Agefi Luxembourg - avril 2026

AGEFI Luxembourg 10 Avril 2026 Économie & Tax Par dr. Andrei RADULESCU, Macroéconomiste international senior L ’activité économiquemondiale a récemment été confrontée audé- clenchement du conflit au Moyen-Orient, unnouveau choc d’offremondial symétrique, mais aux conséquences asy- métriques. La fermeture ef- fective du transit dans le détroit d’Hormuz enmars a entraîné une intensifica- tion de l’incertitude et une hausse significative des prix du pétrole, selon les données disponibles sur les plateformes du FondsMonétaire Interna- tional et de la Réserve Fédérale, comme il- lustré dans le graphique ci-dessous. Autrement dit, la résilience de l’économie mondiale est une nouvelle fois mise à l’épreuve, dans un envi- ronnement d’accumulation de tensions et de pertur- bations. Dans ce contexte, l’indice d’incertitude de la politique économique a augmenté aux États-Unis pouratteindresonplushautniveaudepuismai2025, tandis que le prix du pétroleWTI s’est rapproché de sonmaximumdepuis août 2022 enmars 2026, selon lesestimationsdisponiblessurlaplateformedelaRé- serve Fédérale de Saint Louis. Comptetenudecesévolutions,l’activitééconomique devrait ralentir, tandisque l’inflationest attendue en hausse à court terme auniveaumondial, lespays les plusaffectésétantceuxprésentantuneforteintensité pétrolière et une forte dépendance au pétrole et au gazenprovenanceduMoyen-Orient.Autrementdit, l’économiemondiale traverse une période dominée pardes risques stagflationnistes croissants, lahausse du prix du pétrole s’apparentant à l’introduction d’une nouvelle taxe, entraînant une dégradation de l’activité économique et une accélération des pres- sions inflationnistes. En effet, le rythme de croissance de l’activité écono- miquemondialeanettementralentienmars,comme en témoigne la baisse du baromètre PMI composite vers son plus bas niveau depuis avril 2025, le mois marqué par l’annonce du changement fondamental de politique commerciale dans la plus grande éco- nomie mondiale (qui contribue à plus de 26 % du PIBmondial). D’unepart,lesnouvellescommandesontdimi- nuéjusqu’àleurplusbasniveaudes28derniers mois, en raison des perturbations des flux du commerce international. D’autre part, la com- posante des perspectives à court terme s’est dé- gradée, atteignant l’un des niveaux les plus faiblesducyclepostpandémique.Enfin,lespres- sions inflationnistes sur les intrants se sont inten- sifiées jusqu’à leur plus haut niveau des 38 derniers mois, compte tenu de la hausse des prixdupétrole. Onobserveunedégradationsignificative du rythme de croissance du secteur des services en mars 2026, jusqu’à son plus bas niveau des 28 derniers mois, en rai- sondureculdesservicesàlaconsomma- tion à leur minimum depuis novembre 2022, dans un contexte de perturbations des voyages et du tourisme auMoyen-Orient. Par ailleurs, la prime de risque sur les actions aux États-Unis a fortement augmenté lemois dernier, at- teignant sonplus haut niveaudepuismai 2023, selon les estimations deAswathDamodaran. Àce stade, laprincipale incertitude concerne ladurée du conflit, laquelle devrait entraîner une hausse de l’inflationetunralentissementdelacroissanceàpartir dupremier trimestre. En revanche, onobserveun in- térêt croissant à l’échelle mondiale pour le déploie- mentdel’intelligenceartificielle,commeentémoigne laprogressionsignificativedesventesdepuces,selon les estimations de Epoch AI, illustrées dans le gra- phique suivant. Aux États-Unis (la plus grande économie mondiale, représentant plus de 26 %du PIBmondial), les indi- cateursmacroéconomiques se sont récemment dété- riorés, en raison des conséquences du conflit au Moyen-Orient,notammentl’intensificationdel’incer- titude et la hausse des risques stagflationnistes. La confiance des consommateurs s’est dégradée en mars,l’indicateurestiméparl’UniversitédeMichigan atteignantsonplusbasniveaudepuisdécembre2025, très proche de ses plus bas historiques. Par ailleurs, lesindicateursavancésontpoursuivileurreplienjan- vier, de 0,1%en glissement mensuel et de 3,85%en glissement annuel, selon les estimations du Confe- rence Board. Enfin, l’activité économique n’a progressé en mars qu’au rythme le plus faible depuis septembre 2023, selon le PMI composite (industrie manufacturière et services) estimé par S&P Global. Autrement dit, des pressions défavorables s’accumulent sur la consom- mationprivéeauxÉtats-Unis, aprèsque lemoteurde