Agefi Luxembourg - septembre 2026
AGEFI Luxembourg 8 Septembre 2026 Économie & Banques The best practices in Wealth Management and Wealth Planning #EFF26 Finance Forum Chamber of Commerce Luxembourg (Kirchberg) SEPTEMBER 24 th 2026 12.30 – 08.00 PM (CET) www.efpafinanceforum.com REGISTER NOWON => 3 Keynote Speeches 1 Charity Chall. (2 associations) 5 Panels (15 speakers) 3 Networking Cocktails Wealth Management & Wealth Planning D ans une interview exclusive réali sée par David Schrieberg (Vital Briefing) pour EFPA Luxembourg au siège de la Commission de Surveillance du Secteur Financier (CSSF), le Directeur Général ClaudeMarx dresse un état des lieux sans détour de la finance durable européenne : simplification réglementaire, tensions géopolitiques, mobilisation de l’épargne, intelligence artificielle, éduca tion financière et attractivité de la place financière luxembourgeoise. Six ans après le lancement duGreenDeal, l’heure n’est plus à la construction des cadres, mais à leur mise enœuvre—et à leur correction. Six ans après, l’heure de la simplification PourClaudeMarx, 2026marqueun tournant dans la trajectoire de la finance durable européenne. Six ans aprèslelancementdupland’actiondelaCommission sur la finance durable, le constat est celui d’un cadre devenu,avecletemps,tropcomplexe,parfoiscontra dictoire, difficile à appliquer pour les acteurs de marché comme à comprendre pour les investis seurs. « Les fondamentaux restent lesmêmes, mais le cadre est en traind’être adapté pour devenir plus clair », résumetil, citant la publication du plan SFDR2.0 par la Commission en novembre dernier, auquel la CSSF contribue activement aux côtés des autres autorités nationales compétentes, ainsi que les travauxmenés au niveau de l’ESMAsur la pré vention du greenwashing. LeDirecteurGénéral yvoitmoinsundésaveuqu’un apprentissage naturel : tout plan ambitieux lancé dans un temps resserré révèle tôt ou tard ses angles morts, qu’il s’agisse de définitions changeantes ou de classifications contestées — il cite l’exemple du nucléaire. La Commission a d’ailleurs reconnu que l’Europe est « surréglementée », publiant déjà dix à onze paquets « omnibus » de simplification, avec des bénéfices nets en termes de coûts. Un mouve ment qui, selon Claude Marx, doit se poursuivre et s’accélérer, en parallèle du projet d’Union de l’épargne et des investissements—héritier direct de l’Union des marchés de capitaux lancée sous la Commission Juncker. Un contexte géopolitique qui rebat les cartes Cette clarification du cadre intervient dans un environnement géopolitique tendu, qui redéfinit selon lui les priorités. La guerre d’agression russe contre l’Ukraine, puis la crise du détroit d’Ormuz liée à la guerre en Iran, ont, l’une après l’autre, rap pelé la dépendance européenne aux ressources énergétiques lointaines. « Nous ne pouvons plus dépendre autant de ressources distantes ; nous devons augmenter, enurgence, la part des énergies renouvelables produites au sein de l’Union euro péenne », insiste Claude Marx, rappelant qu’en 2024, seuls 25%dumix énergétique européenpro venaient de sources renouvelables. Audelà de l’énergie, c’est toute la compétitivité européenne qui est en jeu, notamment visàvis du retrait américain des engagements climatiques mondiaux — un sujet que Claude Marx choisit de nepas commenter frontalement, préférant recentrer le débat sur les causes géopolitiques structurelles plutôt que sur un seul acteur. Pour lui, l’urgence est ailleurs : financer simultanément la transition verte, la transition numérique et les besoins de défense, qu’il s’agisse de l’OTAN ou de l’Union européenne ellemême. Un triple défi que la seule finance publique ne peut relever. Mobiliser 10.000milliards d’euros d’épargne dormante C’est là que la finance privée entre en jeu — et avec elle, un chiffre que Claude Marx met en avant avec insistance:environ10.000milliardsd’eurosd’épargne européennedormiraientaujourd’huisurdescomptes courantsoudescomptesd’épargne,sansirriguerl’éco nomie réelle. « Il suffit d’imaginer ce que représente rait le fait de rediriger 10 % ou 20 % de plus de cette épargneversl’économieréelle»,soulignetil:dequoi financeràlafoislatransitionverte,latransitionnumé rique et l’effort de défense. C’est précisément l’ambi tion de l’Union de l’épargne et des investissements, dont le succès reposerait, selon lui, sur cette masse d’épargne disponible. Une réussite qui bénéficierait directementàLuxembourg,dontl’essentieldesinves tissementsdansl’économieréelletransiteparlesfonds d’investissement — un secteur où la Place dispose d’une expertise et d’une expérience historiques dans la distributionde fonds aux clients de détail. Intelligence artificielle : des risques maîtrisables, des bénéficesmajeurs Interrogé sur la place croissante de l’intelligence arti ficielle dans le traitement des données de durabilité, Claude Marx se montre résolument positif, tout en reconnaissant des risques réels : manipulation, hal lucinations involontaires. Mais pour lui, ces risques ne sont pas propres à la finance durable et restent surmontables. «Les bénéfices de l’usage des techno logiesmodernes—quecesoitl’IApourletraitement des données, ou encore la blockchain — sont large ment supérieurs aux risques ou aux défis », affirme til, en soulignant que le corpus de valeurs euro péennesenmatièredefiabilitédesdonnéesetdepro tection contre lamanipulation constitue, à cet égard, un atout distinctif. Ilrappelletoutefoisquelaprotectiondesinvestisseurs et des consommateurs demeure l’objectif primordial des régulateurs, ce qui suppose de conjuguer inno vation technologique et clarté du cadre — notam ment via des systèmes de labellisation plus simples que l’actuelle distinction entre articles 6, 8 et 9 du SFDR, difficile à appréhender tant pour les investis seurs institutionnelsque, plus encore, pour les inves tisseurs particuliers. L’éducation financière, un chaînon indispensable C’est précisément sur ce terrain de la pédagogie que Claude Marx est le plus disert. Pour construire une Unionde l’épargne et des investissements «de façon durable»,ilplaidepourcequ’ilappelleunevéritable éducation à la finance durable, destinée aussi bien aux enfants et jeunes adultes qu’aux investisseurs de tous âges. Luimême intervient régulièrement dans des écoles à travers le pays et témoigne d’une sensi bilité déjà bien réelle chez les plus jeunes : « Je ne sousestimerais pas ce que des enfants de 10 ou 11 ans comprennent déjà », observetil, évoquant leur conscience aiguë de l’impact de certaines décisions de consommation. Chez les lycéens de 1516 ans, ce désir de donner du sens à l’argent gagné — audelà du seul revenu — rendrait selon lui la dimension durable de la finance particulièrement parlante. C’est précisément sur ce terrain—celui de lamontée en compétences des épargnants comme des profes sionnels—qu’EFPALuxembourgentend jouerplei nement son rôle : à travers ses parcours de certifica tion et son offre de formation continue destinée aux conseillers financiers, l’association contribue depuis plusieurs années à structurer cette culturede l’inves tissement responsable que Claude Marx appelle de ses vœux, du premier échelon de certification jusqu’aux niveaux les plus avancés. Ce que l’Inde et laChine regardent chez nous Revenantd’unvoyageenInde,ClaudeMarxraconte avoir mesuré, au contact de banques, de sociétés de gestion, du hub financier Gift City ou encore du fonds souverain indien, combien l’Europe — et Luxembourg en particulier—reste perçue de l’exté rieur comme une référence en matière de finance verte. Les standards « gold standard » qu’on prête à laPlacenerelèveraientpasd’unesurréglementation, mais biend’exigences élevées, incarnées notamment par la Luxembourg Green Exchange, aujourd’hui premièreboursemondialepourlesobligationsvertes — un marché de plusieurs centaines de milliards d’euros d’émissions annuelles, pour un encours glo bal dépassant 3.000milliards d’euros. Un constat qui vaut également pour la Chine, dont plusieurs émetteurs sont cotés sur la Green Exchange, et qui compte sept banques implantées à Luxembourgdepuis 1979, disposant chacuned’une double licence de filiale et de succursale. Plus