Agefi Luxembourg - juin 2026
Juin 2026 39 AGEFI Luxembourg Emploi & Formations WilliamLindsaySIMPSON, AmareEcclesiam, Éd. Parole et Silence, juin 2026, 371 pages P eu d’ouvrages en français osent lier foi, droit et di plomatie. Amare Ecclesiam , né au Luxembourg et dirigé par William Lindsay Simpson (conseiller juridique en fonds d’investissement et président de la Conférence SaintYves), contribue à combler cette la cune. L’ouvrage rassemble des contributions de juristes, diplo mates et théologiens pour explo rer des questions concrètes : comment concilier éthique et performance ? En quoi les structures juridiques éclairent elles les dilemmes modernes ? Que retenir des réformes finan cières du Vatican ? La résilience : une compétence professionnelle à part entière ? Dans les grands cabinets internatio naux, la résilience est désormais un cri tère d’évaluation explicite — au même titre que les compétences techniques ou le sens du client. Ce n’est plus une qua lité morale abstraite : c’est une aptitude mesurée, attendue, parfois exigée. Paul Nihoul, professeur à l’UCLouvain et juge au Tribunal de l’Union euro péenne, en offre, dans ce livre, l’une des formulations les plus lucides. « La résilience est un triptyque — on tombe, on est couché, on se relève. » Ce que cette image dit au profession nel, c’est que la chute fait partie du parcours — qu’elle prenne la forme d’un échec professionnel, d’un burnout ou d’une épreuve personnelle. Ce qui compte, c’est ce que l’on fait de l’inter valle entre le moment où l’on est à terre et celui où l’on se relève : identi fier ses leviers — notamment dans la vie intérieure —, mobiliser des res sources pour se reconstruire, puis re trouver un élan en réajustant l’aligne ment entre valeurs personnelles et vie professionnelle. Le droit occidental atil oublié ses propres fondements ? La question peut sembler provoca trice. Elle est pourtant centrale pour tout juriste ou compliance officer qui cherche à comprendre pourquoi notre système juridique est à la fois si stable dans ses formes et si instable dans ses principes. Amare Ecclesiam consacre plusieurs chapitres à cette « généalogie » juridique. Pierre Legendre : la grammaire cachée du droit occidental. Les travaux de Pierre Legendre (19302023), juriste et psychanalyste français, offrent une clé de lecture inattendue de notre système juridique. Legendre démontre com ment la papauté médiévale a utilisé le droit romain comme « boîte à outils » pour combler les lacunes de l’Évangile en matière de règles pour la société — et comment ce « montage romanoca nonique » traverse les siècles en dépla çant sa source de légitimité : Dieu, puis le peuple, puis la démocratie, au jourd’hui la technoscience et l’écono mie. Comprendre cette structure, c’est s’approprier la généalogie du droit oc cidental et trouver de nouvelles clés pour le réformer. Brexit et Écosse : les ruptures institu tionnelles ne sont jamais totales. Suite à la Réforme protestante, le par lement écossais abolit l’autorité du pape —mais conserva le droit canon. Cinq siècles plus tard, le Brexit repro duit exactement cette logique : retrait de l’UE, mais maintien d’une large partie du droit dérivé de l’UE sous forme de Retained EU Law . Le chapitre met ainsi en évidence la continuité des structures juridiques audelà des rup tures politiques. Géopolitique et finance : trois angles que les cabinets de conseil n’enseignent pas Guerre en Ukraine : lire le conflit par la fracture religieuse . Pour comprendre la guerre en Ukraine, il faut remonter à la fracture entre christianisme latin et christianisme byzantin. Ils constituent deux héritages du même Empire ro main qui, pendant douze siècles, se sont construits l’un contre l’autre, dé veloppant des conceptions divergentes de l’autorité, de l’État et de la commu nauté nationale. L’ouvrage propose une grille de lecture complémentaire aux analyses géopolitiques classiques. Le Bhoutan et le Bonheur National Brut : un éclairage complémentaire aux approches ESG. Le concept de Bonheur National Brut (BNB), mis en place dans le « pays du DragonTonnerre » depuis plusieurs décennies, n’est pas un slogan marketing : c’est un système demesure alternatif au PIB, intégrant bienêtre psychologique, vitalité culturelle et ré silience écologique. Pour les professionnels de la finance qui travaillent sur les critères ESG, ce chapitre offre une grille d’analyse utile — et quelques mises en garde salu taires. L’ESG, tel qu’il est pratiqué en Europe, tend à réduire des enjeux de civilisation à des scores quantifiables et à des obligations de reporting . Les finances du SaintSiège : l’AML comme enjeu de