Agefi Luxembourg - avril 2026

Avril 2026 15 AGEFI Luxembourg Économie & Tax A u Luxembourg, la planification patrimoniale inclut de plus en plus un aspect solidaire : le legs en faveur d’organisations d’intérêt gé- néral. Bien que cette pratique soit en- core peu répandue, elle offre un moyen puissant de soutenir des causes à long terme, notamment dans le sec- teur social et humanitaire. Un legs permet de transmettre une partie de son patrimoine à une organisation, comme une association ou une fondation, et peut concerner des biens, de l'argent ou des actions spécifiques. Il s'inscrit souvent dans une stra- tégie patrimoniale qui inclut à la fois la trans- mission familiale et l'optimisation fiscale. Le Luxembourg offre un cadre juridique favo- rable, avec une fiscalité avantageuse pour les legs en faveur d’associations reconnues, avec des droits de succession réduits à environ 4 % pour les legs solidaires. Cette démarche est aussi une manière de transmettre des valeurs. Pour des organisa- tions comme la Fondation Follereau Luxembourg, ces legs permettent de financer des projets humanitaires, comme l'accès à l'éducation ou aux soins dans les pays en développement. Bien que ce sujet soit encore peu abordé, il est de plus en plus pris en compte dans les straté- gies de planification successorale. De nom- breuses organisations offrent un accompagne- ment pour aider ceux qui souhaitent inclure une dimension solidaire à leur testament. Le legs représente ainsi unmoyen concret de lais- ser une trace durable, en transformant un héri- tage personnel en un impact collectif. Le legs solidaire : un geste méconnu au Luxembourg Par Carlo THELEN, directeur de la Chambre de Commerce * NdlR. : Rédigé le 2 avril 2026 P ersonne n’avait inscrit le retour de l’inflation à l’agenda de 2026.Après la flambée inflationniste qui a suivi l’invasionde l’Ukraine par la Russie, le scénariodominant était celui d’une normalisation progressive, portée par la dé- tente des prix de l’énergie.Mais le conflit qui s’est ouvert au Moyen-Orient a tout changé. Enquelques semaines, le risque d’un choc énergétique durable est réapparu, et avec lui, celui d’une nouvelle poussée inflationniste. Car lorsque les capacités de production, de raffi- nage et de transport d’une région aussi straté- gique pour l’énergiemondiale sont touchées, ce ne sont pas seulement lesmarchés qui va- cillent. C’est toute la chaîne des prix qui se remet en tension. La Banque centrale européenne a d’ailleurs déjà in- tégré cette dégradation dans ses nouvelles projec- tions de mars (1) . Son scénario de base table désormais sur une inflation de 2,6 % en 2026 dans laZone euro, contre 1,9%encore attenduendécem- bre, précisément en raison du renchérissement de l’énergie lié à la guerre auMoyen-Orient. L’institu- tion a même imaginé un scénario « sévère », avec comme hypothèse un pétrole à 145 dollars le baril et unMWhde gaz à 106 euros audeuxième trimes- tre 2026, avant une baisse très lente. Les conséquences seraient majeures : selon les anti- cipations, l’inflation atteindrait alors 4,4 % en 2026 et 4,8%en2027.Àce stade, l’incertitude reste élevée. Mais un basculement semble déjà à l’œuvre : nous ne sommes plus face à une simple turbulence conjoncturelle, mais face à un choc susceptible de désancrer durablement les anticipations de prix. Un choc énergétique d’ampleur inédite Les signaux envoyés par les marchés et les institu- tions internationales vont dans ce sens. Selon l’Agence internationale de l’énergie, le conflit a pro- voqué la plus grande perturbation de l’offre pétro- lière de l’histoire, avec une perte de 11 millions de barils par jour en mars. Dans nos économies, nous le percevons déjà à travers le prix à la pompe. Dans d’autres régions dumonde, enAsie notamment, les volumes manquants génèrent des pénuries qui