l’économiemondialen’aprogresséqu’àunrythmean- nuel de 2,1%au4 e trimestre 2025, soit la croissance la plus faible depuis le 4 e trimestre 2022, selon les esti- mations duDépartement deCommerce des EUA. En revanche, lamise enœuvre de l’intelligence artifi- cielle s’accélère, comme en témoigne la progression du taux annuel des investissements fixes privés dans les équipements (à 9,5%, leplus élevédepuis le 2 e tri- mestre2021)etdanslesproduitsdepropriétéintellec- tuelle(à8,1%,leplusélevédepuisle1 er trimestre2023) au 4 e trimestre 2025. En ce qui concerne lemarché du travail, l’économie a créé 178 000 emplois enmars (le niveau le plus élevé depuis décembre 2024), tandis que le taux de chômage a reculé à 4,3 % (son mini- mumdepuis juin 2025). Enfin, l’inflation sous-jacente annuelle a accéléré à 3,1 % en janvier, son plus haut niveau depuis mars 2024.Ainsi, lorsde ladeuxième réuniondepolitique monétaire de 2026, la FED a maintenu son taux di- recteurdans la fourchette3,50%–3,75%et a signalé une approche prudente à court terme. Les indicateurs macroéconomiques se sont égale- ment récemment détériorés dans la zone euro (prin- cipal composant de l’Union européenne), en raison des conséquences du conflit au Moyen-Orient. Par exemple, l’indicateur de confiance économique (es- timé par la Commission Européenne) a reculé pour ledeuxièmemois consécutif enmars, de 1,6point en variationmensuelle, à 96,6 points, sonniveau le plus bas depuis septembre 2025, restant inférieur à sa moyenne historique pour le 45emois consécutif. Dans le même temps, l’activité économique dans la régionn’aprogresséenmarsqu’aurythmeleplusfai- ble depuis juin 2025, selon le PMI composite (indus- trie manufacturière et services), estimé par Markit Economics. Ladépendanceaux importationsdepétrole et degaz ainsi que la forte part de l’énergie dans le panier de consommation des États membres montrent que la zone euro figure parmi les régions qui paieront une facture élevéedu conflit auMoyen-Orient. En réalité, parmi les grands blocs économiques mondiaux, la zoneeuroahistoriquementsupportélafacturelaplus lourde des chocs globaux au cours des dernières dé- cennies. Dans ce contexte, les risques pesant sur la continuité de la reprise économique dans la région s’intensifient, dans une période de transition dumo- dèle de croissance, d’une forte dépendance à la de- mande extérieure nette vers un rôle accru de l’investissement. La demande extérieure nette a eu une contribution négative, tandis que la formation brute de capital fixe a contribué positivement à la croissance annuelle de l’activité économique dans la zone euro au cours des six derniers trimestres, selon les estimations d’Eurostat. Sur lemarché du travail, le taux de chômage a légè- rement augmenté, de 6,1 % en janvier à 6,2 % en fé- vrier, et semble atteindre un point bas, avant l’accélération de la mise en œuvre de la révolution de l’intelligence artificielle. Enfin, l’inflation sous-jacente est restée au-dessusde la cible de 2 % pour le 53 e mois consécutif en mars, selon Eurostat.Ainsi, lors de la réunion de politique monétairedemars, laBCEa revuà la baisse ses pré- visionsdecroissanceannuelleetrelevésesprévisions d’inflation pour 2026 et 2027. En mars, l’Organisation de Coopération Econo- mique et Développement a significativement relevé sesprévisionsd’inflationpour 2026 et ajusté sespré- visions de croissance mondiale pour 2027. Selon le scénariomacroéconomique révisé, l’économiemon- diale devrait croître à un rythme annuel de 2,9%en 2026 et de 3,0%en 2027, inférieur aux 3,3%enregis- trés en 2025. Dans ce scénario, les prix à la consom- mationdans leG20 (qui représente environ 85%du PIBmondial)pourraientaugmenterde4,0%en2026 et de 2,7 % en 2027, soit des révisions à la hausse de 1,2point depourcentage et 0,2point depourcentage respectivement. Selon les dernières prévisions de l’OCDE, la crois- sanceannuelleauxÉtats-Unispourraitralentirde2,1 %en2025à2,0%en2026et 1,7%en2027. L’inflation sous-jacente annuelle augmenterait de 2,8%en 2025 à 3,0 % en 2026, avant de ralentir à 2,4 % en 2027, en raisond’unoutputgapnégatif.Lesexpertsdel’OCDE anticipentunecroissanceannuellede0,8%en2026et de1,2%en2027pourlazoneeuro,avecdesrévisions à la baisse de 0,4 point de pourcentage et 0,2 point de pourcentage.L’inflationsous-jacenteannuelleaétéré- visée à la hausse de 0,2 point de pourcentage à 