Agefi Luxembourg - juin 2026

Juin 2026 7 AGEFI Luxembourg Économie & Banques L aBanque centrale européenne (BCE) a relevé ses taux directeurs jeudi 11 juin pour la première fois depuis près de trois ans, dans lʹespoir de freiner lʹinflation avant que la flambée des coûts de lʹénergie en lien avec la guerre en Iranne se propage plus largement à lʹensemble de lʹéconomie de la zone euro. Cette décision, largement anti­ cipée par les économistes et lesmarchés, in­ tervient alors que lʹinflation en zone euro est désormais bien audessus de lʹobjectif à moyen terme de 2%fixé par laBCE, tandis que la croissance économique est très faible. Les économistes sont partagés quant à lʹopportunité dʹun resserrement de la politiquemonétaire dans un contexte de stagflation, caractérisée par une inflation élevée et une faible croissance du PIB. Les dernières données officielles montrent que lʹinflation en zone euro a à nouveau accéléré en mai, à 3,2% sur un an, tandis que le produit intérieur brut (PIB) de la zone euro sʹest contracté au premier trimestre 2026 de 0,2% par rapport au quatrième trimestre 2025 à rebours des attentes. LesresponsablesdelaBCE,dontcertainsavaientdéjà plaidéenfaveurdʹuneinterventionenavril,ontnéan­ moinspris ladécisionde renchérir le coût ducrédit et revuàlahausseleursprévisionsdʹinflationpourcette année et lʹannée prochaine. ʺLa guerre au MoyenOrient génère des pressions sur lʹinflation, et ladécisionde relever les tauxdirec­ teurs est robuste à un ensemble de scénarios éva­ luant lʹévolution possible du choc et ses répercus­ sionspotentielles sur lesperspectives àmoyen terme pour la zone euroʺ, écrit la BCEdans son communi­ qué de politiquemonétaire. Première hausse depuis septembre 2023 Cette reprise du resserrement monétaire de la BCE, la première depuis septembre 2023, intervient après le choixdustatuquopendant sept réunionsdʹaffilée et une ultime baisse des coûts dʹemprunt en juin 2025. Le taux de dépôt passe ainsi de 2,0% à 2,25%, celui du refinancement de 2,15%à 2,40%et celui du prêt marginal de 2,40%à 2,65%. Une enquêteReuters, publiée le 3 juin, montrait que plus de 90%des économistes sondés, soit 74 sur 80, sʹattendaient à une hausse des coûts dʹemprunt de 25 points de base. Selon les économistes interrogés avant la décision de la BCE, cette hausse attendue du loyer de lʹargent vise principalement à contenir les anticipations dʹinflation et à préserver la crédibi­ lité de lʹinstitution après sa réaction jugée tardive en 2022à la suitede lʹinvasionde lʹUkrainepar laRussie et la flambée des prix qui en a suivi. Plusieurs observateurs de la BCE ont présenté cette décision comme une ʺhausse dʹassuranceʺ, une mesure de précaution qui pourrait être annulée si les pressions sur les prix sʹatténuent. Comme à son habitude, la BCE ne sʹest engagée à aucune mesure future, sʹen tenant à son message de longue date selon lequel lesdécisions seront prises réunionaprès réunion en fonction des données disponibles. Les marchés financiers sʹattendent à deux hausses sup­ plémentaires des taux dans le courant de lʹannée, la prochaine étant envisagée dès septembre. Les nou­ velles projections de base de la BCE concernant lʹin­ flation sont une hausse des prix à la consommation de 3,0%cette année, 2,3%en 2027 et 2,0%en 2028, ce qui rapproche ces taux du scénario ʺdéfavorableʺ publié par la banque enmars. ʺLes perspectives demeurent incertaines, avec des risques haussiers pour lʹinflation et des risques bais­ siers pour la croissance économiqueʺ, écrit la BCE. ʺLes implications complètes de la guerre pour lʹinfla­ tion et la croissance à moyen terme dépendront de lʹintensité et de laduréeduchoc sur lesprixde lʹéner­ gie, ainsi quede lʹampleur de ses effets indirects et de second tourʺ, poursuit lʹinstitution. Une décision critiquée Nombre dʹéconomistes ne sont pas convaincus quʹune hausse des taux était justifiée, certains esti­ mant que la BCE risque de resserrer sa politique monétairedansuneéconomiequipaiedéjàunlourd tribut au conflit en Iran. Pour Paul Donovan, chef économiste chez UBS Global Wealth Management, la BCE commet une ʺerreurʺ et elle est prisonnière dʹunʺétatdʹesprit2022contreproductifʺ,faisantréfé­ rence au rebondde lʹinflationqui a suivi les confine­ ments liés à la pandémie de COVID19. Holger Schmieding, deBerenberg, aégalement qua­ lifié cette décision dʹʺerreur politiqueʺ compte tenu de la stagnation du marché du travail et de la fai­ blessede lademandedes consommateurs. ʺDansun contexte de destruction continue de la demande, la haussetemporaireinévitabledesprix(...)semblepeu susceptible de se transformer en un problème dʹin­ flation prolongé qui nécessiterait une hausse des tauxʺ, atil écrit dans une note. Pour SylvainBersingernde Bersingéco, la BCE a fait le choix de la lutte contre lʹinflation au détriment du soutien à lʹactivité. La BCE a cependant durci le ton en faveur dʹune politique plus restrictive. Son éco­ nomisteenchef,PhilipLanegénéralementconsidéré comme une ʺcolombeʺ en matière dʹinflation a déclaré que le choc lié à la guerre en Iran pourrait avoir une portée plus large que la crise ukrainienne, car il affecte lesmarchés énergétiques dans lemonde et pas seulement principalement lʹEurope. Source :Reuters La BCE relève ses taux pour