affectent demanière encore plus directe les activités humaines et économiques. Quelle que soit l’issue du conflit, les délais de remise en production pourraient se compter en mois voire en années, 40 infra- structures énergétiques ayant été gravement endommagées à ce jour dans neuf pays du Moyen-Orient. En Europe, certains pays semblent particulièrement touchés, notamment notre principal partenaire commer- cial, l’Allemagne. Malgré les efforts de diversification engagés depuis 2022, son modèle industriel reste structurellement sensible aux ten- sions sur le gaz. Dans un contexte de regaind’instabilité énergétique, et alors que les réserves dupays sont auplus bas (elles ne sont remplies qu’à 22%), c’est toute la compétiti- vité de son industrie qui pourrait être mise à l’épreuve. D’autres pays abordent cette crise avec des stocks particulièrement bas, notamment les Pays-Bas (autour de 6 % de remplissage des ré- serves), la France (22 %) et la Belgique (22 %), prin- cipal fournisseur du Luxembourg. Il est donc fort probable que la crise dure suffisam- ment longtemps pour que se réenclenche la spirale négative que nous avions enfin réussi à enrayer : un choc énergétique qui va se diffuser rapidement au transport, à l’industrie, puis à l’ensemble des coûts de production. C’est précisément cettediffusionqui transforme un choc initial en dynamique inflation- niste plus large. Le Luxembourg particulièrement exposé Au Luxembourg, cet engrenage s’emballe un peu plus vite qu’ailleurs. L’inflation s’y transmet très ra- pidement au coût du travail via lemécanisme d’in- dexation automatique des salaires. Dans son scénario central de février, publié avant le déclen- chement de la guerre auMoyen-Orient, le STATEC anticipait encore une inflation contenue à 1,8 % en 2026 et 2027 (2) , avecuneprochaine tranche indiciaire au deuxième trimestre 2026, puis une autre au troi- sième trimestre 2027. Mais ce scénario reposait précisément sur une dé- tente attenduedesprixde l’énergie, avecunbaril au- tour de 60 dollars en 2026 (contre 108 dollars aujourd’hui) et une baisse des tarifs d’électricité et de gaz. Il était donc construit sur une hypothèse exactement inverse de celle qui se matérialise au- jourd’hui. Le STATEC avait également travaillé sur le scénario d’une hausse des prix de l’énergie, avec un prix du baril à 77 dollars en 2026 (soit un niveau encore bien plus bas que celui observé depuis trois semaines) et à 87 dollars en 2027, ainsi qu’un prix du gaz supérieur à 100 euros leMWh. Dans ce scé- nario, l’inflation est attendue à 2,5%en 2026 et à 2,4 %en2027, avec une indexationdes salaires avancée d’un trimestre en 2027. En l’espace d’une seule année, le tissu productif luxembourgeois serait ainsi amené à absorber deux nouvelles hausses successives de 2,5 % des coûts salariaux — après avoir déjà subi cinq in- dexations en quatre ans — indépendamment de tout gain de productivité. La Chambre de Com- merce avait déjà formulé des propositions très concrètes pour faire évoluer ce mécanisme à tra- vers trois piliers : économique (pas plus d’une in- dexation par an), social (modulation de l’index en fonction des revenus) et environnemental (prise en compte d’un panier durable (3) ). Stagflation potentielle et situation socio-économique difficile À cette dynamique s’ajoute un second facteur de tension : ledébat sur l’évolutiondu salaire socialmi- nimum, qui s’inscrit désormais dans le cadre euro- péen de la directive sur des salaires minimaux adéquats. Ce texte n’impose pas de relèvement au- tomatique du salaire minimum, mais oblige les Étatsmembres àmettre enplace un cadre structuré d’évaluation et d’actualisation fondé sur des critères permettant d’en apprécier l’adéquation (4) . Dans ce contexte, la décision duGouvernement de procéder àune augmentation3,8%du salaire social minimum au 