Agefi Luxembourg - mai 2024

AGEFI Luxembourg 14 Mai 2024 Banque privée / Economie L aChambre deCommerce vient de publier son avis sur le Projet de loi n°8383 concer- nant le budget de l’Etat pour 2024, ainsi que sur le Projet de loi n°8384 relative à la programmationfinan- cière pluriannuelle 2023-2027. Unbudget de transition Le budget 2024, qualifié par le Gouver- nement de «Budget de transition», dans lamesure où il ne reflète encore que par- tiellement les orientations de la nouvelle coalition, a été établi sur une hypothèse de croissance du PIB de 2% pour 2024, suivie d’une accélération en 2025 et 2026. La Chambre de Commerce alerte sur le fait qu’il s’agit làd’uneprévisionde crois- sancerelativementoptimiste,lepaysaffi- chant une véritable «panne de croissance»depuismaintenant plusieurs années et le «Momentum» des perspec- tives de croissance internationales étant très limité par ailleurs. C’est la raison pour laquelle elle a porté une attention particulière à l’analyse de sensibilité qui figure dans la documenta- tion budgétaire, notamment celle réalisée selon un scénario défavorable avec une croissance inférieurede 0,5point de%par rapport à l’hypothèse retenue, qui illustre que ladégradationdusoldebudgétaireet l’envoléedeladettepeuventdevenirrapi- dementinsoutenablesetmenacerlastabi- lité et la prévisibilité tant choyées des finances publiques dupays. Un effet ciseau toujours présent,mais que leGouvernement entendcorriger Uneffetciseaus’estvéritablementenclen- ché au Luxembourg à partir de 2022. De- puis cette date, les dépenses de l’Administration centrale progressent en effet plus vite que les recettes, entrainant une dégradation du solde, et donc, par voiedeconséquence,unaccroissementde l’endettement. Cet effet ciseau existe tou- jours en 2024 : les dépenses de l’Adminis- tration centrale devraient progresser de 7,6%, alors que laprogressiondes recettes est estimée à «seulement» 7,1%. Résultat : le solde de l’Administration centrale plonge à -1,9milliardd’euros. Selon la documentation budgétaire, cette dégradations’expliqueparlecoûtdesdif- férents paquets demesures adoptés pour lutter contre les effets de l’inflation. Si le poids de cesmesures est réel, laChambre de Commerce estime toutefois qu’elles manquent parfois de sélectivité et d’effi- cience. Par ailleurs, la progression rapide desdépensesestliéeàunmanquedemaî- trisedesdépensescourantes,enparticulier desdépensesdepersonnel.Sousl’effetno- tamment des cinq tranches indiciairesdé- clenchéesen24mois,lamassesalarialede l’Administrationcentralepassede5,6mil- liardsd’euros (7,35%duPIB) en2022à8,3 milliards (8,54%duPIB) en2027. Le solde budgétairedel’Administrationcentralene devrait s’améliorer que marginalement entre 2024 et 2025 (de 100 millions EUR) alors que le budget pluriannuel table sur une baisse à concurrence de 806 millions EUR concernant les mesures de soutien desménagesetdesentreprisesdanslesil- lage de la crise énergétique. La Chambre de Commerce salue la vo- lonté du Gouvernement de refermer, ne serait-ce que timidement, cet effet ciseau dès2025.Ainsi,selonlaplanificationbud- gétaire,lesdépensesdevraientêtreresser- rées à partir de 2025 (+4,5%) et le solde devrait commencer à s’améliorer à cette date. Elle encourage le Gouvernement à tenir cet engagement et à concrétiser cette volontédanslesactes,ànepascréerdedé- pensesnouvelleslacontrecarrantetàsou- mettre les dépenses à une analyse coût-efficience approfondie. Unmodèle social à réformer L’analyse du solde de l’Administration publique, qui englobe également la Sécu- rité Sociale et les Administrations locales, conduit auxmêmes conclusions. Le solde se dégrade sous le double effet d’une di- minution du solde de l’Administration centraleetdesAdministrationsdeSécurité sociale.Eneffet,lesconséquencesduvieil- lissement de la population sont déjà lisi- bles dans la documentation budgétaire. L’excédent de la Sécurité sociale se