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Avril 2019

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AGEFI Luxembourg

Economie / Fiscalité

Par Bruno COLMANT, Ph.D., Professeur auxiliaire

à la Luxembourg School of Finance, membre de

l’Académie Royale de Belgique

À

quelques semaines des

élections européennes, de

nombreux partis au sein

de plusieurs pays, ne font plus

mystère de leur volonté pour

l’Europe au travers de la désigna-

tion de députés au mieux euros-

ceptiques, au pire souverainistes

exclusifs, Il faut faire face à cette

réalité : le modèle social-démocrate

fondé sur le couple franco-allemand

et relayé par l’adossement des pays-

satellites de l’ex-URSS ne peut

plus être justifié par des

équilibres hérités

du second conflit

mondial. Si de puis-

santes forces centri-

fuges s’expriment

aujourd’hui, c’est que

le modèle centralisateur

prôné par l’Union européenne

(UE) n’est pas ou plus reconnu ou

accepté par des pays au sein desquels

les expressions politiques domestiques

prévalent désormais sur un projet conti-

nental. Un retour aux Etats-nations d’an-

tan me semble néanmoins illusoire. En

revanche, des ligues de pays voire de

régions fédérées dans une logique féodale

ne sont pas à exclure.

Desdéfismajeursattendentdonclesprochainsdiri-

geants européens. Il s’agit, avant tout, refonderune

Union devenue uneOlympe technocratique com-

plètementdissociéedespréoccupationscitoyennes.

Cet impératif démocratique est d’autant plus

urgent que des périls d’une envergure dépassant

de lointout cequi adûêtre traversédepuis la finde

la Seconde Guerre mondiale s’amoncellent à ses

portes.Des crises successives sont révélatricesd’un

modèleàboutdesouffleetdel’aboutissementd’un

modèlede complaisance, demanquedevision, de

déficit de perspectives. Les configurations socié-

tales deviendront donc extrêmement vulnérables.

Les démocraties seront mises à l'épreuve dans le

sillage des chocs économiques. Insidieusement,

dans ces interstices, d'autres configurations poli-

tiques risquent d'émerger.

Lavéritable questionportera sur la représentation

de l'avenir du corps social, c’est-à-dire de la pro-

messe du type de société européenne que nous

devrons formuler. Quelle sera l’envie du futur

alors qu’un torrent de défis sociétaux avec une

singulière convergence de leurs paroxysmes va

déferler dans moins de dix ans.

Dansuncontextede résurgences

démagogiques et populistes,

le populisme est incidem-

ment le creuset de la peur

de la marginalisation,

d’une désespérance et

d’une misère sociale ali-

mentant un sentiment de

déresponsabilisationper-

sonnelle. Mais attention :

contrairement aux démo-

craties, le charme véné-

neux de certaines expres-

sionspolitiques autoritaires

ne s’embarrassed’aucunpro-

jet social durable.

L’avènement des mouvements

populistes pourrait entraîner des

menaces d’expropriation ou de

violences insurrectionnelles,

voiremême révolution-

naires, comme

c e r t a i n s

h o m m e s

politiques,

notamment

français, l’évo-

quent

non

sans quelque

ambiguïté.

Ils

pourraient, inversement, être associés à une aug-

mentationde lapuissancepubliqueet de la répres-

sionpolicièrepour encadrerdes troubles sociauxet

restaurer la discipline sociale.

Un autre défi est celui de l’urgence climatique

dont les peuples européens revendiquent une for-

mulation transnationale. Il n’est pluspossiblede se

réfugier dans une jouissancenarcissique et indivi-

duelle de la prospérité immédiate au détriment

des futures générations, c’est-à-diredenos enfants.

Cette révolution-là demande la mise en œuvre

d’investissements publics massifs pour financer

la transition énergétique. Pour ce faire, il convient

donc de mettre en œuvre une politique keyné-

sienne car l’économie de marché spontanée n’est

pas capable de structurer des projets dont le ren-

dement dépasse la simple recette financière. De

nombreuses solutions existent pour ce finance-

ment : des organismes européens, tels que la

Banque européenne d’investissement (BEI) et la

Banque centrale européenne (BCE), peuvent être

mis à contribution.

