Agefi Luxembourg - mai 2026

AGEFI Luxembourg 16 Mai 2026 Économie & Banques L es 6 et 7 mai de cette année, j’ai eu l’honneur de participer à la 55 e édition du Symposium de SaintGall, dont le thème était cette année L’ère des transformations (Disrupted Age). Fondé par les étudiants de l’Uni­ versité de SaintGall à la suite des manifestations de 1968 (le Mouvement de 1968), le Sym­ posium est devenu au fil du temps une plateforme d’élite à l’échelle mondiale, promou­ vant undialogue ouvert et sin­ cère entre les générations, dans une approche optimiste, avec la participation de dirigeants issus des milieux académique, économique, finan­ cier ainsi que des sphères politiques, sociales et cul­ turelles dumonde entier. Cette prestigieuse conférence internationale est or­ ganisée depuis plus d’un demisiècle en Suisse, l’une des démocraties les plus anciennes et les plus stables aumonde, fondée sur l’État de droit, le res­ pect des droits civiques et la séparation des pou­ voirs, comme l’a souligné le professeur Manuel Ammann, recteur de l’Université de SaintGall, lors de la cérémonie d’ouverture. La réunion de 2026, préparée dans un esprit d’ex­ cellence, avec une diligence maximale, énergie et passion par les 30 membres du Comité internatio­ nal des étudiants de l’Université de SaintGall (avec le soutiende centaines d’étudiants bénévoles), a ras­ semblé plus de 1 000 représentants de 92 pays. J’ai été particulièrement impressionné par la grande qualité des débats, l’accent mis sur la transdiscipli­ narité et l’organisation exceptionnelle. Ce fut l’une des rares conférences internationales auxquelles j’ai participé ces dernières années où l’accent a été mis davantage sur les solutions permettant de répondre aux défis sans précédent auxquels l’humanité est confrontée aujourd’hui. D’ailleurs, Jonas Wicki, président du Comité inter­ national des étudiants, a souligné que les transfor­ mations de l’économie mondiale génèrent à la fois d’importants défis et un niveau d’incertitude sans précédent, mais aussi des opportunités de change­ ment, d’adaptation et d’identification de nouvelles solutions, ce qui n’est possible qu’à travers une atti­ tude proactive et flexible, axée sur la promotion et le renforcement de la confiance ainsi que sur le dé­ veloppement de la résilience. Dans ce contexte, j’attire l’attention sur le fait qu’en 2025, le degré d’incertitude à l’échelle mondiale a atteint un niveau record, selon les données dispo­ nibles sur la plateforme de la Réserve fédérale de SaintLouis. Dans le même temps, la part des dépenses militaires dans le PIB suit une ten­ dance haussière, convergeant vers les ni­ veaux records du début des années 1990, selon les données de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), il­ lustrées dans le graphique cidessous. D’un point de vue géopolitique, Brian Griffiths a souligné le niveau élevé d’in­ certitude mondiale, dans un contexte caractérisé par la divergence entre l’ap­ proche des ÉtatsUnis (orientée vers le conflit) et celle de l’Europe (axée sur la paix perpétuelle, dans l’esprit d’Im­ manuel Kant), une interaction com­ portant de nombreuses inconnues et de vastes conséquences mondiales. Dans ce contexte, le membre de la Chambre des Lords a mis en évidence le rôle fondamental de la démocratie directe dans la stabilité de la dé­ mocratie du XXI e siècle, ainsi que l’importance de la défense de la liberté. L’agenda macroéconomique du Symposium de SaintGall 2026 a été dominé par la persistance de l’incertitude, les changements démographiques et les transformations technologiques. La représen­ tante de la Suisse (Karin KellerSutter, ministre des Finances) a souligné que, pour traverser avec succès la période actuelle de l’économie mondiale — ca­ ractérisée par une imprévisibilité prévisible — les pays doivent faire leurs devoirs etmettre enœuvre les réformes nécessaires afin de consolider la stabi­ lité financière, la stabilité politique et la stabilité so­ ciale, à travers des actions responsables. Je souligne que la Suisse fait partiedes pays présen­ tant un niveau élevé de stabilité des finances pu­ bliques, avec un impact positif sur le coût du financement (au cours des douze derniers mois, le tauxd’intérêt des obligations d’État àdix ans afluc­ tué entre 0 % et 0,5 %). Depuis le début de ce siècle jusqu’en2025, laSuissen’a enregistréundéficit bud­ gétaire que pendant huit années, le plus élevé ayant été observé durant l’année pandémique 2020, selon lesdonnéesduFondsMonétaire International (FMI) représentées dans le graphique suivant. Par ailleurs, la part de la dette publique