réduit progressivement à partir de 2023, passant de1.055millionsd’eurosen2023à861mil- lionsen2024,et261millionsd’eurosàl’ho- rizon 2027. Le solde pourrait même être négatif dès 2027, si la situation sur le front de l’emploi se dégradait. «Plusquejamais,uneréformedusystème de pensions, mais aussi une modernisa- tion de l’Assurance maladie, sont néces- saires et urgentes pour garantir la pérennité du modèle social luxembour- geois», estime Carlo Thelen, le directeur général de laChambre deCommerce. Une dette qui s’approche du seuil des 30%duPIB Ladégradationdusoldedel’Administra- tion centrale n’est pas sans conséquence surladettepublique.Al’issuedel’exercice budgétaire 2024, celle-ci devrait s’élever à 22,249 milliards d’euros, soit 26,50% du PIB.Selonlatrajectoirebudgétaireprésen- tée, elle devrait atteindre 26,579 milliards d’eurosen2027,soit27,3%duPIB.Leseuil des30%duPIBpourraitêtredépassédans le cas d’une croissance moins soutenue qu’envisagé (-0,5 point de%). A terme, la dégradation de la dette publique au-delà du plafond des 30% du PIB, pourrait re- mettre en cause le triple A luxembour- geois,lequelconstitueencoreunavantage compétitifdécisif.Au-delàdumaintiendu triple A, la Chambre de Commerce s’in- quiète de l’évolution de la confiance des investisseurs si leLuxembourgne respec- taitplussespropresengagements.Ellein- viteleGouvernementàmettreenplaceles politiques nécessaires au maintien d’une dette sous la barre des 30%duPIB. Desmarges demanœuvre à retrouver A la lecture de la programmation finan- cière pluriannuelle, la Chambre de Com- merce note avec satisfaction que le Gouvernement affiche la volonté de cor- rigerlatrajectoirebudgétairedupayspour inverser l’effet ciseauxetmaîtriser l’endet- tement. Elle rappelle en premier lieu que c’est le dynamisme économique, généra- teur de recettes nouvelles, qui permettra deréenclencheruncerclevertueux.Aussi, larestaurationdelacompétitivitédupays, laquelle décline dangereusement depuis plusieursannées,doitêtrelechantierprio- ritaire dunouveauGouvernement. LaChambredeCommerceobservequece Budget contient sur ce sujet un certain nombrede signauxpositifs, enmatièrede fiscalité des entreprises notamment. Elle rappelle ensuite que cet effort budgétaire passeranécessairementparunemeilleure maîtrise des dépenses courantes, et donc par la promotion d’une administration plusdigitaleetplusefficiente.Làencore,il appartiendraauGouvernementdepasser des intentions aux actes. Il est plus urgent que jamais de retrouver des marges de manœuvre budgétaires. D’abord par souci de résilience, les crises récentes nous ayant montré combien les chocs économiquespeuvent êtreviolents et nécessiter des réponses coûteuses. Mais surtout parce que la double transi- tionenvironnementale et digitale, source d’innovation et de gains de productivité pour les entreprises, nécessite des inves- tissements massifs qu’il faut financer. Il s’agit là d’un enjeu économique majeur, qui conditionne la compétitivité du Luxembourg sur le long terme. Dans ce contexte, il serait irresponsable de faire des investissements afférents une varia- ble d’ajustement budgétaire. «La prospérité du Luxembourg de de- mainpassedoncparlarestaurationd’une trajectoirebudgétaire responsabledès au- jourd’hui et donc par un inversement de l’effet ciseau, en contenant notamment la progression des dépenses courantes et en se dotant d’ambitieuses réformes structu- relles», conclut CarloThelen. Avis intégral ,https://lc.cx/OCu-gx Source :ChambredeCommerce Avis de la Chambre de Commerce Budget de l’Etat 2024 : à la recherche des marges de manœuvre perdues De g.