crédibilité institution nelle. La réforme engagée depuis Be noît XVI — cadre juridique, autorités de contrôle, alignement progressif sur les standards internationaux — a conduit à une amélioration reconnue par les instances européennes en 2024. L’ouvrage présente ces évolutions de manière descriptive et pédagogique, en les replaçant dans une dynamique institutionnelle plus large. Il en ressort une idée simple : aucune institution n’échappe aux exigences contempo raines de transparence. Deux dévelop pements méritent d’être signalés. D’une part, le pape Léon XIV a intro duit davantage de flexibilité dans la gestion des investissements du Saint Siège, notamment via le texte Coniuncta cura (septembre 2025). D’autre part, François Pauly — pro fessionnel reconnu de la place finan cière luxembourgeoise — a été nommé en avril 2026 à la présidence de la banque du Vatican. Àmesure que les exigences réglementaires s’intensifient, une question demeure rare ment explicitée dans les environnements professionnels : conformité à quoi, et au service de quoi ? Amare Ecclesiam n’ap porte pas de réponse univoque. Il propose plutôt un cadre d’analyse, en rappelant que toute architecture juridique ou finan cière repose, en dernière instance, sur une certaine conception de l’homme et du bien commun. Pour le praticien, l’intérêt de l’ouvrage tient précisément à cette mise en perspective : réintroduire des questions de finalité au cœur de disciplines largement dominées par la technique. Une contribu tion dense, exigeante, et utile pour qui souhaite penser son métier audelà de ses seuls outils. Un essai à destination des professionnels du droit et de la finance Amare Ecclesiam: Quand foi, droit et diplomatie se rencontrent L e jackpot de presque 175 millions € a été gagné par un Belge. Depuis sa créa tion en 2004, le jackpot (5 bons chiffres + 2 étoiles) a été gagné en Belgique pour un total de 2,55 milliards. Les pays qui ont remporté le plus au jackpot de lʹEuromillions sont le RoyaumeUni (7,48 milliards €), la France (5,96 milliards), lʹEspagne (4,74 milliards), le Portugal (2,84milliards), la Belgique (2,55 milliards), la Suisse (1,11 milliard), lʹIrlande (996 millions), lʹAu triche (989 millions) et le Luxembourg (207millions) pour un total de 26,7mil liards depuis 2004. Le jackpot le plus élevé était 250 millions le 19 août 2025, gagné par un Irlandais. Source. EuroMillions.com Le jackpot de l'Euromillions gagné par un Belge Par Roger H. HARTMANN, Chairman EFPA Luxembourg Asbl E n avril dernier, CEE Perspective, Pensions Europe, Better Finance et EFPA Europe ont organisé un we binaire commun sur ce sujet particuliè rement sensible et délicat, et où j’ai eu l’honneur de participer en tant que panéliste. Comme nous le savons, l’Union de l’Epargne et des Investissements (UEI) est une initiative de l’Union Européenne qui vise à orienter l’épargne massive des citoyens qui dort la plu part du temps sur des comptes bancaires peu ou pas rémunérés vers le fi nancement des entreprises et des projets durables, tout en offrant aux particuliers des opportunités de placement plus di versifiés et plus rentables. En d’autres termes, transformons les Européens d’épargnants en investisseurs sur le mar ché des capitaux européen. Et dans le même temps, nous voulions égale ment adresser l’éléphant dans le magasin de porcelaine qui est représenté par le système de pensions que nous pouvons rencontrer en Eu rope. Les bons élèves sont rares, et l’exemple de la Suède est perçu comme étant un modèle par ticulièrement vertueux, mais unique dans son genre, et non duplicable dans d’autres pays eu ropéens. Il en est autrement pour les pays européens qui ont clairement opté pour le système à trois pi liers, où les exemples qui viennent en tête sont les PaysBas et le Danemark dans l’Union Euro péenne, et la Suisse et le RoyaumeUni pour les pays noncompris dans l’UE. Tous les autres pays, et en particulier le Luxembourg, restent ancrés dans leur système historique du premier pilier où c’est l’Etat qui verse une pension aux ci toyens retraités. Le rôle du 2 e pilier, qui est professionnel, est faible à Luxembourg et joue au mieux un rôle d’appoint. Le 3 e pilier, représenté par de l’épargne individuelle défis calisée de l’art. 111 bis, connaît un plafond beaucoup trop bas, malgré l’augmentation récente du montant maximum. L’heure est venue d’ouvrir les yeux sur l’immense risque démographique que nous avons devant nous dans le monde occidental et qui est un phénomène unique. Si la prise de conscience de la situation est clairement perçue depuis 1972, la réaction à cette situation particu lière se révèlera incroyablement lente. Et pour tant, la fin des babyboomers et le passage durable sous le seuil de renouvellement des gé nérations étaient très faciles à comprendre, et à en tirer les conséquences incontournables. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la Suisse a mis en place en janvier 1985 la Loi fédérale sur la prévoyance professionnelle (LPP), avec son 2 e pilier obligatoire, qui représente la pièce mai tresse du système de pension par capitalisation, sous le contrôle et la responsabilité de l’em ployeur. Et il s’harmonise bien avec le 3 e pilier mis en place en 1972, et qui représente l’épargne individuelle munie d’une incitation fiscale par ticulièrement attractive. Et avec le 1 er pilier, l’AVS, mise en place en 1948, et basé sur le principe de la solidarité intergéné rationnelle, nous avons une architecture de pré voyance bien diversifiée entre la solidarité, la ca pitalisation individuelle et l’épargne individuelle défiscalisée qui tient bien la route sur le long terme, et peut être qualifié de résilient, même s’il est loin d’être parfait. Soyons honnête : dans un système qui ne repose quasiment que sur le 1 er pilier, cela ne peut fonc tionner que par la force et le dynamisme de l’im migration, c’est à dire des travailleurs étrangers jeunes qui rejoignent leur nouveau pays d’ac cueil et qui vont cotiser et faire survivre ce sys tème qui est par définition nonrésilient. Observons la Suisse et la récente initiative po pulaire, dite Initiative du Chaos, qui voulait li miter la population suisse à 10 millions d’habitants. Cela aurait été un coup très dur sur la viabilité du 1 er pilier helvétique. 45 % des ci toyens suisses ont dit oui à un texte qui aurait sans doute mis fin au miracle helvétique, tant les conséquences auraient pu être dramatiques. Cela fait lourdement réfléchir et fait clignoter les signaux d’alarme. Une situation de même type au Luxembourg, certes difficilement imaginable à court et moyen terme, provoquerait l’effondrement quasi immé diat du système de pension, car il n’y pas de 2 e pilier, et donc pas de diversification devenue stratégiquement nécessaire. Le sujet est sérieux, et il est souvent mal compris par les citoyens par manque de littéracie finan cière. C’est un problème récurrent en Europe et qui m’inquiète particulièrement. De mon hon nête point de vue, la littéracie financière devrait être enseignée dans les écoles dès le début de l’école secondaire, à l’âge de 12 ans, de manière à pouvoir maîtriser suffisamment tôt les défis du futur dans le sens le plus large du terme. Et c’est aussi dans cette logiquelà que nous devrions rendre attentifs les jeunes et nouvelles cohortes de travailleurs dès leur 25 e anniversaire sur l’im portance fondamentale des pensions. C’est bien trop souvent que je rencontre de bons employés sérieux et travailleurs de 40 à 45 ans qui commencent à ouvrir les yeux sur le pro blème des pensions, ce qui est infiniment et dé finitivement trop tard. Et ceci pourrait être largement mis sous contrôle si les futurs citoyens étaient éduqués correctement bien en amont, pour garantir une responsabilisation élevée sur le long terme. Avec de solides 2 e et 3 e piliers, l’immense avan tage, en plus de délivrer un système résilient sur le long terme, permet de nourrir directement notre marché des capitaux européen, et de trans former de facto les Européens d’épargnants lar gement suboptimaux en investisseurs sur les marchés des capitaux et les marchés obligataires, sur le très long terme. Un tel système aurait donc l’immense avantage de contribuer directement à la dynamisation de l’Union de l’Epargne et des investissements largement voulue par la Com mission européenne. Je ne crois plus du tout au Produit Paneuropéen d’EpargneRetraite Individuelle (PEPP), mal construit au départ, et qu’on essaie de réparer avec peine et difficulté, et je suis devenu un in conditionnel du système à 3 piliers. Un système de pension basé uniquement sur le 1 er pilier est seulement fort et résilient si la pro chaine génération a la volonté sincère et pro fonde de payer pour la génération précédente. Avec le déséquilibre démographique fondamen tal que nous avons devant nous, je ne suis pas prêt à faire confiance à cette prochaine généra tion, et j’ai donc choisi il y a bien longtemps d’épargner moimême pour mes vieux jours. Mes cours de démographie suivis avec grande attention à l’Ecole des HEC à Lausanne il y a 45 ans ont donc largement porté leurs fruits. Le système de pensions et l’Union de l’Épargne et des Investissements en Europe : Comment renforcer le Marché des Capitaux européen ?
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