AGEFI Luxembourg - septembre 2021

Septembre 2021 39 AGEFI Luxembourg Droit / Emploi D irigeante fondatrice de FACE Paris puis FACE Luxembourg et Executive coachHEC depuis 2003, Agnès de LABOURDONNAYE tire la son- nette d’alarme sur l’ampleur que prennent aujourd’hui les tech- niques demanipulation destruc- trices. Elle n’imaginait pas, en publiant «Les manipulateurs per- vers narcissiques – Comment pro- téger son entreprise» en 2015 dans sa collection RH, aux Editions Lar- cier Business, que l’emprisemani- pulatrice deviendrait aussi criante, 5 ans après, sur l’ensemble de notre société. Tous les marqueurs sont là, tant dans la sphère professionnelle que publique et politique. Il est indispensable de se for- mer pour savoir les reconnaître car ja- mais les manipulateurs pervers narcissiques ne se sont autant épanouis qu’à l’heure actuelle, dans notre société en perte de valeurs morales. La prise de conscience générale est urgente. En entreprise Au Luxembourg, selon une étude de la Chambredessalariésde2016,18,1%desa- lariésluxembourgeoissedisaientharcelés. Que dit la Convention du 25 juin 2009 relative auharcèlement ? «Pour être qualifiés de harcèlement moral, les agissements incriminés doivent être suscepti- bles d’engendrer l’une ou l’autre des consé- quences suivantes : -porteratteinteauxdroitsetàladignitédusa- larié : mise auplacard, brimades, humiliations, manque de respect, etc. ; - altérer la santé physique ou mentale du sa- larié : lesalariépeutêtrecontraintd’arrêterson travail pour dépression, de prendre des antidé- presseurs, etc. ; - compromettre son avenir professionnel.» Que stipule l’article L 312-2 du Code de travail Luxembourgeois ? «L’employeur prend les mesures nécessaires pour la protection de la sécurité et de la santé des salariés, y compris les activités de préven- tion des risques professionnels, d’information etdeformationainsiquelamiseenplaced’une organisation et de moyens nécessaires. L’em- ployeur doit veiller à l’adaptation de ces me- sures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l’améliorationdes si- tuations existantes. Dans la mesure où il a connaissance des faits de harcèlement moral, l’employeur est tenu en tant que détenteur du pouvoir de direction de l’entreprise, d’assurer à ses salariés des conditions de travail nor- males et dignes. Il devra dans ce cas prendre toutes les mesures nécessaires pour prévenir et faire cesser toute forme de harcèlement moral au sein de son entreprise.» LaChambredesSalariésdeLuxembourg précise : « Lorsqu’il est dirigé contre l’em- ployeur, non en sa qualité d’auteur,mais en sa qualité de supérieur hiérarchique, le reproche visera l’inaction fautive de l’employeur face à la détresse de la victime ; cela suppose que l’employeuraitétéaucourantduharcèlement, et donc que la victime ait porté plainte auprès de ses supérieurs.» Je vois malheureusement trop souvent mes coachés arriver àmon cabinet parce qu’ils sont victimesdunon-respect de ces lois par leurs RRH. On peut se poser la question : pourquoi lesRRHnefont-ilspasleurtravail?Pour- quoi ne prennent-ils pas la mesure des feed-back de la victime et des autres col- laborateurs, des démissions, des burn- out, du turn-over anormal, des arrêts maladie prolongés ? Les réponses varient : «Nous devons réduire les effectifs, alors le turn over produit par le manipulateur pervers nar- cissique (MPN) facilite les choses.» «Nous sommes pris entre la victime qui a tota- lement perdu confiance en elle-même et le MPNqui,àforcedemensongesetdepratiques sournoises et perverses, arrive à travestir les faits,rendanttrèscomplexeletravaild’investi- gation duRHpour démêler