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Juin 2019

21

AGEFI Luxembourg

Fonds / Bourse

L

e monde des nouvelles technolo-

gies n’est plus unmarché de

niche réservé à quelques inves-

tisseurs avertis. Déjà investi par les

Venture Capitalistes, le marché des

start-ups de la Tech attire égale-

ment les fonds de Private Equity

plus traditionnels. Mais les

vieilles recettes risquent de ne pas

suffire à capter le potentiel de l’in-

novation. Le marché de la Tech

impose un changement d’état d’esprit

et un renouvèlement des méthodes.

Investir dans lemarché

de laTech est d’abord

un état d’esprit

Se forger unavenir dans le

digital demande avant tout

de prendre soi-même le

tournant technologique.

Après des années de sous-

investissement technolo-

gique, l’industrie du Private

Equity a encore besoin de

moderniser son infrastructure

numérique afin d’être en mesure

d’affronter les challenges de demain*. La créa-

tiondevaleurdans les sociétés traditionnellesdéte-

nues enportefeuille passe bien souvent par l’amé-

lioration des processus opérationnels et par le

développementd’interfaces clientsplusattractives.

Pour rester dans la course, les fonds de Private

Equity doivent alors être enmesure d’évaluer et

de conseiller la transformation digitale de leurs

sociétés-cibles. Fonder des capacités et des

compétences numériques en interne est déjà un

avantage compétitif dans l’industrie du Private

Equity. C’est d’autant plus le cas lorsqu’il s’agit

d’investir directement dans les start-ups des

nouvelles technologies. Les nouvelles technolo-

gies affichent des retours sur investissement

pharamineux, mais seuls ceux qui s’y sont pré-

parés sérieusement peuvent espérer avoir leur

part du gâteau.

Dénicher la prochaine success-story

demande d’adapter ses modèles

de prise de décision

Les start-ups étant par définition dans les pre-

miers balbutiements du cycle de vie d’une entre-

prise, l’investisseur ne peut fonder sa décision

d’investissement sur la génération de flux de tré-

sorerie passée oumême sur les flux à venir dans

un future proche. Les Venture Capitalistes

connaissent bien cemécanisme. Il s’agit de suivre

les étapes-clefs du projet jusqu’à ce que l’entre-

prise devienne profitable par elle-même ou soit

rachetée par un acteur plus grand qui saura

l’intégrer en réalisant des synergies. Ce qui rend

la prise de décision d’investissement dans les

start-ups technologiques d’autant plus compli-

quée, c’est que le modèle de ces jeunes entre-

prises ne se fonde pas sur une espérance de pro-

fitabilité, même sur le long terme. Les évalua-

tions des grands de la Tech ne sont que très peu

corrélées aux indicateurs de performance écono-

mique traditionnels.

Les indicateurs de succès utilisés, tels que les flux

de fréquentation des sites internet ou le nombre

d’usagers des applications mobiles, ne sont pas

immédiatement monétisables, ce qui n’empê-

chent pas les entrées en bourse et les transactions

de fusion-acquisition de se faire à des niveaux

d’évaluation très élevés.

Ainsi s’intéresser aux technologies peut s’avérer

être très lucratif. Toutefois, pour prendre part aux

success-stories, les fonds de Private Equity doi-

vent adapter leur processus d’analyse des poten-

tielles cibles, en intégrant une étude technolo-

gique étoffée qui adressent les spécificités dumar-

ché. Les fonds de Private Equity devront aussi

apprendre à agir vite car la concurrence est rude

et le marché de la Tech n’attend pas.

La faillite des méthodes

traditionnelles à évaluer les start-ups

Il existe des bénéfices évidents à s’intéresser au

marché du digital et à développer unmodèle d’é-

valuation adéquat. En effet, accélérer la prise de

décisiond’investissement, construireunargumen-

taire convaincant dans lesnégociations et éviter les

pièges de la surévaluation sont autant d’éléments

qui construisent la réussite d’une acquisition.

Mais il peut s’avérer périlleux d’évaluer des actifs

qui ne sont pas familiers, surtout lorsque les

méthodes d’évaluation traditionnelles, telles que

les comparables de marché ou l’actualisation des

flux de trésorerie, ne permettent pas de capter le

potentiel de création de valeur. Certains investis-

seurs appliquent des modèles dérivés de ces tech-

niquestraditionnellesenintégrantparexempledes

scénarios et des probabilités. Ces

techniques ne sont pas très éloi-

gnéesdecequerecommandent

les «International Private

Equity and Venture Capital

ValuationGuidelines» (IPEV

Guidelines)**.

Eneffet,bienquelesIPEV

Guidelines n’adressent

pas spécifiquement le

sujet des nouvelles

technologies,ellesébau-

chent des pistes d’éva-

luation pour le Venture

Capital et les investis-

sements qui ne ren-

treraient pas dans le

cadre traditionnel.

En particulier,

les

IPEV

Guidelines

considèrent

que, pour cer-

tains

investisse-

ments en phase de

lancement, les modèles

de rendements attendus

pondérés par leur probabilité,

peuvent fournir une indication

fiable de la juste valeur. Se faisant, l’évaluateur

devra déterminer les probabilités respectives des

différents scenarios et prendre en compte l’impact

dilutif des levées de fonds successives qui caracté-

risent les investissements en Venture Capital.

L’utilisation de modèles mathématiques requiert

ainsi un nombre important de paramètres extrê-

mement subjectifs. Les IPEVGuidelinesn’excluent

pas non plus l’utilisation des références d’évalua-

tion sectorielles, telles qu’un prix par abonné, mais

seulement dans le but de vérifier une juste valeur

obtenue par une autre technique.

Ainsi, le chemin vers la réussite des investisse-

ments dans les nouvelles technologies n’est pas

encore tracé. C’est l’occasion pour les fonds de

Private Equity de se renouveler et de proposer

leurs propres approches pour l’industrie que ce

soit en termes de due diligence et de prise de

décision d’investissement ou d’évaluation des

acteurs de la Tech.

* EY Digital Deal Economy Study 2nd Edition

**

www.privateequityvaluation.com

Olivier COEKELBERGS

Private Equity Leader, EY Luxembourg

Marie-Laure Mounguia

Senior Manager, Private Equity, EY Luxembourg

Private Equity : de vous àmoi…

Private Equity : digital et création de valeur

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