Agefi Luxembourg - juin 2026
AGEFI Luxembourg 20 Juin 2026 Fonds &Marchés A lors que la guerre autour de l’Iran continue d’alimenter les tensions auMoyenOrient, les marchés financiers mondiaux affichent une étonnante capacité de résistance. Dans une analyse signée par Nadège Dufossé (portrait), Global Head of MultiAsset chez Candriam, il ap paraît que les investisseurs ne réa gissent plus automatiquement aux épisodes géopolitiques, mais attendent désormais des signes concrets d’un impact durable sur l’économie réelle avant de revoir fortement leurs anticipations. Malgré les perturbations persistantes dans le détroit d’Ormuz et les tensions sur les prix du pétrole, les marchés actions ont largement effacé le choc initial provoqué par l’escalade du conflit. À l’inverse, les marchés obligataires et les matières premières continuent d’intégrer un risque inflation niste plus élevé et des marges de manœuvre réduites pour les banques centrales. Cette diver gence illustre une évolution profonde du compor tement des investisseurs. Lesmarchés ne réagissent plus automatiquement à chaque menace de per turbation des flux pétroliers ou à chaque épisode militaire. Désormais, ils veulent surtout mesurer les conséquences concrètes sur la croissance mon diale, les bénéfices des entreprises et l’évolutiondes politiques monétaires. Depuis plusieurs semaines, le conflit est entré dans une phase d’instabilité chronique mêlant escalades militairesponctuelles,cessezlefeufragilesetpertur bations persistantes du trafic maritime. Les prix du pétrole restent élevés et les tensions sur les chaînes d’approvisionnement continuent d’alimenter les craintes inflationnistes. Pourtant, les marchés actions semblent considérer que le conflit constituedavan tage un coût durable à absorber qu’une menace systémique immédiate. Cette résilience repose en grande partie sur la solidité des résultats d’entre prises. Les dernières publications trimes trielles ont confirmé la bonne tenue des bénéfices, notamment dans les secteurs de la technologie, de l’éner gie et des matériaux de base. Les investisseurs privilégient aujourd’hui les sociétés capables d’offrir une forte visibilité sur leurs revenus, un pou voir de fixation des prix important et une génération de cashflow stable. Lethèmedel’intelligenceartificiellecontinuenotam mentdejouerunrôlecentraldanslesoutiendesmar chés.Lesinvestissementsmassifsdanslesinfrastruc tures numériques, les centres dedonnées et les semi conducteurs alimentent toujours une forte dyna mique de croissance. Les grands groupes technolo giques poursuivent leurs dépenses dans l’IA à un rythmesoutenu,renforçantlaconfiancedesinvestis seurs dans certains segments dumarché. Mais le secteur technologique n’évolue plus comme un ensemble homogène. Une fracture se dessine de plus enplus nettement entre les entreprises qui pro fitent directement du cycle de l’IA et celles dont le modèle économique pourrait être fragilisé par cette transformation. Les sociétés spécialisées dans les infrastructures critiques — cybersécurité, stockage de données, traitement de l’information ou semi conducteurs — continuent d’attirer les capitaux. En revanche, certaines entreprisesde logicielsoude ser vices informatiques font face à davantage d’interro gations, notamment sur leur capacité à préserver leurs marges dans un contexte d’automatisation croissante. Le véritable enjeu pour les marchés reste toutefois énergétique. Jusqu’à présent, la hausse des prix du pétrole n’a pas encore provoqué de véritable choc macroéconomique mondial. Les indicateurs d’acti vitééconomiquedemeurent relativement solides, en particulier aux ÉtatsUnis, et les prévisions de béné fices résistent globalement bien. Toute la question est désormais de savoir à partir de quelmomentlerenchérissementdurabledel’énergie commenceraàpeserpluslourdementsurlaconsom mation, les investissements des entreprises et les décisions des banques centrales. Car si le pétrole devait rester durablement audessus de 100 dollars le baril, les conséquences pourraient devenir beau coupplus sérieuses : inflationpersistante, ralentisse mentdelacroissancemondialeetdurcissementpro longé des conditions financières. Pour l’instant, les marchés semblent encore privilé gier un scénario de normalisation progressive. Les investisseurs anticipent un retour graduel du trafic dans le détroit d’Ormuz et une détente progressive des prix de l’énergie au cours des prochains mois. Mais cette hypothèse reste fragile. Les attaques contre certaines infrastructures énergétiques régio nales rappellent que le conflit déborde désormais largement du seul territoire iranien et menace plus largement l’équilibre énergétiquemondial. Les conséquences économiques apparaissent déjà trèsdifférentesselonlesrégionsdumonde.LesÉtats Unis restent relativement protégés grâce à leur pro ductionénergétiquedomestiqueetàleurdomination dans les