à d. :Anthony V ILLENEUVE , Carlo T HELEN , Bérengère B EFFORT ©CC L es rachats d'actions par les so- ciétés cotées enbourse dans lemonde entier ont chuté de 14%l'année dernière.Au cours de lamême année, les paiements de dividendes ont atteint des niveaux records. C'est ce qui ressort d'une enquête publiée par le gestionnaire d'actifs JanusHenderson en complé- ment de sondernier indicemon- dial des dividendes, publié tous les trimestres. Les entreprises ont racheté leurs propres actions pour un montant totalde1,11billiondedol- lars en 2023. Ce chiffre est inférieur à celui des deux annéesprécédentes.Toutefois, lesniveauxétaientalorstrèsélevés. Les rachats d'actions en 2023 ont toutefois largement dépassé les niveauxd'avant la pandémie. La plus forte baisse aux États-Unis La baisse la plus importante a été enregistrée aux États-Unis, où lavaleur des actions rachetées a chuté de 17%pour atteindre 773milliards dedollars. Cela représente tout demême 7 dollars sur 10 au niveau mondial, ce qui signifie que les entreprises améri- caines ont également été les plus gros acheteurs de leurs propres actions auniveaumondial. Le rapport entre le nombre d'entreprises américaines qui ont dépensé moins en rachat d'actions et le nombre d'entreprises qui ont dépensé plus est de 1,8:1. Par ailleurs, la valeur des rachats d'actions était 1,2 fois supérieure à la valeur des dividendes versés par les entreprises américaines incluses dans l'indicemon- dial des dividendes de Janus Henderson. Parmi les entreprises technologiques américaines, ce sont les rachats d'actions qui ont le plus diminué. Elles ont racheté 69 milliards de dollars de moins que l'année précédente. Microsoft et Meta ont réduit leurs achats d'actions de près d'un tiers et Apple d'un septième. Shell, premier acheteur britannique EndehorsdesÉtats-Unis, les entreprises bri- tanniques ont été les plus gros acheteurs de leurs propres actions, représentant 1 dollar sur 17 du total mondial en 2023. Les achats, d'un montant de 64,2 milliards de dollars, n'ont diminué que de 2,6% et correspondent à 75%des dividendes versés. Shell est le plus grand acheteur non américain de ses propres actions (représentant près d'un quart du total britannique), mais la société a fortement réduit le montant des rachats en 2023, tout comme BP, BAT, Lloyds et un certain nombre d'autres grandes entreprises bri- tanniques. Les augmentations substantielles de HSBC et de Barclays, entre autres, ont presque compensé ces réductions, ce qui n'a finalement entraîné qu'une légère baisse glo- bale pour l'année. Record enBelgique grâce àAB-Inbev et KBC En Europe continentale, les rachats d'actions ont au contraire augmenté. Lavaleurdes actions rachetées a augmenté de 2,9% pour atteindre 146 milliards de dollars sur l'ensemble de l'année (alors que les divi- dendes sous-jacents ont augmenté de 20% sur la même période). Les différences sont importantes d'un pays à l'autre : les rachats ont atteint des niveaux record en Italie (grâce à Unicredit et Stellantis), en Espagne (grâce à Santander, Iberdrola et Telefonica), en Norvège (Equinor)etenBelgique(AB-InbevetKBC).C'estaux Pays-Bas, en France et en Suisse que la valeur des actions rachetées a été laplus élevée. Labaisse laplus importante a été enregistrée en Suisse, où lamajorité desentreprisesontréduitleursrachatsd'actions;c'est Nestléquiaeul'impactleplusimportant,enréduisant demoitiésonprogrammederachat,quis'élevaitalors à près de 5,8milliards de dollars. En Europe, les entreprises ont été à peu près aussi nombreuses à augmenter leurs rachats d'actions qu'à les réduire. La très forte croissancedes dividendes en 2023 a eupour conséquence que les rachats d'actions ont augmentémoinsviteque lesdividendes et que la part des rachats dans le rendement pour les action- naires est tombée de 55% en 2022 à 48% des divi- dendes versés. Moins de rachats d'actions enAsie-Pacifique LesentreprisesdelarégionAsie-PacifiquehorsJapon sont les moins susceptibles de racheter leurs propres actions. La forte baisse en glissement annuel (-40,0%) reflèteprincipalementladiminutiondesrachatsd'ac- tionsparlesgrandesbanquesaustraliennes,quiaplus que compensé les augmentations àHongKong et en Corée du Sud. Les données du Japon sont