Face à ces enjeux, on ne fera pas l’économie de

repenser l’euro. Vingt ans après sa création, cette

monnaie commune est réfutée par plusieurs

nations qui ont dû absorber le maintien de la

paritémonétaire audétriment de leur activité éco-

nomique. Jusqu’à présent, l’euro est défini de

manière éthéréepar son seul objectif d’inflationde

2%, ce qui aparadoxalement conduit la zone euro

au bord de la déflation ! Comment les gouver-

nants européens de l’époque ont-ils pu s’aban-

donner àun tel relâchement d’intelligence ? Il faut

désormais unemutation idéologique qui postule

que le but de l’euro est la croissance de l’emploi,

voire le plein-emploi. Celle-ci supposera une

modification structurelle dumandat de la BCE et

un alignement des politiques économiques. C’est

ambitieux mais pas irréalisable : les Etats-Unis

ont structuré leur politique monétaire dans ce

sens. Et pour ceux qui restent incrédules devant

une modification des traités, il faut se souvenir

que si la rue n’apas toujours raison, onn’apas rai-

son contre la rue. Il s’agirait aussi d’aller au bout

d’un marché unique et de mettre en œuvre, au

niveau supranational, des politiques industrielles

qui assurent que la fluidité du travail et du capi-

tal soit accompagnée par des réalités de marché,

comme le président français, EmmanuelMacron,

l’aproposé. Il faudrait aussi assurer la constitution

d’une fédération fiscale et budgétaire digne d’une

monnaie commune.

Il s’imposera donc demettre enœuvre, demaniè-

re circonstancielle, des politiques keynésiennes

de stimulationde la demande et d’élargir leman-

dat de la BCE afin de tenir compte des disparités

du niveau d’activité économique dans la poli-

tiquemonétaire. La crise de 2008 a démontré que

l'emploi et la croissance avaient été les variables

d’ajustement au maintien de l’unité monétaire.

Le capital (c’est-à-dire la pérennité du symbole

monétaire) a prévalu sur le travail. Il faudrait

donc désormais, à tout lemoins pour partie, réé-

quilibrer l’importance de ces deux facteurs de

productiondans la gestionde lamonnaie, dans le

sens d’une importance croissante accordée au

facteur travail.

Au reste, le ralentissement significatif de l’écono-

mie européenneva immanquablement gonfler les

déficits budgétaires et les endettements publics.A

un certain moment, la BCE sera sollicitée pour

réactiver la planche à billets, comme elle l’a fait

entre 2015 et 2018. Cette opération a conduit à

créer de la monnaie pour le montant astrono-

miquede 2.600milliardsd’euros. Il faut savoir si la

BCE s’engagera à nouveau dans cette voie d’in-

jection, alors même que la pression politique et

sociale s’intensifie. Si laBCEs’y refuse, un schisme

monétairepourrait être inéluctable. Et finalement,

la question est de savoir quel crédit l’Allemagne

donnera-t-elle encore à l’euro. Cette devise lui fut

imposée comme le dernier reliquat des dom-

mages de guerre décidés lors des accords deYalta

en 1945, afin de recouvrer sa souveraineté territo-

riale. En 2002, l’Allemagne dut troquer la tutelle

dumark commeprixde la restitutionde sonunité

géographique.Mais, pour l’Allemagne, l’euro s’est

peut-être transformé en spectre du traité de

Versailles de 1919.Al’époque, la France avait dit :

l’Allemagne paiera. On connaît les funestes

aigreurs qui arrivèrent par la suite. Là aussi, l’ave-

nir de l’Europe est en jeu.

Si ces objectifs politiques et monétaires relèvent

du temps long, leurmise enœuvre seraparsemée

d’embûches car les géométries géopolitiques,

monétaires et politiques sont à l’aube de boule-

versements imminents. Le modèle social-démo-

crate, désormais mis en cause, a été financé par

l’emprunt publicdont la soutenabilité est précaire.

Il faudra donc forcer les autorités monétaires à

contribuer à l’ordre social qui résultera de l’attri-

tiondes biens publics espérés. De grandes pertur-

bations sont donc à attendre.

La prochaine et inévitable crise (car elles sont

séquentielles et inhérentes à l’économie de mar-

ché) sera amplifiée par les profonds débats idéo-

logiques, sociaux et politiques qu’elle suscitera.