large ment, Claude Marx évoque un intérêt croissant venu d’acteurs extraeuropéens — dont plusieurs banques brésiliennes récemment établies — pour ce qui constitue, selon lui, les véritables atouts diffé renciantsdeLuxembourg : la stabilité, laprévisibilité du cadre légal et administratif, la notationAAA, la maîtrisede ladettepublique, et une ouverture assu mée aumultilatéralisme. Talents et compétences : le prochaindéfi Reste que cette attractivité doit composer avec des défis internes. Claude Marx cite en priorité la pour suite des investissements dans la transition numé rique—Luxembourgayant étéparmi les premiers à proposer des solutions de cloud souverain — ainsi quedansl’intelligenceartificielleet,àpluslongterme, l’informatiquequantique.Maislevéritablepointd’at tention, selon lui, concerne les talents : les profils recherchés demain — data analysts, data scientists, promptengineers—diffèrentprofondémentdeceux recrutés traditionnellement dans le secteur financier. Unemutationquitouchera,selonlui,jusqu’auxcomi tésexécutifsetauxconseilsd’administration,appelés à intégrer des profils technologiques aux côtés des expertises classiques en finance, économie oudroit. Uneévolutionquirend,plusquejamais,laformation continue des professionnels de la finance incontour nable pour accompagner cette transformation des métiers—un axe sur lequel EFPALuxembourg tra vailleprécisémentàtraverssesprogrammesdedéve loppement professionnel continu, conçus pour per mettre aux conseillers certifiésd’actualiser leurs com pétences au rythme de ces mutations. C’est tout le sens de LI⁴FE (www.li4fe.lu) , la nouvelle plateforme 100%digitaledecertificationetdeformationcontinue lancée par EFPA Luxembourg, qui vise justement à offrirauxprofessionnelsdelaPlaceunoutilmoderne et accessiblepour suivre ces évolutions aufil de l’eau. Claude Marx reconnaît par ailleurs que le coût du logement resteun frein réel à l’attractivitédes talents, un enjeu qu’il replace toutefois dans une probléma tique plus large de pouvoir d’achat, touchant l’en semble de la population résidente et non le seul sec teur financier. Un optimiste conscient des risques Interrogé sur les raisonsde sonoptimismepersistant dans un monde qu’il qualifie luimême de plus en plus incertain—duBrexit à la guerre enUkraine en passant par les tensions en Iran —, Claude Marx livre une forme de paradoxe assumé : l’Europe, dit il, a toujours étémeilleure dans l’adversité que dans le confort. Laprisede conscienceactuelle sur la com pétitivité, l’innovation, la dépendance énergétique ou la défense pourrait, selon lui, se révéler positive pour l’économie comme pour la cohésion sociale, à condition de maintenir la croissance nécessaire au financement du modèle social européen — et sin gulièrement luxembourgeois, qu’il s’agisse de la santé ou des retraites. Ilyvoitaussiunchantierdirectementliéàl’éducation financière et à la mobilisation de l’épargne : audelà de l’Union de l’épargne et des investissements, Claude Marx pointe l’enjeu, commun à toute l’Europe, du développement des deuxième et troi sièmepiliersderetraite—unesourcedefinancement supplémentaire, à ses yeux, pour l’économie réelle. Interrogé enfin sur sa fidélité à l’EFPA Finance Forum, dont il est cette année à sa dixième partici pation consécutive, ClaudeMarx salue la constance d’un rendezvous qui a su, depuis sa première édi tionen2017, conserver l’esprit de ses fondateurs tout en s’adaptant aux enjeux de chaque époque. Une fidélitéqu’il comptebienhonorer ànouveaudans le futur. Et pourquoi pas lors de la prochaine édition, axée sur leWealthManagement &WealthPlanning de l’EFPA Finance Forum, qui se tiendra le 24 sep tembre 2026 à la Chambre de Commerce, à LuxembourgKirchberg. Retrouvez les meilleurs moments de cette interview sur https://www.youtube.com/@ efpaluxembourg2983 Interview de Claude MARX, Directeur Général de la CSSF : « L’Europe a besoin d’un choc de compétitivité, mais je reste optimiste » de gauche à droite : David Schrieberg (Vital Briefing), ClaudeMarx (CSSF)
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