la vérité.» «La victime présente depuis longtemps des signes de fragilité, de dépression ; alors…nous n’y pouvons rien.» «Tout va bien, la situation est suivie». Les casde suicidesne sont pas raresdans certaines entreprises et institutions au Luxembourg. La presse est rarement in- formée. Lorsque certainsdossiersdehar- cèlement avérés arrivent au Tribunal du travail,lesindemnitésoctroyéessontqua- simenttoujoursaussipitoyables :«10.000 € maximum» nous expliquent les avocats. Si bien que peu d’avocats s’intéressent à ce genre de défense : ils ne peuvent pas se rémunérer enpourcentage sur le résultat. Combien de salariés se voient réduits au silence, découragés d’avance, face au déni de l’employeur, voire face à sa com- plicité avec leMPN ? Quel est généralement le profil des victimes ? Les victimes de harcèlement avéré sont le plus souvent des personnes généreuses, sincères,ouvertesauxautresetquifontfa- cilement confiance. Mais dépendantes af- fectivement, elles sont souvent à la recherche d’une relation qui les aide à se structurer.Ellespréfèrents’inscriredansle désirdel’autreplutôtqued’exposerleleur. Dans certains cas, elles sont souvent habi- tées par le doute, le désir de faire mieux, d’être à la hauteur. Ce qui peut les conduireàsur-jouerleurpersonnage.Elles sont ainsi des proies faciles. Ne dit-onpas que l’on tape plus facilement sur un clou droit que sur un clou tordu ? Quels sont les indicesqui permettent de reconnaître unMPN? En première phase, lors de l’entretien de recrutementetdelapérioded’essai,iluti- lise la séduction, habile comédien, obser- vateur, il sait se montrer parfait. Il se dissimuleaisément derrièredesmasques qu’il modifie à volonté, en fonction de la personne, de la situation ou du but visé. Les méthodes et comportements du ma- nipulateur sont toujours les mêmes. Par- tout où il sévit, il sème chaos et division ; usantdechantage,corruption,menaces,il utilise la peur pour soumettre, culpabilise etinfantilisepoursaperlaconfianceensoi; il diffame, ment, déforme et interprète, cache la vérité pour garder le pouvoir ; il isoleencoupantlesliens,avilitpourasser- vir, nie les besoins et les demandes, ôte l’aptitude à penser par soi-même ; il ba- foue les lois et les droits les plus élémen- taires ; il nie l’évidence, ordonne tout puis son contraire, tantôt bourreau, tantôt sau- veur. Il produit un état de malaise ou un sentiment de non liberté, de piège. Il al- terne entre intimidation, indifférence, plaintes et questionnements insidieux. Il reportesesresponsabilitéssurlesautreset se démet des siennes. Il utilise fréquem- ment des injonctions contradictoires des- tinéesàmettrel’autreentortquoiqu’ildise et quoi qu’il fasse. Il se sert d’intermédiaires pour transmet- tre ses messages. Il ne supporte pas les critiques et ne s’excuse jamais. Il ne com- munique pas clairement ses demandes, besoins, sentiments, opinions. Il répond souvent de façon floue. Sa communica- tionestopaque:ilutilisedesmotsvagues à significationsmultiples. Il utilise très souvent le dernier moment pour demander, ordonner ou faire agir. Par ailleurs, il convient d’évoquer égale- ment d’autres techniques plus perni- cieuses, visant à déstabiliser, pénaliser, insécuriser les salariés, provocant les burn-out ou des suicides : - usage systématique et répétitif du contrat à durée déterminée, - non reconnaissance de la maladie EHS (électro-hyper-sensibilité due à l’installa- tion généralisé des relais wifi dans tous les bureaux) qui a pourtant fait Jurispru- dence : Jugement du Conseil arbitral de la sécurité sociale du Luxembourg, le 3 novembre 2016, -installation«d’espacespartagés»,empê- chant