Tout cela s’inscrira dans de nouvelles polarités de

commerce international. Lemoment sera circons-

tanciellement périlleux : Donald Trump lancera

probablement son offensive commerciale contre

l’UE au moment de l’interrègne des élections

européennes, dansuncontexte social, économique

et financier de recul de croissance.

Enconclusion,ma convictionest que lesprochains

mois seront probablement les plus décisifs pour

l’Europe depuis la création de la Communauté

économique européenne en 1957. Trois-quarts de

siècles après Yalta, trois décennies après la chute

duMur et vingt ans après la créationde l’euro, un

nouvel horizon se dessine. Ce sera celui d’une

Europe moins centralisatrice, plus respectueuse

desdifférents tropismes etmoinsdirective.Malgré

qu’il soit sans doute lié au ressentiment social du

Sud de l’Europe, l’euro reste in fine le meilleur

narratif de l’intégration européenne. C’est pour

cela qu’il faut impérativement modifier son incli-

naison idéologique.

OPINION

Europe, climat, euro : le temps d’une refonte est venu

L

e Fonds européen d’investissement

(FEI) et la Banque Internationale à

Luxembourg (BIL) étoffent leur

accord relatif au volet «Garanties pour les

PME» du dispositif InnovFin : 20millions

d’EURdisponibles pour les PME et les ETI

innovantes. Cette opération est soutenue

par le Fonds européen pour les investisse-

ments stratégiques (FEIS), qui relève du

Plan d’investissement pour l’Europe ou

«plan Juncker». L’accord a été signé par

voie électronique, une première pour les

deux parties.

Le renforcement de l’accord InnovFin liant le FEI

et la BIL permettra d’accroître l’accès aux finance-

ments pour les PME et les petites ETI luxembour-

geoises qui misent sur l’innovation. L’opération

bénéficie du soutien du Fonds européen pour les

investissements stratégiques (FEIS), l’élément cen-

tral du Plan d’investissement pour l’Europe.

L’accord de garantie initial, signé en 2015, a été

doté de 10millions d’EUR supplémentaires pour

permettre à la BILd’injecter deux fois cemontant

dans son activité de prêt en faveur des entre-

prises innovantes au Luxembourg. Cette aug-

mentation signifie que la garantie du FEI couvri-

ra un portefeuille de prêts de la BIL représentant

jusqu’à 80 millions d’EUR au total à destination

de plus d’une centaine d’entreprises.

«

Le renouvellement de notre accord avec le FEI

démontre la pertinence de l’initiative InnovFin et

notre capacité à détecter et à soutenir les entreprises

innovantes au Luxembourg. Qu’il s’agisse d’aider des

jeunes pousses à prendre leur envol ou de financer des

projets innovants portés par des PME bien établies,

la BIL s’est solidement imposée en tant qu’allié

majeur de l’écosystème de l’innovation florissant au

Grand-Duché de Luxembourg. Nous sommes fiers

d’ouvrir un nouveau chapitre de cette histoire à succès

qui encouragera l’économie locale à innover et à

croître davantage

», a déclaré Marcel Leyers, Chief

of Corporate and Institutional Banking à la BIL,

dont il deviendra le CEO à partir du 1

er

mai de

cette année.

CarlosMoedas, commissaire européen chargé de

la recherche, de la science et de l’innovation, a

déclaré : «

Il s’agit d’une très bonne nouvelle et d’une

nouvelle illustration de l’application concrète du plan

Juncker, qui se traduit par un nouvel apport de finan-

cements pour les petites et moyennes entreprises

luxembourgeoises, soit exactement ce dont elles ont

souvent besoin pour lancer de nouveaux produits,

intégrer des processus innovants, créer des emplois et

se déployer au-delà de leur marché local

Pier Luigi Gilibert, directeur général du FEI, a

ajouté : «

L’élargissement de l’accès aux financements

demeure un enjeu crucial à travers l’Europe, y com-

pris au Luxembourg. Grâce à l’accord élargi conclu

avec le FEI, la BIL continuera à proposer des finance-

ments plus favorables aux PME et aux petites ETI

innovantes, ce que ne manquera pas d’apprécier le

marché, j’en suis persuadé. Le dispositif InnovFin et le

Plan d’investissement pour l’Europe confirment leur

rôle déterminant pour offrir des perspectives aux

petites entreprises.

»

La BIL et le FEI augmentent

leur soutien aux PME

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