Agefi Luxembourg - février 2026

Février 2026 9 AGEFI Luxembourg Économie Par Philippe LEDENT, Senior Economist, ING Belgique-Luxembourg U ndéficit public doit être financé par de la dette. L’accumulation de déficits entraine donc une dette publique croissante. Dans cer- tains cas, cela génère des craintes quant à la soutena- bilité de celle-ci.Mais la dette publique n’est qu’un aspect de la santé finan- cière d’une économie dans son ensemble.Ace titre, la balance courante et la posi- tionnette d’investissements extérieurs donne probablement unmeilleur aperçude la solidité ou de la fragilité d’une économie. Un endettement public trop important est un risque économique. Rares sont eneffet les états capablesde rembourser des dettes publiques venant à échéance grâce à leurs recettes fiscales. Généralement, le rem- boursement de ces dettes nécessite d’en émettre de nouvelles. De plus, chaque déficit annuel nécessite d’émettre de la dette supplémentaire. Un État en- detté s’expose donc à une charge d’intérêt de plus en plus élevée en raison de l’augmentation de la dette et/oude l’augmentationdes taux d’intérêt. Cela peut forcer un état à limiter d’autres dépenses publiques ou augmenter ses recettes, ce qui freine l’économie. Dans un cas extrême, cette charge d’intérêt peut de- venir intenablepour lebudget. Parallèlement, les marchés financiers sont conscients de ces risques,sibienqu’ilspeuventavoirdeplusen plusdemalàabsorbertouteslesdettesémises par unÉtat. Cela se traduit par une hausse du taux d’intérêt exigé par le marché… ce qui ne faitqu’augmenterladifficultédel’Étatendetté. La crainte d’un « Truss-moment »… Ces dynamiques sont bien connues et sont notamment à la base de la crise de l’endet- tement dans la zone euro en 2010. Mais il y a des exemples plus récents. Ainsi, le Japon a provoqué quelques remous sur lesmar- chés financiers pour des causes similaires. En effet, l’arrivée de la PremièreMinistre Takaichi et sa volonté de mener une politique bud- gétaire expansionniste a fait craindre aumarché un « Truss-moment ». L’éphémère Première Ministre britannique Elisabeth Truss avait de son côté, en 2022, basé sonprogramme sur unepolitique très ex- pansionniste qui faisait craindreune explosionde la dette publique. Le marché obligataire avait alors sanctionné son manque de clarté budgétaire par une nette remontée destauxetquelquessueursfroidesauxfondsdepen- sions britanniques. Mme. Truss avait finalement jeté l’éponge sept semaines seulement après son arrivée au10DowningStreet.Troisansplustardetdel’autre côté de la planète, la volonté de Mme. Takaichi de provoquer des élections au Japon pour renforcer sa majorité en basant sa campagne notamment sur une suspension pour deux ans de la taxe sur la consom- mation, a ainsi ravivé quelques craintes sur la dette japonaise, alors que le taux d’endettement public dépasse 220%duPIB. L’endettement de l’État n’est pas l’endettement d’une nation On pourrait donc attribuer à chaque pays un certain niveau de risque lié à la dette publique, à partir de quelques paramètres de base : le niveau d’endette- ment, le niveau des taux d’intérêt, le déficit public et la croissance économique (puisque c’est elle qui « fi- nance » la charge d’intérêt sur la dette). Mais s’agit-il vraiment d’un indice de risque lié au pays ? C’est en tout cas un angle de risque à ne pas négliger, mais il est incomplet. Laquestioncrucialeiciestdesavoirsil’économiedans sa globalité aurait les moyens de financer les déficits et la charge d’intérêt se son gouvernement. Il y a en effetunedifférenceentreuneéconomiepourlaquelle l’épargne des ménages peut financer les déficits et la detteexistantedugouvernementetuneéconomiequi serait tributaire de financements extérieurs, faute d’épargne suffisante. Ceci peut en fait être synthétisée dans la variable du comptecourantd’uneéconomie.Celui-ciprécisedans quelle mesure l’économie dans son ensemble consomme plus ou moins que ce qu’il ne produit. Dans lepremier cas, l’économiedoit êtrefinancéepar le reste du monde. Dans le deuxième, elle finance le reste dumonde. Élément de stabilité financière Or, une économie comme le Japon a depuis des dé- cennies, à de rares exceptions près, un compte cou- rantpositif,grâcenotammentàuneépargnemassive des ménages. Autrement dit, si pour des raisons de diversification, le Japon investit des capitauxdans le monde et le monde investit des capitaux au Japon, en ce compris dans la dette publique, en soldant les flux entrants et sortants, le Japon finance le reste du monde. Par ailleurs, l’accumulation de ces comptes courants positifs au fil des années aboutit à une po- sition nette d’investissements extérieurs très impor- tante. Certes, mobiliser ces avoirs extérieurs pour faire face à une crise de financement intérieure liée à ladettepublique est plus facileàdirequ’à faire,mais ils représentent unélément se stabilitéfinancière im- portant pour une nation. Ainsi, des pays comme le Japon, l’Allemagne ou la Chine sont des