secteurs liés à l’intelligence artificielle. Cette combinaison leur permet d’absorber plus facilement lestensionssurlesprixdel’énergietoutenconservant une forte dynamique bénéficiaire. L’Europe apparaît en revanche beaucoup plus vul nérable. Sa fortedépendance aux importations éner gétiques expose directement son économie à la haussedes prixdupétrole et dugaz. Cette situation pèse à la fois sur le pouvoir d’achat des ménages, sur les marges industrielles et sur la compétitivité économique du continent, dans un contexte où la croissance restait déjà fragile. Le Japon fait face à des difficultés similaires, aggra vées par la faiblesse du yen qui renchérit encore davantage les importations énergétiques. Dans les marchés émergents, la situation est plus contrastée : certains pays subissent fortement la hausse des coûts de l’énergie, tandis que d’autres profitent de leur exposition auxmatières premières ou audéve loppement mondial de l’IA. Dans cet environnement, les investisseurs privilé gient de plus en plus les actifs offrant visibilité et qualité. Les marchés obligataires favorisent les dettes souveraines jugées lesplus solides, tandis que lesmarchés actions continuent de soutenir les entre prises capables demaintenir leurs bénéficesmalgré un environnement plus volatil. Au final, les marchés financiers semblent avoir pro fondément modifié leur seuil de tolérance au risque géopolitique. Les tensions internationales restent importantes,mais ellesne suffisent plus àprovoquer seules une correction durable des actifs risqués. Tant que les bénéfices des entreprises résistent, que les investissements restent soutenus et que les banques centralesconserventuncertaincontrôlesurl’inflation, les marchés actions pourraient continuer à afficher une résilience inattendue face à un environnement mondial toujours plus instable. Détroit d’Ormuz : pourquoi les marchés refusent encore de paniquer L emarché actions japonais entre dans une nouvelle ère et ren force son attractivité. Avec 22 320 milliards de yens, soit 120milliards d’euros, les rachats d’actions ont atteint un niveau record en 2025. Signal fort de la volonté des entreprises japo naises pour soutenir lemarché et rétribuer leurs action naires, ce record démontre la portée des réformes structu relles entamées, en 2022, par la Bourse de Tokyo. Unnouvel élanpour lesmarchés actions Ladynamiqueactuelledesmarchésactions japonais vise à accélérer lamodernisation de l’écono miedupays, en incitant les entreprises à faire évoluer leur mode de gouvernance, optimiser leurs réserves de liquidités tout en les encourageant à réduire signi ficativementleursparticipationscroiséeshéritagedes keiretsu(conglomératsjaponais)etainsiadapterleur allocationde capital. Outrecesprogrammesderachatsd’actions,lesentre prises nippones ont revuà lahausse leur tauxdedis tribution de dividendes traditionnellement fai bles. Elles affichent également leur volonté de menerdespolitiquesd’investissementplusam bitieuses. Au 4e trimestre 2025, les dépenses d’investissementontainsiatteintunnouveaure cord de 15 400 milliards de yens (83 milliards d’euros), enhausse de 6,5%sur un an (1) . Autre signal favorable, elles se sont concen trées sur des secteurs porteurs tels que les in frastructures liées à l’IA, la sécurité énergétique ou encore la défense. Or ce po tentiel d’investissement est très loin d’être épuisé. Ces secteurs figurent en effet parmi les axes stratégiques de développement du nouveau gouvernement de Sanae Takaichi. La Première ministre, élue en octobre 2025, a remporté une victoire décisive aux élec tions législatives de février 2026, ouvrant sans doute une période de stabilité politique, phénomène relativement rare au Japon. Desmarchés portés par les investisseurs particuliers et étrangers Lesmarchés actions japonais reflètent cettenouvelle ère. Malgré une volatilité importante liée aussi bien au contexte géopolitique international qu’à l’évolu tiondes tauxau Japon, l’indice élargi de laBoursede Tokyo, le Topix, a progressé de 14%depuis le début del’année,tandisqueleNikkei225s’envolaitde27%. De quoi soutenir l’intérêt des investisseurs, japonais comme étrangers. Le volume quotidien des échanges sur le marché principal de la Bourse de Tokyo a ainsi doublé en un an (2) . Très exposés auxmarchés étrangers, en particulier américains, les investisseurs particuliers japonais s’intéressent à nouveau à leurmarché domestique. Tout comme les entreprises, les ménages ont eu tendance, ces dernières décennies, à privilégier l’épargne. Mais le retour de l’inflation incite à la di versification, enparticulier vers lesmarchés actions et leurs perspectives de rendement. Les investis seurs étrangers constituent un autre facteur de sou tien important aux marchés actions. Après avoir longtemps délaissé ce marché, ils sont ainsi ache teurs nets depuis le début de l’année. Des thématiques diversifiées Si