les salariés de personnaliser leur bureau ou d’avoir un tiroir où laisser de menues affaires, sans oublier le dévelop- pement du télétravail qui isole et rompt les liens sociaux en entreprise. Cette dés- humanisation des conditions de travail participe largement à l’amplification des risques psychosociaux. C’est une nou- velle forme demaltraitance. Quels impacts produisent lesMPN ? Les impacts sont nombreux. L’impact majeur est humain avec désta- bilisation, dévalorisation, intimidation, désorientation (perte de repères), épui- sement, entraînant les burn-out, les turn- over, les démissions, lesmaladies longue durée, les suicides. Mais l’effondrement causé par lamanipulationne touche pas que la santé, il touche aussi l’efficacité des forces vives de l’organisation, en créant la diffamationqui provoque la zi- zanie, générant elle-même la démotiva- tion, le découragement. Sous l’emprise de lamanipulation, lesmembres de l’or- ganisation perdent toute confiance, et aussi toute visibilité. L’objectif, s’il est dé- fini, est flou, contradictoire, voire falla- cieux et change du jour au lendemain. Les repères, les notions de bien et demal disparaissent. Les torts sont inversés. L’impact économique pour l’entreprise peut être redoutable : ruptures commer- ciales avec des clients, sanction de la CSSF, révélations faitespar lesmédias in- dépendants, médiatisation des procé- dures en Justice. Quelles solutions ? Se former aux techniquesde recrutement. Acquérirlesclefsdedécryptaged’uncan- didat MPN pour ne pas l’embaucher : prendre des références auprès d’em- ployeurs précédents, de personnes qui le connaissent ; analyser ses dires, les recou- per avec sa lettredemotivation et sonCV, sapage Linkedinou sonprofil Facebook ; le faire recevoir par plusieurs personnes successivementdansl’entrepriseetrecou- per ce que chacun a noté. Se former pour reconnaître un MPN, sa- voiridentifiersescomportements,appren- dre à déjouer ses jeux de rôles et ses jeux de masques, connaître les fondamentaux pour pouvoir le neutraliser. Imposer un cadre juridique en amont et utiliserlalégislationpourprotégersonen- treprise. Ne pas se contenter d’afficher un code d’éthiqueoudedéontologiesurlesiteweb de l’entreprisemais veiller à ce que les ar- ticles de ce code soient scrupuleusement respectés. Se conformer à l’excellent guide proposé par laCSL: https://www.csl.lu/fr/vos-droits/salaries/sante-et- securite-au-travail/harcelement/ Demander conseil à l’ITM, s’appuyer sur les délégués dupersonnel. En conclusion : avec l’arrivée de l’intelli- genceartificielle,nousdevonsplusqueja- mais veiller à maintenir la dimension humaniste,lerespectdel’individu,labien- veillance, la bientraitance. Informations complémentaires : www.societe-face.lu Comment démasquer et éradiquer lesmanipulateurs pervers narcissiques? L ors de l’une demes dernières publications sur LinkedIn, j’ai pu constater que l’élé- gance et la classe ne laissent per- sonne indifférent, celam’a donné l’idée de vous proposer cet article. Si je vous pose la questiondesavoir ce qu’est l’élé- gance pour vous, vous me répon- drez probable- ment que c’est un mélange de diffé- rentes compo- santes : une allure (faussement) né- gligée, un main- tien,undéhanché, un style, une classe indicible, un port de tête, une coupe savamment décoiffée, une gestuelle, un sourire vrai, de l’hu- mour, de l’empathie, de la sympathie, de bonnesmanières, une personne soignée, cultivée, unemanière de s’exprimer, une intelligenceducoeur, une formedebien- veillance, une personnalité inimitable, unechemisenonchalammentdébouton- née, une tenue vestimentaire chic et classe,unartdevivre…Bref,c’estcepetit quelque chose d’indéfinissable qui rend une personne unique et inimitable !