créanciers du reste dumonde.A l’in- verse,lesÉtats-Unis,premièreéconomiedelaplanète, premièrepuissancemilitaireetterred’innovation,pré- senteunefaiblesseimportanteenraisondesondéficit courant quasi systématique au cours des quarante dernières années. La position particulière du dollar danslesystèmemonétaireinternationaletl’attractivité desmarchésdescapitauxaméricainsont,jusqu’àpré- sent, assuré à l’économie américaine la capacité de mainteniruncomptecourantnégatif,etdoncdevivre au-dessus de leursmoyens. Toute la question est de savoir si cette situation pourrait changer un jour ? Dans ce cas, le point fai- ble des États-Unis, et il est de taille, apparaîtrait au grand jour… Qui est vraiment « à risque » ? E n 2025, leGroupe Banque euro- péenne d’investissement (BEI) atteint unniveaud’activité sans précédent avec 100milliards d’euros de financements, affirmant son rôle central dans lamise enœuvre des priorités stratégiques de l’Union euro- péenne. Cettemobilisation record vise à soutenir la prospérité partagée, la com- pétitivité économique, la sécurité et l’autonomie stratégique de l’Europe, tout en consolidant sonmodèle économique, social et démocra- tique dans un contexte interna- tionalmarqué par l’instabilité géopolitique, l’urgence clima- tique et l’accélérationdes trans- formations technologiques. Commel’adéclaré NadiaCalviño (cf.portrait),prési- denteduGroupeBEI : «L’Europe est une superpuis- sance, et nous devons peser de tout notre poids et croire en nos capacités. Le Groupe BEI fait la diffé- rence, en investissant dans la prospérité partagée, la sécurité, l’autonomie stratégique et les valeurs euro- péennes, pour que l’Europe tienne ses promesses envers les citoyennes et citoyens et ses partenaires. » La transition écologique et énergétique constitue le premier pilier de l’action du Groupe BEI. Près de 60%des finance- ments sont consacrés à des projets verts, couvrant un large éventail d’interventions : développement et modernisation des réseaux électriques, interconnexions stra- tégiques entre États membres, déploiement du stockage d’éner- gie, accélération des énergies renouvelables, décarbonation de l’industrie lourde et investisse- ments dans l’adaptation au chan- gement climatique. En 2025, la BEI a soutenu une part déterminante des nouvelles capacités solaires et éoliennes installées dans l’Union, tout en finançant des projets d’efficacité énergétique permettant de réduire durablement les factures des ménages et des petites et moyennes entreprises, et de renforcer la résilience des économies euro- péennes face aux chocs climatiques. Parallèlement, leGroupe BEI renforcemassivement son soutien à l’innovation, à la recherche et à la tran- sition numérique, considérées comme des leviers essentiels de la compétitivité européenne. Le lance- ment deTechEU, leplusvasteprogrammedefinan- cement de l’innovation jamais créé par le Groupe, vise àmobiliser aumoins 250milliards d’euros d’in- vestissementsd’ici2027.Ceprogrammesoutientdes secteursstratégiquestelsquel’intelligenceartificielle, la santé et les biotechnologies, les technologies de rupture, les infrastructures numériques de nouvelle génération, les semi-conducteurs et lesmatièrespre- mières critiques. Le Fonds européen d’investisse- ment (FEI), filiale spécialisée dans le financement à risque, joueun rôle clé enapportant garanties, fonds propres et capital-risque aux PME et aux start-up, contribuant de manière décisive au dynamisme de l’écosystème de l’innovation en Europe. Dans un environnement géopolitique profondé- ment transformé, le Groupe BEI a également opéré un tournant stratégiquedans ledomainede la sécu- rité et de la défense. Les investissements dans ce secteur ont quadruplé pour dépasser 4 milliards d’euros, couvrant désormais des projets à usage militaire, la recherche et développement de techno- logiesdepointe, les infrastructuresde cybersécurité, les capacités spatiales et laprotectiondes infrastruc- tures critiques. LaBEI agit aussi comme catalyseurfinancier en faci- litantl’accèsaucréditpourlesPMEdelachaîned’ap- provisionnement de la défense européenne et en soutenant l’émergence d’un écosystème paneuro- péen de capital-risque dédié aux entreprises du sec- teur. Le Groupe BEI demeure par ailleurs un acteur majeur dumodèle économique et social européen. Les investissements en faveur de la cohésion attei- gnent des niveaux record, avec plus de la moitié des financements dans l’UE orientés vers les régionsmoins développées. Le soutienau logement abordable et durable, aux infrastructures sociales (écoles, hôpitaux, établissements de santé), à l’agri- culture et à la bioéconomie contribue à renforcer la cohésion sociale, la sécurité alimentaire et l’attracti- vité des territoires, tout en offrant des perspectives durables aux jeunes et aux nouveaux agriculteurs. Enfin, l’action duGroupe BEI s’inscrit pleinement dans une dimension internationale et partena- riale. À travers BEI Monde, plus de 9 milliards d’euros ont été