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AGEFI Luxembourg

4

Avril 2019

Economie / Fiscalité

L

es acteurs du secteur finan-

cier britannique privilé-

gient les places sûres.

Si le Brexit devait se

confirmer, Dublin et

Luxembourg auront lar-

gement leurs préfé-

rences. Voici pourquoi.

Par Adelin REMY

Les médias européens spécu-

lent sur la possibilité de nom-

breux acteurs de la City de

déménager à Bruxelles, à

Dublin, à Francfort, à

Luxembourg ou à

Paris.

Les chiffres aujour-

d’hui sont :

– Dublin : 100 demandes

d’agrément (dont plu-

sieurspour un seul groupe)

– Luxembourg : 51 créés, 29

probables, total 80

– Francfort : 45

– Paris : environ 35

– Bruxelles : la compagnie d’assurances Lloyds.

(2)

Les écarts entre ces villes sont très importants.

Pourquoi ?

Plusieurs explications :

La spécialisation et l’expertise sont

essentielles

: une ville ne s’impro-

vise pas place financière du jour

au lendemain. Dublin et

Luxembourg ont créé leur

place financière il y a plusieurs

décennies. À chaque ville sa

spécialité et son expertise :

Dublin et Luxembourg ne

revendiquent pas le rôle de capi-

tale de l’Europe que détient

Bruxelles.

La fiscalité et la stabilité fiscale

et règlementaire

: plus que le

niveau de taxation, c’est la stabilité

fiscale

qui

est

importante.

L’épaisseur et la com-

plexité effroyables du

Code Général des

Impôts en France qui

reflète les trop nom-

breux changements poli-

tiques, par exemple, est

de nature à faire fuir.

La mentalité

: si les médias

assènent chaque jour des

condamnations de la finance, de la

mondialisation, du marché et du capitalis-

me, les candidats regarderont plutôt ailleurs.

Plus surprenants sont les médias financés par

l’État qui détruisent avec des

a priori

idéolo-

giques les fleurons de l’économie et de l’emploi

du pays.

(3 (4)

Les langues

: l’anglais est devenue la seule

langue de la finance. Il faut donc qu’une main-

d’oeuvre anglophone ou polyglotte soit dispo-

nible. Ce problème a tendance à s’estomper

puisque la majorité des jeunes choisissent

aujourd’hui l’anglais comme seconde langue.

La proximité de l’administration

: le secteur

public est indispensable pour l’agrément, le

contrôle et l’adaptation des normes

européennes. C’est cette proximité qui explique

notamment les 45 relocations à Francfort, qui

jouit de la présence de la Banque centrale

européenne (BCE). Ceci devrait bénéficier à

Paris puisque l’Autorité bancaire européenne

(ABE) quitte Londres pour Paris. Quoiqu’il en

soit, cette proximité doit être organisée pour

arriver au niveau d’excellence de Luxembourg

dans ce domaine.

L’environnement culturel

: la présence d’é-

coles internationales, la vie culturelle et l’accueil

en anglais sont aussi des facteurs déterminants.

Si l’effet des délocalisations a un impact impor-

tant sur l’emploi (3 000 emplois à Luxembourg

ou 11,5% de l’emploi dans le secteur financier),

il ne faut pas oublier que Londres est le second

centre financier mondial (après New York),

Francfort le 10

ème

, Luxembourg le 30

ème

, Dublin

le 38

ème

et Bruxelles le 52

ème

.

(5)

Il serait plus opportun de mesurer les centres

financiers par activités : Luxembourg est ainsi le

premier centre de domiciliation de fonds d’in-

vestissement en Europe et le deuxième dans le

monde (après les États-Unis), le premier centre

de captives de réassurance en Europe, le troi-

sième centre mondial du renminbi (la monnaie

chinoise) dans le monde avec 9 banques chi-

noises à Luxembourg,

En finance islamique, Luxembourg est le pre-

mier centre à avoir agréé une compagnie d’as-

surances de type finance islamique, à avoir coté

en 2002 une

sukuk

(obligation de type finance

islamique), où la banque centrale a été à la pre-

mière à devenir membre de l’Islamic Financial

Services Board (IFSB) et où le Grand-Duché a

été le premier à émettre une

sukuk

en euro.

