Agefi Luxembourg - juin 2026

AGEFI Luxembourg 46 Juin 2026 IA & Tech I nterviewde PamelaHEGARTY, Senior PortfolioManager & DerekGLYNN, Gérant de por­ tefeuille, Actions américaines et Thématiques internationales, BNP Paribas AM. Quelles sont selon vous les avancées technologiques/enmatière d’IA les plus prometteuses à l’heure actuelle ? Le paysage de l’intelligence artificielle est enpleineévolution, lesoutils simples lais­ santprogressivementplaceàdessystèmes autonomes complexes. Lesmodèles d’ IA agentique sont capables de raisonner, de planifier et d’agir sur l’ensemble des flux de travail. Les capacités agentiques quit­ tent la phase conceptuelle pour entrer en phase de déploiement. Les entreprises commencent à exploiter cettetechnologiepourl’automatisationdes flux de travail et la recherche. L’un des usages lesplus courantsde l’IAagentique est le « vibe coding », technique qui per­ met aux développeurs de piloter et d’or­ chestrerlessystèmesplutôtquederédiger lecodeligneparligne,révolutionnantainsi le processus de création logicielle. Parallèlement,l’IAs’éloignedumondedes écrans. Les progrès réalisés en matière de robotique et d’ IAintégrée permettent aux machines de percevoir, de raisonner et d’agir dans lemonde physique. Les cas d’utilisation devraient se multiplier à mesure que les modèles d’IAseront inté­ grés à des dispositifs physiques qui les doteront d’« yeux » et d’« oreilles ». L’intelligenceestégalementpousséeàl’ ex­ trême surlessmartphonesetautresappa­ reils portables. L’IA embarquée offre des expériences personnalisées en temps réel sans recourir au cloud. Enfin,lepotentieldel’ informatiquequan­ tique estextrêmementprometteur,même si cette technologie est encore balbutiante et offre peu d’applications commerciales à très court terme. Ensemble, ces ten­ dances laissent présager un monde mar­ qué par une intelligence omniprésente et intégrée au sein des environnements numériques comme physiques. Que pensezvous actuellement des niveauxdevalorisationdesvaleurstech­ nologiques ? Les valeurs technologiques affichent des valorisationscontrastées.Globalement,les valorisations sont élevées dans les seg­ ments du matériel informatique et des semiconducteurs en raison des fortes attentes des investisseurs, tandis que les titresliésauxlogicielsetauxservicesinfor­ matiques semblent déprimés. En ce qui concerne les titres liés au matériel infor­ matique et aux semiconducteurs, les ratios cours/bénéfices sont certes élevés par rapport aux chiffres récents, mais ils restent nettement inférieurs aux sommets atteints lors de la bulle de 19992001. Bien que l’expansion des multiples s’explique en partie par la hausse structurelle des marges, elle reflète également les attentes selon lesquelles la croissance future des chiffres d’affaires pourrait être interrom­ pue par une période de « digestion » des dépenses d’investissement. Dans certains segments comme les disques durs et les puces mémoire, les bénéfices actuels risquent de n’être que temporaires dans la mesure où une grandepartiedelacroissanceaétéalimen­ tée par des hausses de prix qui s’inverse­ ront dès que le rapport entre l’offre et la demande se rééquilibrera. Les valorisa­ tionsdeséditeursdelogicielssontproches de leurs plus bas niveaux depuis dix ans sur la base du ratio valeur d’entreprise/ chiffre d’affaires des 12 prochains mois, lequel, à 3,5x, a fortement chuté par rap­ portaupicsupérieurà14xatteintpendant la pandémie deCovid19. Cette chute spectaculaire témoigne des inquiétudes suscitées par l’impact des modèles d’IA agentique et des outils de codage sur les éditeurs de logiciels tradi­ tionnels.Pourcertainesvaleurs,cesinquié­ tudessontjustifiéesdanslamesureoùcer­ tainesplateformeslogiciellesd’application risquent d’être désintermédiées et où l’in­ tensité globale de la concurrence pourrait s’accroîtreauseindusecteur.Enrevanche, certains acteurs traditionnels devraient tirer leur épingle du jeu, notamment ceux qui proposent des applications straté­ giques