dans le PIB de ce pays est restée inférieure au seuil de 40 % en 2025. Le gouverneur de la banque centrale d’Autriche (participant pour la première fois au Symposium de SaintGall) a également souligné que, d’unpoint de vue historique, les périodes ont toujours étédiffi­ ciles, dominées par des tensions, des chocs et des conflits, mais que des solutions ont toujours été trouvées, permettant de renforcer la résilience et d’améliorer la prospérité. D’autre part, Martin Kocher a attiré l’attention sur l’importance de la soutenabilité des finances pu­ bliques, avec des implications sur le coût du finan­ cement dans l’économie, la stabilitéfinancière et des conséquences pour la politiquemonétaire. Dans ce contexte, je souligne que lapart de ladette publique dans le PIB mondial suit une tendance haussière, avec des implications en matière de déséquilibres mondiaux (euxmêmes en intensification). Ainsi, les prévisions de printemps du Fonds Mo­ nétaire International indiquent une hausse de plus de huit points de pourcentage de la dette pu­ blique mondiale rapportée au PIB entre 2025 et 2031, pour atteindre 102,3 %, comme le montre le graphique cidessous. Par ailleurs, leministère duDéveloppement social de Singapore (une petite économie très ouverte) a souligné l’importance de la stabilité budgétaire et fiscale, caractéristique fondamentale de ce pays au cours des dernières décennies (déficit budgé­ taire seulement deux fois au cours des 36 der­ nières années, selon les données du FMI). D’autre part, Masagos Zulkifli a mis en avant les mesures actuellement mises en œuvre pour contrer l’impact du conflit au MoyenOrient (y compris un bon de 500 dollars par personne). Enfin, le représentant de Singapour a insisté sur l’importance d’une préparation permanente face aux chocs à moyen et long terme. En ce qui concerne les représentants de haut ni­ veau du monde des affaires, Philipp Navratil a souligné l’importance de l’innovation continue pour renforcer et promouvoir les marques dans un environnement dominé par une concurrence féroce. Comme leçons de réussite pour la jeune génération, l’ancien président — il y a 28 ans — du Comité international des étudiants de Saint­ Gall a évoqué la curiosité, l’humilité et le désir constant de progresser. De son côté, Sergio Ermotti a attiré l’attention sur la vague d’optimisme excessif qui traverse les marchés financiers internationaux, alimentée no­ tamment par les transformations sans précédent provoquées par la révolution de l’intelligence ar­ tificielle. Dans ce contexte, le banquier a souligné l’importance de la diversification des investisse­ ments entre classes d’actifs et pays, de la prépara­ tion à tous les scénarios (sur la base de données concrètes) et des investissements dans l’excel­ lence, éléments fondamentaux pour améliorer l’indicateur ROE (return on existence). En conclusion, les débats du Symposium de SaintGall ont mis en évidence de véritables solu­ tions aux défis actuels de l’économie mondiale, confirmant qu’il ne s’agit pas de la fin du monde, mais simplement du début d’un autre monde. La forme que prendra ce nouveau monde dépendra largement de la mise en œuvre coordonnée, à l’échelle mondiale, par les générations présentes et futures, de ces solutions axées sur l’innovation continue, la préparation permanente à de nou­ veaux chocs, la discipline budgétaire et fiscale, la diversification et l’intégration responsable du progrès technologique. Enfin, je souhaiterais remercier le Comité interna­ tional des étudiants de l’Université de SaintGall pour son invitation et son hospitalité, en particu­ lier Jonas, Jonathan et Konstantin. dr. Andrei RADULESCU, Macroéconomiste international senior Le Symposium de SaintGall : Des pieds desAlpes au sommet de l’économie mondiale Solde des finances publiques et dette publique en Suisse (%duPIB) Source :Fondsmonétaire international(FMI) La dette publique (%duPIB) Source :Fondsmonétaire international(FMI) Incertitudemondiale et les dépensesmilitaires dans le PIBmondial Sources :SIPRI,Réserve fédérale(FED) Indicemondiald’incertitude(In) Dépensesmilitaires(%duPIB)(axedroit) Économiemondiale Paysdéveloppés Paysémergentsetendéveloppement Soldebudgétaire(axedroit) Dettepublique L eministre de l’Économie, des PME, de l’Énergie et duTou­ risme, LexDelles, et leCEO de Luxinnovation,MarioGrotz, ont présenté le 30 avril le bilan d’activités 2025 de l’agence, ainsi que l’avancement de la Luxem­ bourgAI Factory, désormais opéra­ tionnelle. Cette présentationmet en lumière une annéemarquée par une forte intensificationde l’ac­ compagnement des entreprises et par