en retard par rapport au reste du monde car les résultats annuelspour2023/24n'ontpasencoreétépubliés(voir la méthodologie pour plus de détails). La forte aug- mentation (+18%) reflète engrandepartie l'activitéde l'année civile 2022. Un examen plus approfondi des rapports intermédiaires suggère que les rachats d'ac- tions sont également susceptibles d'être plus faibles en glissement annuel pour 2023/24, bien que cela ne soitpasclairavantquelasaisondesrapportsnecom- mence audébut dumois demai. Les entreprises de télécommunications, banques et constructeurs automobiles ont racheté la plupart de leurs actions Au niveau sectoriel, les baisses les plus importantes ontétéenregistréesdanslessecteursdelatechnologie, des soins de santé et des services financiers, l'effet le plusimportantétantvisibleparmilesentreprisesamé- ricaines. En dehors des États-Unis, les entreprises du secteur de la santé ont augmenté leurs rachats. Les entreprisesdes secteursde la chimie, de l'exploitation minière et de la consommation, tels que le tabac et les produitsménagers,ontégalementdiminuélesrachats de leurspropres actions.Àl'échellemondiale, ce sont les entreprises des secteurs des télécommunications, de la banque et de l'automobile qui ont le plus aug- menté leurs rachats d'actions. Il convient de noter que les rachats d'actions sont très concentrés. Un peu plus de la moitié des entre- prises de l'indice Janus Henderson, qui comprend 1.200 sociétés, ont racheté des actions en 2023, mais seulement 45 d'entre elles ont représenté la moitié du montant total annuel consacré aux rachats d'ac- tions dans lemonde. Ben Lofthouse (portrait), Head of Global Equity Income chez Janus Henderson, déclare : «De nom- breuses entreprises ont recours aux rachatsd'actions pour restituer un excédent de capital aux action- naires sans créer d'attentes de paiements de divi- dendes qui pourraient ne pas être viables à long terme. Cettepratique est particulièrement judicieuse dans les secteurs cycliques tels que le pétrole ou la banque. Cette flexibilité explique pourquoi les rachatsd'actions sont plus volatils que lespaiements de dividendes. Cela signifie également qu'il n'y a pas de preuve réelle que les rachats d'actions rem- placent les dividendes. Pour illustrer ce propos, je dirai que Meta vient de commencer à verser des dividendes pour lapremière fois. Enoutre, l'impor- tance relative des rachats d'actions par rapport aux dividendes adiminuédans toutes les régions, à l'ex- ception du Japon et des marchés émergents (où les données sont décalées). Il est clair que lesdividendes sont toujours bien soutenus par les entreprises en tant que méthode de restitution du capital aux actionnaires. Le fait est que les dividendes ont ten- dance à croître régulièrement au fil du temps, alors que les rachats d'actions ont tendance à être plus discrétionnaires». «La hausse des taux d'intérêt a joué un rôle dans le déclin des rachats d'actions : lorsque la dette est bon marché,ilestlogiquepourlesentreprisesd'emprunter davantage (à condition qu'elles le fassent avec pru- dence) et d'utiliser le produit de ces emprunts pour rembourserdesfondsproprescoûteux.Àcestadedu cycle, certaines entreprises remboursent leurs dettes en utilisant des liquidités qui auraient pu être consa- créesàdesrachatsd'actions,maistrèspeud'entreelles réduisentleursdividendes,commelemontreralepro- chain indicemondial des dividendes.» «Il est tentant d'extrapoler unenouvelle tendance à la baisse pour les rachats d'actions. Mais une année de baisse après des sommets pluriannuels n'est pas une preuvede cette tendance. Il s'agit pour les entreprises de trouver le bon équilibre entre les dépenses d'in- vestissement, leurs besoinsde financement et les ren- dements pour les actionnaires par le biais de divi- dendes, de rachats d'actions oudes deux.» Le dividende a atteint un nouveau record

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