hautement intégrées servant de systèmed’enregistrement,danslesquelles la connaissance du domaine et les com­ pétences métier confèrent un avantage concurrentiel indéniable. Quelles sont les conséquences de cette hausse continue des dépenses d’inves­ tissement pour les secteurs du matériel informatique et des semiconducteurs ? L’augmentation des dépenses d’investis­ sement annoncée par les prestataires de servicescloudetleschefsdefileenmatière d’IAconstitueleprincipalvecteurdecrois­ sance du chiffre d’affaires et de révision des prévisions de bénéfices d’un nombre croissant de titres liés aux semiconduc­ teurs et aumatériel technologique. Lorsque ChatGPT 3.5 a été lancé en novembre 2022, la majeure partie des dépenses initiales était axée sur les puces d’accélération et les serveurs d’IA qui les abritent. Depuis un ou deux ans, l’ordre établi parmi les valeurs du secteur des semiconducteursetdumatérielinforma­ tique a évolué, les acteurs du marché se tournant vers de nouveaux domaines d’investissement dans les infrastructures nécessaires aux applications d’entraîne­ ment et d’inférence de l’IA. Par exemple, les composants et systèmes de réseaux optiques sont utilisés pour permettre une mise à l’échelle verticale (connexion d’un plus grand nombre de processeurs gra­ phiques (GPU) avec une latence réduite dans une baie de serveurs), une mise à l’échelle horizontale (connexion de plu­ sieurs baies de serveurs) et une mise à l’échelle transversale (permettant l’entraî­ nement de modèles d’IAà travers divers centres de données éloignés les uns des autres)dessupercalculateursd’IA.Parail­ leurs,l’essordel’IAagentiqueentraîneune évolution des flux de travail d’inférence nécessitant davantage d’unités centrales (CPU) pour des tâches comme l’orches­ trationdes flux de travail et la gestiondes données. Le ratio CPU/GPU s’améliore, passant de 1 pour 8 lors de la phase d’en­ traînementà1pour1danslesapplications d’inférence. Parmi les principaux risques figurent la possibilitéquelaphasededéveloppement des infrastructures d’IAsoit marquée par uneouplusieurspériodesde«digestion» susceptibles d’entraîner une baisse de la demanded’unitésdesemiconducteurset de matériel informatique, ainsi qu’une baissedesprixdecertainsproduitsdebase comme les disques durs et les mémoires DRAM dont les prix ont flambé faute d’approvisionnement. Quelssontleséventuelscatalyseurssus­ ceptibles d’accélérer encore davantage l’adoptionde l’IA? Laprochainephased’adoptionde l’IAre­ posera à la fois sur l’amélioration des ca­ pacités et sur la validation économique. Tout d’abord, les modèles multimo­ daux enrichissent considérablement les casd’utilisationpotentielsenintégrantdes formatscommel’image,lesonetlavidéo. L’adoptiondel’IAdevraits’accéléreràme­ sure que les utilisateurs interagiront avec desmodèles utilisant ces nouveaux types de contenus, lesquels offrent des flux de travail plus riches et plus concrets que les tâches textuelles restrictives. Deuxièmement, lesentreprisescommen­ cent à adopter l’IA , même si le processus est encore balbutiant. Dans certains domaines,lerendementducapitalinvesti des entreprises semble élevé, notamment en matière de service clientèle et de codage. L’adoption de l’IA par les entre­ prisesdevraits’accéléreràmesurequ’elles prendrontconfiancedanslagouvernance des données, mettront en place les mesures de sécurité nécessaires et déve­ lopperont des infrastructuresdedonnées « prêtes pour l’IA». Troisièmement, les coûts d’inférence diminuentrapidement ,réduisantainsile coûtmarginal de l’intelligence et permet­ tant une utilisation plus fréquente. Ces coûts devraient continuer à baisser sous l’effet des progrès continus réalisés sur le planmatériel et logiciel. Enfin, la qualité desmodèles s’améliore rapidement .Chaquegénérationprésente descapacitésderaisonnementplusavan­ cées et obtient de meilleurs résultats aux principaux tests de référence, élargissant ainsil’éventaildestâchesquel’IAestcapa­ ble de gérer de manière fiable. Un