déployés pour soutenir des projets dans des domaines clés tels que l’eau, l’énergie propre, la santé et les transports, renforçant le rôle de l’Europe comme partenaire fiable et engagé. Le soutien à l’Ukraine atteint également un niveau record, avec des financements destinés à maintenir les services essentiels et à préparer la reconstruction du pays. Dans l’ensemble, cette action globale illustre la volonté du Groupe BEI de faire de la finance un levier stratégique au ser- vice d’une Europe plus souveraine, plus durable et plus solidaire. La BEI investit 100 milliards d’euros pour renforcer l’Europe T he PwCBusiness Barometer slightly improved to +1 in January, up from-1 inDe- cember, signalling a tentative re- bound in confidence at the start of the year. Sentiment remains cau- tious but shows early signs of sta- bilisation as easing price pressures and supportive policymeasures begin to filter through. In Luxembourg, energy products recorded a marked decline, driven pri- marilyby a 10.5%fall in electricityprices compared with 2025. Petroleum prod- ucts also continued their downward trend, despite the increase in theCO₂ tax in January. Onanannual basis, prices for theseprod- ucts fell by 9.2% last month, representing agrossdeclineof10.2%excludingtheim- pact of the CO₂ tax. Taken together, these developments have helped to ease head- lineinflation,whichslowedto1.3%inJan- uary. Reflecting this trend, STATEC now forecasts inflation at 1.8% for 2026, sig- nallingameaningfulmoderationfromthe elevated levels observed in previous months. Under a high-inflation scenario, however, price growth could reach 2.5% in 2026, potentially triggering an earlier- than-expectedwageindexationasearlyas the second quarter of the year. The prob- ability of such a scenario has increased in light of recent measures aimed at strengthening Luxembourg’s economy and international competitiveness. These measures include a 20% tax credit for individuals investing in innovative start-ups and a reformed carried-interest regime to strengthen Luxembourg’s po- sition as a hub for alternative investment managers. Moreover, labour market dy- namics remain favourable. Employment growth accelerated in the thirdquarter of 2025 and is expected to maintain its mo- mentum, with preliminary data pointing to quarterly growth of 0.5%. This contin- ued strength in the labourmarket further increasesthelikelihoodofSTATEC’shigh- inflation scenariomaterialising. InflationintheeuroareaalsoeasedinJan- uary, falling to 1.7%. Thismoderation re- flects slower growth in business activity, driven primarily by subdued demand rather than a pronounced economic downturn. The second consecutive monthofdecelerationsignalsacontinued lossofmomentum,withgrowthremain- ingwell below its historical average. The labour market mirrored this trend, with employment broadly stagnating. Nonetheless, businesses reported their strongest growthexpectations sinceMay 2024, suggestingadegreeof cautious op- timism. Momentum remained uneven across the bloc, albeit broadly positive. Spain recorded the fastest expansion, followed byGermany and Italy. France, by contrast, experienceda contraction in private sector activity for the first time since October. The global backdrop remains fragile de- spiteencouragingsignsoninflation.Price pressures are easing across major economies, but markets are increasingly shapedbycurrencymovementsandpol- icyuncertaintyratherthanbygrowthmo- mentumalone.TheweakeningoftheU.S. dollar has become central to this shift, re- flecting expectations of a more accom- modative Federal Reserve and the uncertainty surrounding the transition from Jerome Powell to Kevin Warsh. As confidenceinthedollar’syieldadvantage softens, investors have rotated into gold, which has climbed above USD 5,500 per ounce,underliningdemandforprotection inanenvironmentmarkedbygeopolitical tensionandmonetaryrecalibration.Atthe same time, Japan’s surge in long-term bond yields, with 40-year rates rising above 4%, highlights mounting concerns over fiscal sustainabilityandaddsvolatil- ity to global capital flows. The monthly PwC barometer, in collaboration with AGEFI Luxembourg, is an economic confi- dence indicator that is intended to be a simple and pragmatic tool aimed at capturing the economic atmosphere of the Grand Duchy each month. The indicator is based on a number of sentiment indices published monthly by Eurostat and Sentix, which are based on surveys (businesses, consumers or investors/ analysts). The indicators used are: consumer confidence (EA for euro area and LUX for Luxembourg), indus- trial confidence (EA and LUX), construction con- fidence (EA and LUX), financial confidence (EA), retail confidence (EA), services confidence (EA) and the Sentix Index (EA). The evolution of the barometer over the past four years is displayed on the graph below. PwCMarketResearchCentre, IHSMarkit,Sentix,STATEC The monthly PwC Barometer

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