Agefi Luxembourg - mai 2026

AGEFI Luxembourg 8 Mai 2026 Économie & Banques U ne nouvelle étude de PwC révèle un écart croissant de préparation entre institutions financières face aux nouvelles exigences euro­ péennes enmatière de lutte contre le blanchiment d’argent (AML), dans un contexte de forte pression réglemen­ taire en Europe, auMoyen­ Orient et en Afrique (EMEA). Réalisée auprès de plus de 500 institu­ tionsdans40pays,l’enquêtemetenévi­ dence un secteur sous tension à l’ap­ proche de la plus importante refonte réglementaire AML depuis plus de dix ans.Seuluntiersdesinstitutionsfinancières européennes s’attendent à être prêtes pour le paquetAMLde l’UEd’ici juillet 2027. Une préparation encore insuffisante Plus de la moitié des institutions financières de la région EMEA anticipent des perturbations opéra­ tionnelles importantes dans les deux prochaines années, illustrant une pression durable sur les dispositifs de conformité. Environ un tiers des organisations s’attendent égale­ ment àunehaussedes coûts comprise entre 10 % et 30 %. Dans ce contexte, les institutions financières estiment que les exigences de dili­ gence client (Customer Due Diligence – CDD) constituent un point de blocage majeur. Quarante pour cent des répon­ dants considèrent que ces obligations sont tropnorma­ tives, freinant leur mise en œuvre et compliquant l’adaptation aux nouvelles règles attendues d’ici 2027. L’étude met également en lumière une forte disparité géographique. En dehors de l’Union européenne, la confiance dans l’efficacité des dispositifsAMLreste particulièrement faible : seuls 10 à 12%des banques et gestionnaires d’actifs jugent les cadres actuels adaptés, contre 7 %dans l’assurance. Technologie et conformité sous pression La technologie apparaît comme un levier majeur de transformation. Soixanteetun pour cent des banques et 57 % des sociétés de gestion d’actifs et de patrimoine prévoient d’introduire de nouveaux outils de surveillance des transactions. Toutefois, la qualité des données demeure le principal frein à l’adoption de technologies avancées et de l’intelli­ gence artificielle. Selon PwC, les institutions financières doivent encore adapter enprofondeur leurs infrastructures dedonnées et leurs systèmes de conformité.Malgré l’accélérationdes investissements dans l’intelligence artificielle et l’analytique avancée, les niveaux d’adoption restent inégaux, freinés par des incerti­ tudes réglementaires et des lacunes engouvernance des données. Une réforme ambitieusemais complexe àmettre enœuvre Pour les experts de PwC, la création d’un cadre unique européen et de la nouvelle autorité de lutte contre leblanchiment (AMLA) représenteuneavan­ cée majeure. Toutefois, la mise en œuvre opération­ nelle reste hétérogène, ce qui alimente les risques de retarddans la conformité. Selon Gianfranco Mautone, responsable de la lutte contre la criminalité financière chez PwC Suisse, les écarts entre juridictions compliquent la gestion des risques et exigent une approche coordonnée en matièrededonnées, d’analytiqueet degouvernance. De son côté, Michael Weis (portrait), responsable anticriminalité financière chez PwC Luxembourg, souligne que de nombreuses institutions en sont encore aux premières étapes de préparation et devront rapidement transformer les exigences régle­ mentaires en modèles opérationnels robustes, appuyés sur des bases technologiques solides. L’étudedePwCmetenévidenceuneindustriefinan­ cière européenne en transition, confrontée à une réforme AML ambitieuse mais difficile à mettre en œuvre dans les délais. Entre complexité réglemen­ taire, pression sur les coûts et défis technologiques, la capacité des institutions à s’adapter rapidement sera déterminante d’ici 2027. Lutte contre le blanchiment : Les banques encore insuffisamment préparées en Europe L e 21 avril, leministre des Finances, Gilles Roth, a présenté aux députés réunis au seinde la commissiondes Finances et de la commissionde lʹExécu­ tionbudgétaire lʹévolution de la situation financière de lʹÉtat au 31mars 2026. Une évolution globalement positive des recettes Àlafindupremiertrimestre2026, lesrecettestotalesdelʹAdministra­ tioncentralesechiffrentà7,92mil­ liards dʹeuros suivant la méthode de comptabilité européenne SEC. Une progression de +341 millions dʹeuros (+4,5 %) en