lesmarchés asiatiques dans leur ensemble ont bé néficié de l’engouement autour des valeurs liées à l’IA, lemarché japonaisoffreégalement d’autres thé matiques d’investissement complémentaires. Une part importante de la récente progression de cette dynamique réside dans la chaîne de valeur de l’IA sur laquelle le pays est bien positionné, avec des so ciétés comme le leader de la mémoire flash Kioxia, TokyoElectrondans les équipementsdeproduction de semiconducteurs ou encore Advantest posi tionné dans la vérification et la validation des semi conducteurs. Le Japon peut également compter sur plusieurs leadersmondiaux dans des secteurs telles que la robotique comme les entreprises Fanuc et Keyence, la défense avec Mitsubishi Heavy Indus tries, la sécurité énergétique avec un acteur tel que Hitachi, ou encore de la consommation (Fast Retai ling, Asics). Ces segments ont enregistré de solides performances boursières ces derniersmois. Alors que les effets de la remontée des taux par la Banquedu Japonsemblent désormais largement in tégrés dans les cours, les fondamentaux solides des entreprises et les réformes de gouvernance soutien nent le potentiel de revalorisation des actions japo naises sur le long terme. Portés par le retour de l’investissement, l’améliora tionde l’utilisationdu capital, lepositionnement sur des thématiques d’investissement porteuses et l’in térêt grandissant des investisseurs domestiques et étrangers, lesmarchés actions japonaisgagnent à re trouver leur place dans les stratégies d’allocation in ternationales. KévinNET, Responsable Pôle Asie et Gérant, LFDE 1) Reuters, 03.05.2026 2) Asia .nikkei.com , 26.05.2026 Actions japonaises, une diversification redevenue stratégique ? Par Diane BERKOVITS & Dimitri KALLIANOTIS, UBP M algré la hausse des prix de lʹénergie, les marchés actions restent largement soutenus par le cycle dʹinvestissement lié à lʹintelligence artificielle, dont la vitesse dʹadoption demeure sans précédent. La croissance bénéficiaire du secteur technologique devrait atteindre des niveaux exceptionnelle ment élevés cette année. Dans ce contexte, lemarché amé ricaindesintroductionsenbourse connaît un net redressement aprèsquatreannéesde faibleacti vité. Quarante sociétés ont déjà été introduites en bourse en 2026, levant USD 28 milliards depuis janvier—un record depuis 2021. Les levées via IPO pourraient dépasser USD 250 milliards sur lʹannée, portées par des opéra tions majeures telles que SpaceX, Anthropic ou OpenAI. Même Alphabet, pourtant doté dʹun bilan solide, a annoncé une levée de USD 80milliards. Autotal,l’offred’actionsdesentre prises pourrait dépasser USD700 milliards, soit environ 1 % de la capitalisation du Russell 3000, contre une moyenne historique proche de 1,5%, limitant le risque d’un choc d’offre systémique à court terme. Par ailleurs, les rachats dʹactions, bien quʹen léger ralentissement sous lʹeffet de la hausse des dépenses dʹinvestissement liées à lʹIA, atteignent déjà USD 860mil liards depuis janvier, maintenant le nombre dʹactions en circulation globalement stable. Le principal risque concerne l’aprèsIPO. Les flottants initiaux des grandes introductions sont souvent très faibles (environ 5% estimé pour SpaceX), mais aug mentent fortement après l’expira tion des lockups. 500 milliards d’actions supplémentaires pour raient ainsi devenir disponibles à la vente en 2026, avec un risque encoreplusmarquéen2027. Cette offre ne deviendra toutefois effec tivequesilesactionnairesexistants choisissent réellement de vendre. L’IPOdeSpaceXconstituel’événe ment clé. La société pourrait lever environ USD 75 milliards, ce qui en ferait la plus grande introduc tionenboursedel’histoiredeWall Street.L’impacttechniquepourrait êtresignificatif:avecunevalorisa tion évoquée d’au moins USD 1’800 milliards, SpaceX pourrait intégrer rapidement le Nasdaq 100 grâce aux règles de “Fast Entry”,potentiellement15joursde bourse après l’IPO. LesETFpassifs répliquant l’indice seraient alors contraints de céder une partie de leurs positions dans lesgrandesvaleurstechnologiques pour acheter SpaceX, créant une pressionmécaniquesurleBigTech américain. La valorisation à USD 1ʹ800 milliards — dont USD 730 milliards pour les activités exis tantes—nous semble néanmoins exigeante:elleimpliqueunmulti plede96xlechiffredʹaffaires2025, pour une croissance des revenus limitéeà15%auT12026et un free cashflow négatif dʹenviron USD 9,1milliards. LʹIPO pourrait bénéficier dʹune forte demande initiale grâce à un flottant limité, une allocation de 30% aux investisseurs retail et au ʺpremiumElonMuskʺ—mais le risquededécompressiondesmul tiplesetlamontéeprogressivedes lockups restent substantiels. Le marché semble en mesure dʹab sorberlʹoffreIPOen2026;SpaceX en sera le testmajeur. L’IPO record de SpaceX vient tester la confiance du marché ©Shutterstock
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