cercle vertueuxalliantmeilleuresperformances, baissedes coûts etRCI plus lisibledevrait favoriser, à terme, l’adoption de l’IA. Quel est, selon vous, le potentiel écono­ mique et d’investissement à long terme de l’IAet du secteur de la technologie ? En termes d’investissement, des oppor­ tunités particulièrement attrayantes liées à certaines valeurs spécifiques apparais­ sent dans l’ensemble de l’infrastructure technologique, notamment parmi les fabricantsde semiconducteurs, dematé­ riel informatique et de logiciels, ainsi que dans les secteurs adjacents qui accompa­ gnent le développement des centres de données. Les principaux prestataires de services cloud consacrent des centaines de milliards de dollars au développe­ ment des capacités de calcul et des ser­ vices associés nécessaires à l’entraîne­ ment et à l’inférence des modèles. Le processus n’en est qu’à ses débuts, mais les tendances récentes laissent pen­ ser que les performances obtenues devraient dépasser le coût ducapital. Les carnets de commandes explosent, la croissance des chiffres d’affaires liés au cloud s’accélère et les marges se main­ tiennent à des niveaux attrayants. Àcourt terme, les investissements colos­ saux consacrés aux infrastructuresnéces­ saires au développement de l’IA profi­ tent aux secteurs de l’économie indus­ trielle liés aux centres de données et à l’énergie. Bien que conscients du risque de suppression de certains emplois à long terme, nous estimons de manière générale que l’IA constituera un atout pour l’économie dans la mesure où elle améliore laproductivité enautomatisant les flux de travail et les tâches. Investir dans la technologie et l’IA : des occasions à saisir dans un paysage en rapide évolution © iStock ParJérômeTAILLEUR,cofondateur,HorusSoftware L a transformationnumérique du secteur financier ne se résume plus à quelques projets pilotes ou à des investissements technologiques isolés. Elle est devenue, pour les en­ treprises luxembourgeoises comme pour leurs conseils, une conditiond’efficacité opération­ nelle. Dans un contextemarqué par lamultiplicationdes obliga­ tions réglementaires, la pres­ sion sur lesmarges et la demande croissante de trans­ parence, la capacité à digitali­ ser ses processus financiers détermine de plus enplus la compétitivité d’une organisation. Un retard structurel qui coûte cher Malgré les discours sur la modernisation, une partie significative des départements financiers des PME luxembourgeoises fonctionne encore avec des outils vieillissants : tableurs dispersés, saisies manuelles répétitives, échanges de documents par email. Ce modedefonctionnementn’estpassansconséquences. Il génère des risques d’erreurs, ralentit les clôtures comptables et prive les dirigeants d’une vision fiable et instantanée de leur situation financière. Or, dans un environnement où les décisions doivent être prises rapidement, qu’il s’agisse d’arbitrages de trésorerie,d’anticipationd’échéancesfiscalesouencore de gestion de flux transfrontaliers, ce déficit d’infor­ mation en temps réel devient unhandicap stra­ tégique. Selon une étude menée par Deloitte en 2024, plus de 60 % des dirigeants de PME européennes estiment que le manque de visi­ bilité sur leurs données financières constitue un frein à leur capacité de décision. L’automatisation, levier d’agilité et de valeur ajoutée La réponse des acteurs les plus avancés n’est pas simplement technologique:elleestorganisa­ tionnelle. En automatisant les tâches à faible valeur ajoutée, notamment l’encodage des documents, les réconciliations bancaires ou la génération des écritures récurrentes, les équipesfinancièreslibèrentdutempspourseconcen­ trer sur ce qui compte vraiment : l’analyse, le conseil, la relation client. Cette réallocationdes ressources humaines vers des missions à plus forte valeur ajoutée est l’un des bénéfices les plus concrets de la digitalisation. Elle change la naturemême dumétier de comptable ou de directeur financier : d’exécutant de tâches admi­ nistratives, il devient véritable partenaire straté­ gique de l’entreprise. Au Luxembourg, ce mouvement est amplifié par deux évolutionsmajeures : la réforme fiscale de 2025, quimodifielestauxdʹimpositiondessociétésetgénère de nouvelles obligations de reporting, et l’obligation attendue de la facturation électronique B2B, que les acteurs les plus avisés anticipent déjà. Autant de rai­ sonsdemodernisersesprocessusenprofondeurplu­ tôt que de se contenter dʹadaptations à lamarge. L’intelligence artificielle entre dans les livres de comptes La nouvelle génération de logiciels financiers ne se contente plus de numériser des processus existants : ellelesréinvente.L’intelligenceartificielleetlemachine learningpermettent désormaisd’analyserdes fluxde données en continu, de détecter des anomalies, de préclassifierdesdocumentsouencored’anticiperdes écritures comptables récurrentes. Ce qui demandait des heures s’exécute en quelques secondes, avec un niveaude fiabilité croissant. Pour les fiduciaires et les départements financiers internes,cesoutilschangentprofondémentlarelation au temps et à l’information. Disposer d’une situation comptable fiable à tout moment, et non plus seule­ ment en fin de trimestre ou après plusieurs jours de clôturemanuelle, ouvre des possibilités nouvelles en matière de pilotage financier et stratégique. Une chaîne digitale cohérente, de la facturation à la comptabilité Ladigitalisationfinancièreneprendtoutsonsensque lorsqu’elle est systémique. Un logiciel de facturation isolé, non connecté aux outils comptables, ne fait que déplacer le problème : les données doivent malgré tout être ressaisies, et les risques d’erreurs persistent. C’estlacohérencedelachaîne,depuisl’émissiondela facture au traitement comptable, en passant par la réconciliationbancaire,quigénèreréellementdel’agi­ lité.Cette intégrationboutenbout est précisément ce que recherchent les entreprises lesplus avancées. Elle suppose que les outils utilisés par l’entreprise et ceux utilisésparsoncomptableousafiduciairesoientcom­ patibles,voirenativementconnectés.Lorsqu’undocu­ ment transit d’un environnement à l’autre sans res­ saisie, sans friction, le gain de temps est immédiat et la fiabilité des données considérablement renforcée. Des solutions commeHorus Software, déjà adoptées parplusde8000professionnelsduchiffreenBelgique et au Luxembourg, illustrent cette ambition dʹune chaîne digitale complète : de la facturation électro­ niqueavecFalco,intégréeauréseauPeppol,autraite­ ment comptable avecHorus, conçunativement pour ledigital et intégrant lʹintelligenceartificielle, jusquʹau postaccounting avecNebra. Trois outils pensés pour fonctionner ensemble, sans friction, et conçus pour répondre aux spécificités réglementaires luxembour­ geoises, duFAIAaux formats de déclarationTVA. Conclusion La digitalisation financière nʹest pas un luxe réservé auxgrandesstructures.Elleestaujourdʹhuiaccessible aux PME, aux fiduciaires et aux indépendants, à condition de choisir des outils conçus pour eux. Lʹenjeunʹestpasdetoutrévolutionnerdujouraulen­ demain, mais de construire progressivement une infrastructurefinancièrefiable,automatiséeetconnec­ tée.Ellerépondégalementàundéfiquelaprofession connaît bien : attirer de nouveaux talents. Un métier débarrassé des tâches répétitives et centré sur le conseil, lʹanalyse et la relation client est naturellement plus attractif pour les nouvelles générations. Quant à lʹintelligence artificielle, ellenemenacepas le comptable, elle lʹassiste. En prenant en charge ce qui est mécanique, elle libère ce qui est humain : le juge­ ment, lʹexpertise, la confiance.AuLuxembourg, où la pressionréglementaire sʹintensifie et où les échéances approchent, ceux qui auront anticipé cette transfor­ mationdisposeront dʹun avantage concurrentiel réel. Lʹagilité financière ne se décrète pas : elle se construit, étape par étape. Digitalisation financière : comment les entreprises gagnent en agilité

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