comparaison annuelle. Recettes selon les administrations fiscales AuniveaudelʹAdministrationdes contributions directes, les recettes encaissées sʹélèvent à 4,3milliards dʹeuros et se situent globalement au même niveau quʹau 31 mars 2025 avec une légère moinsvalue de 5,8 millions dʹeuros (0,1 %). Si les rentrées fiscales provenant de lʹimposition des personnes phy­ siques ont augmenté dʹenviron +169,2 millions dʹeuros (+8,1 %), lʹimpôt sur le revenu des collec­ tivités a reculé en chiffres absolus dans des proportions similaires (161,5 millions dʹeuros ou 11,8 %) sur une base annuelle. Les recettes perçues par lʹAdmi­ nistrationdelʹenregistrement,des domaines et de la TVA ont pro­ gressé de +294,2 millions dʹeuros (+15,6 %) par rapport au 31 mars 2025 pour sʹétablir à 2,2 milliards dʹeuros. Cette évolution positive sʹex­ plique avant tout par une pro­ gression de la taxe sur la valeur ajoutée (+242,1 millions dʹeuros ou +17,0 %) et dans une moindre mesurepar la taxedʹabonnement (+24,1millionsdʹeurosou+7,1%). LʹAdministrationdes douanes et accises a clôturé le premier tri­ mestre de lʹannée sur des recettes à hauteur de 526,3millions dʹeu­ ros, soit unemoinsvalue de 42,8 millions dʹeuros (7,5%) en com­ paraison annuelle, largement attribuable à lʹévolution des droits dʹaccises sur les tabacs manufacturés. Bonne dynamique au niveaudes dépenses Les dépenses au niveau de lʹÉtat central connaissent toujours une bonne dynamique et se chiffrent à 7,86 milliards dʹeuros (+619 millions dʹeuros ou +8,6%) au 31 mars 2026 par rapport à lamême période un an plus tôt (selon le SEC).Àla fin du premier trimes­ tre 2026, le soldede lʹAdministra­ tion centrale sʹétablit à +59 mil­ lions dʹeuros. Une détérioration de 278millions dʹeuros par rap­ port au 31 mars 2025 et un sur­ plus par rapport à la même période en 2023. Le ministre des Finances, Gilles Roth : « Nous devons rester vigi­ lants dans un environnement mondial plus incertain et à un moment où les conséquences du conflit auMoyenOrient àmoyen terme ne sont pas encore entière­ ment prévisibles. Nos finances publiques restent solides et nous devons tout faire pour maintenir la cohésion sociale, soutenir lʹacti­ vité économique et préserver le pouvoir dʹachat des citoyens. » Source : ministère des Finances Gilles Roth présente lʹévolution de la situation financière de lʹÉtat au 31 mars 2026 Vigilance, cohésion sociale et soutien à l’économie ©Shutterstock D ans le scénario central, lʹinflation au Luxembourg sʹétablirait à 2,5%en 2026 et 1,7%en 2027. Ces prévisions sont toutefois entourées dʹune in­ certitude exceptionnellement éle­ vée, liée aux conséquences du conflit auMoyenOrient (en parti­ culier si le détroit d’Ormuz devait rester bloqué durablement) et à la diffusion de ce choc à lʹensemble des prix. Lʹinflation sur l’ensem­ ble de 2026 pourrait ainsi sʹéta­ blir dans une fourchette allant de 2,3 % (en cas de désescalade ra­ pide) à quelque 4 % (en cas de prolongation du conflit). Deux tranches indiciaires sont attendues sur lʹhorizon de prévision dans le scéna­ riocentral : une interviendrait aumoisde juin 2026 (après déclenchement en mai), suiviedʹune secondeau2 e trimestre2027. Dans le scénario haut (prolongation du conflit), une tranche supplémentaire serait déclenchée dès le 3 e trimestre 2026. Le choc actuel reste pour lʹinstant concentré sur les produits pétroliers, avec des répercussions sur le gaz net­ tement plus limitées quʹen 2022. Des effets de second tour sont toutefois attendus avec un décalage de plusieurs mois, notamment via les prix alimen­ taires : le renchérissement du gaz se transmet aux engrais azotés et, par ce canal, aux coûts de production agri­ coles, expliquant l’augmentation de lʹin­ flation alimentaire en 2027 (3,3 % après 2,9 % en 2026). Après un début d’année marqué par un refluxde l’inflation, les tensions géopoli­ tiques au MoyenOrient ont ravivé les pressions sur les prix de l’énergie et assombri les perspectives économiques. Les perturbations du trafic maritime dans ledétroit d’Ormuz, voie stratégique pour le commercemondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié, ont accru la vola­ tilité sur les marchés de l’énergie et entraîné une hausse marquée des prix des carburants à l’échellemondiale. En supposant que le conflit reste limité dans le