la structurationd’une nouvelle phase stratégique autour de l’intel­ ligence artificielle. En 2025, Luxinnovation a enregistré plus de 2.000 demandes de contact, ayant conduit à l’accompagnement de plus de 1.000 entreprises, unniveau jamais atteint auparavant. Ces entreprises proviennent principalement des secteurs du com­ merce, des services professionnels, des technologies de l’information et des acti­ vités scientifiques et techniques. Les PME représentent environ 85 % des structures accompagnées, confirmant le rôle central del’agencedanslesoutienautissuécono­ mique national. Une transformation stratégique de l’agence L’année 2025 marque également la fin d’une phase de transformation organisa­ tionnelle pour Luxinnovation. L’agence structuredésormaissesactivitésautourde quatre piliers : Inspire , Assess &Accele­ rate , Connect et Fund , visant à améliorer la lisibilité et l’efficacité de ses services. SelonMarioGrotz,cetteévolutionpermet demaintenir unniveau élevé d’accompa­ gnement tout en renforçant l’impact éco­ nomique des actionsmenées. Innovation et compétitivité renforcées Dans le cadredupilier Assess&Accelerate , Luxinnovation a soutenu 61 dossiers de programmes « Fit 4 », dont les dispositifs Fit4Digital,Fit4Sustainability,Fit4Inno­ vation et Fit 4AI. Une part importante de cesprojetsconcernedesentreprisesartisa­ nales,illustrantladiffusiondel’innovation audelà des grands groupes. Le programme Fit 4 Start a également franchi une nouvelle étape avec 495 can­ didaturesenregistréespoursa16 e édition, dont plus de 60 % issues de l’internatio­ nal. Par ailleurs, le nouveau programme Fit 4 Scale a été lancé afind’accompagner les startups en phase de croissance. Au total, 58 nouvelles startups ont été recen­ sées dans l’écosystème luxembourgeois en 2025, et 41 entrepreneurs ont été ac­ compagnés jusqu’à la création effective de leur entreprise. Une ouverture internationale renforcée Lepilier Connect apermisde soutenir 561 entreprises à travers 1.092 services, en hausse significative par rapport à 2024. Le Luxembourg Digital InnovationHub aaccompagné43entreprisesindustrielles dans leur transformation digitale. Dans le cadre de la stratégie internationale Trade & Invest, environ 50 délégations étrangères ont été accueillies. Plus de 300 nouvelles relations ont été établies, notamment aux ÉtatsUnis et en Corée du Sud, dans des secteurs liés à la santé, à l’intelligence artificielle et à la cybersé­ curité.Au final, 42 entreprises ont réalisé un « soft landing » et 15 ont procédé à une incorporation au Luxembourg. Financement de l’innovation enprogression Le pilier Fund a permis à 307 entreprises debénéficierd’unaccompagnementpour accéder àdes financements publics natio­ nauxoueuropéens.Luxinnovationaéga­ lement soutenu la soumission de 143 dossiersauministèredel’Économie.Dans le cadre du programmeHorizon Europe, 72 projets ont été retenus, générant 51,6 millions d’euros de retombées pour le Luxembourg. La LuxembourgAI Factory devient un guichet central de l’IA Présentée en mars 2025, la Luxembourg AI Factory constitue désormais undispo­ sitif central pour l’adoption de l’intelli­ gence artificielle au Luxembourg. Elle s’adresse aux entreprises, startups, admi­ nistrations et acteurs de la recherche, avec pour objectif de faciliter l’intégration de l’IAdans un cadre sécurisé et souverain. Elle propose un catalogue de 66 services couvrantl’évaluationdematurité,ledéve­ loppement de solutions, l’accès aux don­ nées, la formation et le financement de projets. Elle s’appuie également sur le su­ percalculateur optimisé pour l’IA, Me­ luXinaAI, dont la mise en service est prévue d’ici fin 2026. Depuis son lance­ mentopérationnel,plusde150entreprises ont déjà été accompagnées. Un outil stratégique pour l’économie luxembourgeoise Pour Lex Delles, la Luxembourg AI Fac­ tory constitue un levier essentiel pour la compétitivité des entreprises : elle permet d’accéderàunaccompagnementcomplet, de la phase d’idée jusqu’au déploiement desolutionsd’intelligenceartificielle.Avec cette nouvelle infrastructure et un bilan 2025 en forte croissance, le Luxembourg confirmesonambitiondedevenirunpôle européenmajeurdel’innovationetdel’in­ telligence artificielle. Source :ministèrede l’Économie/LuxinnovationGIE Luxinnovation accélère l’innovation au Luxembourg (de g. à dr.) Mario Grotz, CEO de Luxinnovation ; Lex Delles, ministre de l’Économie, des PME, de l’Énergie et du Tourisme ; Carole Brückler, directrice générale, DG Industrie, nouvelles technologies et recherche, ministère de l’Économie ©MECO

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