1 er janvier 2027 interroge. Le Luxem- bourg se trouve en effet dans une situation singu- lière puisque son salaire social minimum figure déjà parmi les plus élevés en Europe. Cette revalo- risation interviendra dans un contexte marqué par le retour du risque inflationniste dans une écono- mie qui tourne déjà au ralenti. Selon la dernière estimation du STATEC, la crois- sance a été contenue à 0,6 % en 2025, soit la qua- trième année consécutive sous la barre des 1 %. Cette panne de croissance se lit à travers la progres- sion du chômage, qui atteint 6,3% et un ralentisse- ment substantiel des créations d’emplois et des investissements. La situation macroéconomique est proche d’une stagflation, avec un effet cumulatif à la base : une inflation importée qui renchérit les coûts, une in- dexationqui propage les effets à l’ensemblede l’éco- nomie, et une revalorisation administrative du salaireminimumqui viendra s’y ajouter. Pris isolé- ment, chacun de ces mécanismes peut se justifier. Combinés, ils produiront une hausse significative du coût du travail, déconnectée de l’évolution de la productivité, et pèseront directement sur notre compétitivité—avec des effets sur la rentabilité des entreprises, leurs décisions d’investissement et, à terme, sur l’emploi. Anticiper les réponses à la crise Cette situation est d’autant plus préoccupante que les finances publiques étaient déjà sous pression avant même l’émergence de ce nouveau choc géo- politique. Dans un contexte de progression rapide des dépenses et de ralentissement économique, toute dégradation supplémentaire de l’environne- ment pourrait réduire encore les marges de ma- nœuvre budgétaires. D’autant que nous risquons d’évoluer encore dans un environnement moné- taire contraint. Une hausse des taux d’intérêt, né- cessaire pour contenir l’inflation, risque de peser durablement sur l’investissement et de compliquer toute dynamique de relance. Plus que jamais, l’heure est à la prudence. L’enjeu dépasse le seul cadre du salaire social minimum. Il porte sur notre capacité à articuler des objectifs so- ciaux légitimes avec les contraintes d’une économie ouverte. C’est précisément parceque la crise actuelle —un choc énergétiquemajeur qui percuteune éco- nomiedéjà fragilisée—rendcette équationparticu- lièrement complexe que la convocation rapide d’une tripartite s’impose comme une nécessité stra- tégique. Non pas comme un réflexe institutionnel, mais comme le seul cadre permettant d’anticiper collectivement les effets de cette tempête et de construire des réponses à la hauteur de sa sévérité. Car cette crise ne remet pas en cause l’ambition du Gouvernement de faire de 2026 l’année de la com- pétitivité—elle l’exigedavantage,mais la rendaussi infiniment plus difficile à atteindre. Face à des défis d’une complexité inédite, quimettent à l’épreuve les fondements mêmes de notre modèle économique et social ainsi que les conditionsde sonfinancement, une approche proactive et des solutions inédites ne sont plus une option : elles sont une obligation. Le temps presse, et le coût de l’inaction serait bien su- périeur à celui de l’audace. *https://www.carlothelenblog.lu/ 1 )https://urls.fr/heOXR3 2 )https://urls.fr/TrCRyc 3)Notrepropositionestdétaillée ici :https://urls.fr/LGJbT9 4)l’UELaproposéuneprocédurepourl’évaluationducaractèreadéquat etl’actualisationduSSMreposantsurbasedevaleursderéférenceindi- catives et de critères nationaux. Celle-ci prendrait la relève de l’actuelle revalorisationdefactomécaniquebisannuelle,quiconsidèrelaseuleévo- lution des revenus mais pas les conditions socio-économiques dans leur ensemble,commelerequiertpourtantlaDirective.L’UELverraitparail- leursl’institutionnalisationd’une«CommissionSSM»composéed’ex- pertsetdespartiesprenantes impliquées. Le Luxembourg en stagflation ?

RkJQdWJsaXNoZXIy Nzk5MDI=