« Je crois sincèrement que les villes ont une âme, elles

se teintent de l’énergie de ceux qui y vivent et prési-

dent à leur destinée. »

(Patricia Cornwell)

1) Éditorial d’

Agefi Luxembourg

, inspiré par l’article sur le

même sujet publié chez

Contrepoints

le 19 mars 2019.

2) Ariane van Caloen, «Brexit : pourquoi le Luxembourg

a écrasé la place de Bruxelles»,

La Libre Belgique

22 février

2019, commentant la présentation de Nicolas Mackel,

CEO de Luxembourg for Finance à Bruxelles

3) Adelin Remy, «Cash Investigation : Ce n’est pas du

journalisme mais de la pure propagande»,

Agefi

Luxembourg

, décembre 2017 & «Cash Investigation : c’est

quoi ces méthodes ?»,

Contrepoints

, 8 décembre 2017

4) «Cash investigation. Luxe, les dessous chocs»,

France 2

,

9 octobre 2018. LVMH, mise en cause dans ce reporta-

ge, engage 2 500 à 3 000 personnes en France, malgré des

ventes réalisées à 90% hors de France. NdlA.: 3 000

emplois à comparer avec les 3 000 emplois Brexit créés à

Luxembourg.

5) Global Financial Centres Index (GFCI), 2019.

ÉDITORIAL

(1)

Brexit : la City choisit la spécialisation et l’expertise dans l’eurozone

BOS Wealth Management Europe S.A.

aura son siège à Luxembourg et une suc-

cursale à Londres pour mieux desservir les

populations européennes les plus fortunées,

en pleine progression

B

ank of Singapore, la

branche banque privée du

deuxième plus important

groupe de services financiers

dans tous le sud-est asiatique,

OCBC Bank, a officiellement

lancé sa filiale gestion de patri-

moine en Europe, BOSWealth

Management Europe S.A.

(BOSWM) qui renforce les posi-

tions de Bank of Singapore pour

capter de nouvelles opportunités

sur le Vieux Contient.

Ce lancement introduit une nouvelle

phase de développement de sa présen-

ceenEuropeoùsetrouvelaplusimpor-

tantepopulationaumonde(35%)detrès

grandes fortunes en 2018 et dont le

nombre devrait progresser de 24% sur

les cinq ans à suivre

(1)

.

La filiale basée à Luxembourg est

dirigée par Anthony Adriano Simcic,

président-directeur général. Rattachée à

M. Simcic, Liz Bottomley est directrice

générale de la succursale anglaise de

BOSWM, basée à Londres. BOSWM

compte 30 salariés entre ses bureauxde

Luxembourg et de Londres et prévoit

de poursuivre ses recrutements straté-

giques.

Le 1

er

avril 2019, BOSWM a procédé au

lancement de l'activité à Luxembourg,

renduofficielparleministredesfinances

du Luxembourg, Pierre Gramegna. Le

Haut-Commissaire de Singapour au

Royaume-Uni, Foo Chi Hsia, a honoré

de sa présence l'ouverture à Londres de

la succursale au Royaume-Uni de

BOSWM, le 2 avril 2019.

Ces deux évènements se sont déroulés

en présence de Samuel Tsien, prési-

dent-directeur général de la société

mère de Bank of Singapore, OCBC

Bank, Ching Wei Hong, directeur des

opérations d'OCBC Bank et président

deBankof Singapore, et BahrenShaari,

président-directeur général de Bank of

Singapore, rejoints par 400 convives.

Bahren Shaari, président-directeur

général de Bank of Singapore, a com-

menté le lancement officiel deBOSWM

ences termes : «Bankof Singapore fran-

chit aujourd'hui une étape majeure.

L'Europe a toujours fait partie inté-

grante de notre activité. La création de

BOS Wealth Management Europe sur

deux centres financiersdepremier plan

renforce notre engagement d'implica-

tion auprès des grandes et très grandes

fortunes dans cette partie dumonde.»

Le ministre des Finances du

Luxembourg, Pierre Gramegna, a

déclaré : «Le lancement de BOSWealth

Management Europe est une étape

importante. Il s'agit de la première ins-

titution financière de Singapour à éta-

blir son siège au Luxembourg. Cela

confirme le rôle du Luxembourg en

tant que l’un des principaux centres de

gestion de patrimoine et de fortune en

Europe.»