… Autant vous dire qu’il n’est pas donné à tout lemonde d’être élégant ! L’élégante est souvent appelée la Pari- sienne,mais savez-vousd’oùvient cette expression ? C’estàlafinduXVIII ème sièclequ’apparaît pour la première fois la dénominationde «Parisienne». Elle ne désigne pas une ha- bitantedelaVilleLumière,maisplutôtun type de femme. Paris devient le symbole de la modernité que Marie-Antoinette viendra chercher pour échapper à la cour et à ses codes archaïques datant de l’époque de Louis XIV. AvecNapoléonIer,Parisredevientlesiège de la cour jusqu’en1870, l’endroit où tout se joue (les carrières, les réputations, l’as- cension sociale…). Il faut aussi souligner que la Parisienne émerge dans un contexteoùl’oppositionentrelemasculin et le féminin se renforce. Dans Julie ou laNouvelleHéloïse , Rousseau met en scène le personnage de Saint- Preux,quiquittesaSuissenatalepourdé- couvrir Londres et Paris. Arrivé dans la capitale française, il découvre les Pari- siennes décrites comme “libres, roma- nesques, résistantes, élégantes, arrogantes». C’estàParisquelamodesefaitetsedéfait, etc’estlàquelesfemmespeuventprofiter et s’imprégner des dernières tendances. La Parisienne se définit très vite comme une icône de l’élégance, alors que le sec- teur du textile devient un secteur majeur del’économieparisiennedèsleXIX e siècle. Unraffinementquiinspiretrèsvitelesar- tistes et théoriciens modernes, qui se ré- approprientlemythedelaParisienne.Elle devient un sujet de peinture dans les an- nées 1870, avecManet et Renoir. La Parisienne est cette femme à laquelle on a toutes envie de ressembler alors qu’enréalitéellenousagaceautantqu’elle nousfascine.«LaParisienne»,c’estlaper- sonnification de l’élégance, de l’esprit français, célébrée par plusieurs généra- tionsd’artistes (couturiers, cinéastes, écri- vains, peintres). Le mythe de la Parisienne évoque, une vision erronée d’une femme libre, indé- pendante, qui ne subit pas les effets du temps qui passe. Elle est fine, élégante, bien coiffée… L’élégante… 1. a une bonne posture et une gestuelle adaptée, elle sait se tenir droite, croiser les jambes sur le côté, se déplacer avec légè- reté et délicatesse,… 2. sourit. Le sourire endit long sur saper- sonnalité. Il lui permet de rayonner et d’être épanouie. 3. s’exprime correctement, sans faute de grammaire. La vulgarité et la grossièreté ne font paspartiede sonvocabulaire. Elle se cultive en lisant, en étant curieuse et à l’écoute des autres. 4. fait preuve de respect. 5. présente ses excuses et reconnaît ses torts. 6. est patiente et bienveillante, on appelle cela l’élégance du cœur. 7. porte une tenue impeccable de la tête aux pieds, irréprochable, adaptée à son âge et à sa morphologie, accompagnée des bons accessoires. 8. n’en fait jamais trop. 9. N’est pas une fashionista. Jenesaispaspourvous,maispourmoiet depuis toujours, Audrey Hepburn in- carnecettefemmeélégante.Elleestconsi- dérée comme l’une des plus grandes actrices hollywoo- diennes des années 1950-1960. Aux an- tipodes des pul- peuses vedettes de cinémadel’époque, elleincarneunnou- veau glamour plus raffiné : visage fin, yeux de biche, sou- riremalicieux. Les années sont passées et les tendances ont évolué. Reviendrons-nous un jour à une époque où l’élégance s’imposera à nouveau ? Florence LEMEER-WINTGENS Conseillère en Image, Look@Work florence@lookatwork.lu www.lookatwork.lu +352 621 232 706 Le luxe est une affaire d’argent, l’élégance une question d’éducation (SachaGuitry) Style & Succès

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