2,3% en2026etde0,1pointdepourcentageà2,1%en2027. Danscescénario,l’économiechinoise(deuxièmeéco- nomiemondiale) pourrait croître de 4,4% en 2026 et de 4,3%en 2027. En conclusion, le conflit au Moyen-Orient constitue un nouveau choc mondial symétrique, aux consé- quences asymétriques, et l’économie européenne de- vrait une nouvelle fois en supporter la facture la plus lourde,commelorsdesprécédentschocsglobaux.Par conséquent, la part de la zone euro dans l’économie mondiale devrait poursuivre sa tendance baissière dans les années à venir. Le conflit au Moyen-Orient – un choc mondial symétrique, aux conséquences asymétriques Graphique 1. Transit de pétrole et de gaz via le détroit d’Hormuz vs. Prix du pétrole (moyennemobile sur 7 jours) Sources :FMI,FED Graphique 2. Indicateur PMI Composite dans l’économiemondiale (industrie et services) (points) Source:MarkitEconomics Graphique 3. Ventes de puces d’IA– capacité de calcul cumulée (équivalentH100) Source:EpochAI Graphique 4. Le poids dans le PIBmondial Source :FMI L a Commission européenne a donné son feu vert le 27 mars à un ambitieux régime d’aides d’État porté par le Luxem- bourg, d’un montant de 500 mil- lions d’euros. Cette décisionmarque une étape impor- tante pour le Grand-Duché, qui renforce sa stratégie industrielle dans le secteur des technologies propres et confirme sa volonté d’accélérer la transition vers une économie à zéro émission nette. Ce programme, validé dans le cadre du pacte européen pour une industrie pro- pre adopté en juin 2025, positionne clai- rementleLuxembourgcommeunacteur clé de la réindustrialisation verte en Europe. Dans un contexte où les États membres rivalisent pour attirer les inves- tissements durables, le Grand-Duché entend tirer son épingle du jeu enmisant sur l’innovation et la production locale. Ouvert auxentreprises sur l’ensembledu territoire luxembourgeois jusqu’au 31 décembre 2030, ce régimeprévoit l’octroi de subventions pour soutenir des projets industriels stratégiques. L’objectif est clair : encourager la créa- tion de nouvelles capacités de fabrica- tion dans des domaines essentiels à la transition énergétique. Concrètement, le Luxembourg vise à développer la production de technologies clés telles que les panneaux solaires, les éoliennes, les pompes à chaleur ou encore les bat- teries. Le dispositif soutiendra égale- ment la fabrication de composants cri- tiques ainsi que la production—y com- pris à partir de matières recyclées—de ressources indispensables à ces filières industrielles. Cette approche s’inscrit dans une logique d’économie circulaire et de sécurisation des chaînes d’appro- visionnement. Pour la Commission européenne, le régime luxembourgeois répondpleinement aux exigences fixées par l’encadrement des aides d’État. L’institution estime que cettemesure est « nécessaire, appropriée et proportion- née » pour stimuler les investissements privés, soutenir l’innovation industrielle et contribuer à la souveraineté techno- logique européenne.Il vise également à renforcer la résilience économique euro- péenne face aux dépendances exté- rieures, notamment dans les technolo- gies stratégiques vertes. La vice-présidente exécutive Teresa Ri- bera a souligné l’importance de cette dé- cision, notamment pour un pays de taille réduite : « Il s’agit du premier ré- gime relevant de cet encadrement auto- risé pour un État membre de taille ré- duite. Unbudget de 500millions d’euros est disponible pour des capacités sup- plémentaires de fabricationde technolo- gies propres au Luxembourg. » Elle a également précisé que ces sub- ventions directes permettront de appuyer de manière tangible les inves- tissements industriels dans les années à venir, en facilitant la montée en puis- sance de projets structurants pour la transition écologique européenne. Au- delà de son impact économique immé- diat, ce plan illustre pleinement l’am- bition du Luxembourg de se position- ner durablement comme un hub industriel vert en Europe. En soutenant l’innovation, la produc- tion locale et la transition énergétique, le pays consolide son rôle dans la mise en œuvre du pacte pour une industrie propre et dans la lutte contre le chan- gement climatique. Source : Commission européenne 500 millions d’euros pour l’industrie verte luxembourgeoise ©Freepik Transit de pétrole et de gaz via le détroit d’Hormuz(volum,millionsdetonnes) BRENT(USD/barrel)(rhs) EUA Chine UE

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