Avant l'existence de BOSWM, Bank of

Singapore s'occupait de ses clients

européens depuis son siège de

Singapour et par l'intermédiaire des

bureaux à Londres de sa société mère

OCBC Bank.

1) Selon leWealth Report 2019 de Knight Frank

Bank of Singapore Wealth Management

installe sa filiale européenne au Luxembourg

De gauche à droite : Anthony Adriano Simcic, BOSWM ; Claude Marx, CSSF; Samuel Tsien,

OCBC Bank ; Bahren Shaari, Bank of Singapore ; Ching Wei Hong, OCBC Bank et Bank of

Singapore ; Olivier Denis, Bank of Singapore

L

e Premier ministre,

ministre d'État, Xavier

Bettel, s'est rendu à

Bruxelles en date du 10 avril

2019 pour une réunion extraordi-

naire du Conseil européen pen-

dant laquelle les dirigeants de

l'UE à 27 ont examiné les der-

niers développements relatifs au

Brexit. Lors de cette réunion, les

dirigeants de l'UE27 ont accepté

de reporter le Brexit au 31

octobre 2019. Cette décision a été

prise en accord avec le

Royaume-Uni et suite à une

lettre envoyée par la première

ministre britannique, Theresa

May, demandant une nouvelle

prolongation de la période visée

à l'article 50.

Les chefs d'État et de gouvernement

ont accepté une extension au Brexit,

c'est à dire à la sortie duRoyaume-Uni

de l'Unioneuropéenne, pour permettre

la ratification de l'accord de retrait.

Les conclusions du Conseil européen

prévoient qu'une telle prolongation

«ne devrait durer que le temps néces-

saire et, en tout état de cause, au plus

tard le 31 octobre. Si l'accord de retrait

est ratifié par les deux parties avant

cette date, le retrait aura lieu le premier

jour dumois suivant.» Ceci était parti-

culièrement important pour le Premier

ministre, Xavier Bettel, qui a souligné

qu'une extension au Brexit doit être

«intelligente et utile».

Les dirigeants de l'UE27 ont concluque

le Royaume-Uni devra organiser des

élections auParlement européen s'il est

toujours membre de l'UE entre le 23 et

le 26mai 2019. Ceci était unedes condi-

tions principales pour le Premier

ministre pour accorder une extension

au-delà de la date du 22 mai 2019.

«La participation aux élections

européennes est fondamentale pour

garantir le bon fonctionnement de nos

institutions et de notre système démo-

cratique européen - ceci est donc une

sorte de «clause guillotine» : si le

Royaume-Uni ne tient pas d'élections

européennes, il quittera automatique-

ment l'UE le 1

er

juin 2019.», a déclaré le

Premier ministre.

Les dirigeants ont également répété

qu'il ne pouvait y avoir de réouverture

de l'accord.

Enfin, les chefs d'État et de gouverne-

ment ont pris note de l'engagement

pris par le Royaume-Uni d'agir de

manière constructive et responsable

pendant cette période. C'est pour cela

que les conclusions du Conseil

européen prévoient que le Royaume-

Uni s'engage à «faciliter la réalisation

des tâches de l'Union et s'abstient de

toute mesure susceptible de compro-

mettre la réalisation de ses objectifs, en

particulier lors de la participation à ses

processus décisionnels».

Pour le Premierministre, Xavier Bettel,

ceci signifie que le Royaume-Uni doit

coopérer de manière sincère et loyale

avec les 27 : «il ne doit pas avoir d'in-

tentions destructives qui pourraient

viser à nuire au bon fonctionnement

de notreUnion.Mais pourtant, en tant

que membre de l'UE et jusqu'à ce qu'il

cesse de l'être, le Royaume-Uni a des

droits et des obligations qui doivent

être respectés par les deux côtés : nous

ne pouvons pas demander au

Royaume-Uni d'organiser des élec-

tions européennes et en même temps

l'exclure du processus décisionnel», a

noté le Premier ministre.

Le Conseil européen examinera les

progrès accomplis lors de sa réunion

de juin 2019.

Source : ministère d'État

Xavier BETTEL à la réunion extraordinaire du Conseil européen (article 50 / Brexit) à Bruxelles

L'UE donne six mois de plus au Royaume-Uni pour réussir sa sortie

©2019 SIP / ThierryMonasse