertitudesentourantlecom-

merce mondial et de facteurs nationaux dans les

grandeséconomiesdel’UE.Lesfondamentauxéco-

nomiques de l’Europe restent solides et nous conti-

nuons de recevoir de bonnes nouvelles, enparticu-

lier sur le front de l’emploi. La croissance devrait

progressivement rebondir au second semestre de

cette année et en 2020.»

Croissance économique

L’activité économique a ralenti au second semestre

de l’andernier, la croissanceducommercemondial

ayantfléchi,desincertitudesayantérodélaconfian-

ce et la production dans certains États membres

ayant pâti de facteurs nationaux temporaires, tels

que des arrêts de production dans le secteur auto-

mobile, des tensions sociales et des incertitudes en

matière de politique budgétaire. Le taux de crois-

sance du produit intérieur brut (PIB) aurait par

conséquent reculé pour s’établir, dans la zone euro

comme dans l’ensemble de l’Union européenne, à

1,9%en 2018, contre 2,4%en 2017 (prévisions d’au-

tomne : 2,1%pour l’UE à 28 et pour la zone euro).

La dynamique économique est restée atone en ce

début d’année, mais les fondamentaux restent

solides.Lacroissanceéconomiquevasepoursuivre,

mais de manière moins soutenue. L’économie

européenne devrait continuer de bénéficier d’une

améliorationdelasituationdumarchédutravail,de

conditionsdefinancementfavorablesetd’uneorien-

tation légèrement expansionniste des politiques

budgétaires. Pour la zone euro, les prévisions

annoncent àprésent une croissanceduPIBde 1,3%

en 2019 et de 1,6%en 2020 (prévisions d’automne :

1,9% en 2019 et 1,7% en 2020) Les prévisions de

croissanceduPIBde l’UEont également été revues

à labaisse, à1,5%pour 2019et 1,7%pour 2020 (pré-

visions d’automne : 1,9% en 2019 et 1,8% en 2020).

Parmi les grands États membres, l’Allemagne,

l’Italie et les Pays-Bas ont fait l’objet d’un abaisse-

ment marqué des prévisions de croissance pour

2019. De nombreux États membres continuent de

bénéficier d’une demande intérieure robuste, sou-

tenue également par les fonds de l’UE.

Inflation

Letauxd’inflationdesprixàlaconsommationdans

lazoneeuroareculéverslafindel’année2018,sous

l’effetd’unefortebaissedesprixdel’énergieetd’une

moindrehaussedes prixdes produits alimentaires.

L’inflation sous-jacente, qui ne tient pas comptedes

prix de l’énergie et des denrées alimentaires non

transformées, est restée modérée tout au long de

l’année,malgréuneaccélérationdelacroissancedes

salaires. L’inflation globale (IPCH) a atteint en

moyenne 1,7% en 2018, contre 1,5% en 2017. Les

hypothèses de cours dupétrole pour cette année et

pour l’an prochain étant maintenant plus basses

qu’à l’automne dernier, il est prévu que l’inflation

danslazoneeurodescendeà1,4%en2019avantde

remonter légèrement à 1,5% en 2020. Pour l’en-

semble de l’UE, les prévisions tablent sur un taux

d’inflationde1,6%enmoyennecetteannée,puissur

une hausse à 1,8%en 2020.

Incertitudes

Un niveau élevé d’incertitude pèse sur les pers-

pectives économiques, les projections étant

entourées d’aléas baissiers. Les tensions commer-

ciales, qui pesaient sur le climat économique

depuis quelque temps, se sont un peu apaisées

mais restent un sujet de préoccupation. Le ralen-

tissement de l’économie chinoisepourrait êtreplus

marqué que prévu, tandis que les marchés finan-

ciers mondiaux et de nombreux marchés émer-

gents sont à lamerci debrusques changementsdes

anticipationsde croissance et de l’attitudeà l’égard

du risque. Pour l’UE, le processus du «Brexit»

demeure une source d’incertitude. Compte tenu

duprocessusderetraitduRoyaume-Unidel’UE,les

projections pour 2019 et 2020 reposent sur l’hypo-

thèse purement technique d’un maintien du statu

quo dans les relations commerciales entre l’Union

post-Brexit et le Royaume-Uni. Il s’agit là d’une

hypothèse servant uniquement à l’élaboration des

prévisionsetsansinfluenceaucunesurleprocessus

en cours dans le cadre de l’article 50.

Source : Commission

Prévisions économiques de l’hiver 2019 de la Commission européenne

«La décélération de l’économie de l’UE devrait se poursuivre en 2019»

©Mauro Bottaro

Journée de l’Economie 2019 -

28 February 2019

T

rade is in a state of global uncertain-

ty: the framework for open, rules-

based trade faces multiple threats. To

name just a few, trade agreements between

China and the EU, as well as Brexit and the

rise of protectionism lead to one question:

are we on the brink of a trade war?

This year, our annual conference brings together

leading names from the worlds of business,

academia andpolitics to discuss anddebate critical

issues affecting global trade and international eco-

nomic relations.

In themorning, hear fromanexceptional line-upof

speakers, including insights from:

- Dani Rodrik

, Economist; Ford Foundation

Professor of International Political Economy,

Harvard’s John F. Kennedy School of

Government; President-Elect, International

Economic Association and author of the

book

Straight Talk on Trade: Ideas for a Sane World

Economy

(2017).

- André Sapir

, Senior Fellow, Bruegel;

University Professor, Université libre de

Bruxelles (ULB); Research Fellow, London-based

Centre for Economic Policy Research.

In the afternoon, a

panel discussion

will focus

on the potential impacts for Luxembourg.

Finally, a

working session

(in French), held in

collaborationwith Fondation IDEA, will address

the following question: Peut-on protéger sans

protectionnisme ?

Don’t miss out on one of the highlights of the

Luxembourg business calendar!

Hope to see you there!

More information and registration here:

http://www.jecolux.lu/events/economyday/

index.html

To find out more about the event or to share your

point of view, visit our website:

www.jecolux.lu

and followus on Twitter @JEcolux #Jelux.

Since 2007, the «Journée de l’Economie» has been organised

every year, assembling a community of entrepreneurs, lead-

ers, institutional administrators, politicians and decision-

makers fromLuxembourg and the Greater Region.

This conference presents an opportunity to take stock of

the economic situation and contemplate ways to boost the

development of businesses in Luxembourg and the

Greater Region through open discussions.

Over the years, this conference has come to constitute one

of the key events of Luxembourg’s corporate agenda. Now

in its thirteenth edition, the «Journée de l’Economie» has

provided a stage for in-depth discussions about hot topics

such as the economic crisis, industrialisation, economic

growth and drivers of competitiveness in Luxembourg

and the Greater Region.

The success of the «Journée de l’Economie» is to a large

degree due to the dedicated involvement of its three main

organisers: the Ministry of Economy via the Luxembourg

Competitiveness Observatory, the Luxembourg Chamber

of Commerce and FEDIL - The Voice of Luxembourg’s

Industry. The contribution of private collaborators such as

PwC Luxembourg has also considerably contributed to

the conference’s distinction and renown.

Source: PwC Luxembourg

Protectionism, nationalism, global trade tensions on the rise:

Turbulent waters and potential scenarios