temps, lʹinflation au Luxem­ bourg atteindrait 2,5 % en 2026, sous lʹeffet dʹun net rebond de lʹinflation énergétique. Celleci redeviendrait né­ gative en 2027, tandis que les effets de second tour – notamment via les prix alimentaires – continueraient de se ren­ forcer, portant l’inflation à 1,7%en 2027. Le déclenchement de la prochaine tranche indiciaire est attendu cemoisci, et serait suivi d’une nouvelle tranche au 2 e trimestre 2027. Au regard des fortes incertitudes entou­ rant l’environnement international, les évolutions pourraient toutefois s’inscrire dans un éventail large, compris entre les différents scénarios duSTATEC. L’environnement international marqué par lʹincertitude L’environnement économique internatio­ nal s’est nettement dégradé au cours des dernières semaines, sous l’effet de l’éclate­ ment de la guerre en Iran. Cette nouvelle montée des tensions géopolitiques a ravivél’incertitudeetpesésurlesmarchés de l’énergie et desmatières premières. Les risques se concentrent en particulier autour dudétroit d’Ormuz, point de pas­ sagestratégiquepourunepartimportante du commerce mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Les perturbations du traficmaritime, lahaussedes risquesopé­ rationnelsdanslarégionetl’augmentation des coûts d’assurance ont entraîné une volatilité accrue sur les marchés interna­ tionaux de l’énergie. Les flux à travers le détroitontétéfortementperturbésdepuis fin février 2026, avec une réduction de ceuxci estimée à environ un septième de lʹapprovisionnement mondial en pétrole sur la période. Au Luxembourg, ces tensions se réper­ cutent, à ce stade, principalement sur les produits énergétiques, en particulier le diesel et sesdérivés. Entre janvier et avril, les prix du mazout de chauffage et du diesel ont fortement augmenté, de res­ pectivement 78 % et 45 %, contribuant à un net rebond de l’inflation, qui dépasse à nouveau 3%en avril. Le choc géopolitique actuel ravive ainsi les tensions inflationnistes, mais son ampleur resterait nettement inférieure à celle observée en 2022, selon les scénarios présentés cidessous. Lors de l’invasion russe de l’Ukraine, le choc énergétique étaitvenuamplifierunedynamiqueinfla­ tionniste déjà bien installée.Aujourd’hui, l’impactduchocénergétiqueseconcentre principalement sur les carburants, tandis que les répercussions sur le gaz demeu­ rent nettement plus limitées. Dans le scénario central de la prévision actuelle du STATEC, fondé sur les projec­ tionsd’OxfordEconomicsd’avril2026,un cessezlefeupermettraitd’éviteruneesca­ lademajeure. Dans ce contexte, le prix du Brentatteindraitenmoyenne113USDpar baril au 2 e trimestre 2026, avant de refluer vers 80 USD/baril dʹici la fin de lʹannée. Cettehaussetemporairedesprixdelʹéner­ gie porterait lʹinflation de la zone euro à 3,3%au 2 e trimestre 2026. Au Luxembourg, l’impact du choc se manifesterait d’abord au travers de l’in­ flation des produits pétroliers, dont les prix progresseraient de 12,4 % en 2026. L’inflation énergétique atteindrait ainsi 6,6 % la même année, avant d’enregis­ trer un repli en 2027. L’inflation alimentaire atteindrait 2,9 % en 2026 et 3,3 % en 2027. Les services progresseraient de 2,7 % à 2,9 % et les biens industriels non énergétiques de 1,0 % à 1,1 %. Dans l’ensemble, l’infla­ tion au Luxembourg s’établirait à 2,5 % en 2026 avant de refluer à 1,7%en 2027. Entre escalade et désescalade : quels risques pour l’inflation ? Dans le scénario haut, l’inflation globale s’élèverait à environ 4,0 % en 2026 avant derefluerà2,4%en2027.L’inflationéner­ gétique atteindrait +22,4 % en 2026 puis ­ 7,1%en2027.L’inflationalimentaires’éta­ blirait à 3,1 % en 2026 et 4,5 % en 2027, tandis que les services atteindraient 3,6% et les biens industriels 1,7%. Dans le scénariobas, l’inflationatteindrait 2,3 % en 2026 avant de refluer à 1,4 % en 2027. L’inflation énergétique serait de 3,5 %en2026puis reculerait de 10%en2027, avecdeseffetsdesecondtourpluslimités. Au regard des fortes incertitudes entou­ rant l’environnement international, les perspectives demeurent particulièrement fragilesetsujettesàdesévolutionsrapides. Source : STATEC Le conflit au Moyen-Orient menace l’inflation au Luxembourg Source :STATEC(prévisionsdu06/05/2026) 7$8; 'Ȇ,1)/$7,21 $118(/ (7 &2175,%87,216

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