étouffer dans l'œuf l'inflation ©Reuters LUXEMBOURG, THE SMART WAY INTO EUROPE. LUXEMBOURG ATTRACTIVENESS SURVEY 2026 Download the report © 2026 Ernst & Young S.A. All Rights Reserved. ED none Par Pierre PINCEMAILLE, Secrétaire général de la GestionDNCA Investments L e contraste est flagrant entre lʹincertitude macroéconomique liée au prix des hydrocarbures et lʹirrésistible ascension des bénéfices par action. En effet, la saison de publication qui se clôture est la plus dynamique depuis la sor­ tie du Covid (notamment côté américain), preuve que la cote nʹest quʹun reflet partiel de main street (1) , notamment en raison des déformations sec­ torielles qui se sont encore accrues récemment. On savait les ÉtatsUnis gagnants relatifs de la séquence macroéconomique en cours grâce à leur situationdʹautosuffisance enhydrocarbures,mais le constat de la saison de publication va bien audelà de cet état de fait : leniveauexceptionnel de surprise au niveau des chiffres dʹaffaires (2) couplé à lʹamélio­ ration des marges opérationnelles a permis aux sociétésaméricainescotéesdepublierunecroissance des BPAde 27% (vs. T1 2025), largement audessus des 13%attendus par le consensus. Et même si la technologie et les matériaux de base tirentlacroissance,septdesonzemacrosecteurspré­ sentent une croissance à deux chiffres. Le secteur pharmaceutique fait en revanche figure demauvais élève en étant le seul à afficher une décroissance des BPA(5%). Lesecteurtechnologiqueaconfirmésasantéécla­ tante en termes de croissance, mais les analystes etinvestisseursontdésormaislesyeuxrivéssurles niveaux dʹinvestissement des grands acteurs de lʹIA. Comme cʹest désormais la coutume, les hyperscalers ont encore révisé à la hausse leurs objectifs de dépenses pour cette année (725 milliards de dollars vs 670 milliards annoncés précédemment). Cela contraste assez largement avec les intentions dʹinvestissement des petites entre­ prises dont le proxy est au plus bas depuis 2009 (indice NFIB capital expenditure). Autrepoint de focalisation les investisseurs au regard de sa contribution au PIB américain : le consommateur. Là encore, la croissance en « K » déjà décrite lors des trimestres précédents a été confirmée. Des sociétés comme Kraft Heinz, McDonaldʹs ou Walmart ont toutes constaté un changement de comportement des ménages dont les revenus sont les plus faibles. Ils subissent sans surprise lahausseduprixde lʹessence alors que leur taux dʹépargne est déjà bas. A lʹinverse, les ménages les plus aisés bénéficient à pleinde lʹeffet richessedesmarchés boursiers et res­ tent enclins à consommer, si lʹon en croit des mes­ sagesdes sociétésde services premium. Plus proche de nous, le rythme de croissance des revenus des sociétés européennes est ressorti sous les attentes (­ 1%), plombé par les effets devises (parité eurodol­ lar) et par les pondérations sectorielles (surexposi­ tionà la consommationdiscrétionnaire et aux indus­ trielles). Face à ces vents contraires, les directions ont continué à travailler sur leurs bases de coûts pour améliorer leurs marges opérationnelles, per­ mettant de finir le trimestre avec une croissance des BPAhonorable (+4,5 %). Il est à noter que la croissance du secteur bancaire commence à converger vers celle dumarché et ceci des deux côtés de lʹAtlantique.Après de nombreux trimestresde révisions positives, cʹest probablement le reflet dʹun consensus qui a enfin pris la mesure de la réalité économique du secteur. Les banques américaines ont profité de cette occasion pour publier leurs expositions aucrédit privé,Wells Fargo étant la plus impliquée au regard de la taille de son bilan (36 milliards de dollars). Mais audelà de ce risque idiosyncratique, cʹest évidemment unepoten­ tielle remontée du coût du risque que surveilleront à lʹavenir les investisseurs. La saison de publication a également été lʹoccasion pour les directions de faire unpoint sur leurs préoc­ cupations du moment. Le récapitulatif des confé­ rences téléphoniques montre que le conflit au MoyenOrient a pris le dessus sur lʹIA : en Europe, 75 % des sociétés ont noté un impact que ce soit en raisondʹune inflationdes coûts, de problèmes logis­ tiques ou dʹune moindre demande. Cette toile de fond se retrouve également dans le comportement journalierdestitreslorsdelapublication,lʹamplitude des ajustements boursiers des sociétés ayant déçu étant plus importante que celles ayant surpris posi­ tivement.Silʹonobservelʹévolutiondesanticipations de croissance des BPApour 2026, cellesci ont repris leur marche en avant depuis le déclenchement du conflit, avec deux secteurs en pointe : lʹénergie et les semiconducteurs. Le premier profite à plein de lʹenvironnement prix alorsquelesecondbénéficiedesdépensesdesgrands acteursde la technologie.Aumoment de la rédaction deceslignes,leconsensusdesanalystessʹattendàune hausse de 24 % des BPA pour lʹindice S&P500 avec une contribution de la technologie pour plus de la moitié. EnEurope, la croissance attendue est de 17% avecdesapportsplusdiversgrâceàlaconsommation discrétionnaire, lʹénergie et aux banques. Ces révisions positives des BPA ont permis aux marchés actions de rebondir violemment depuis le plus bas de fin mars pour atteindre de nouveaux sommets.Mais sous la surface, lʹanalyse des contri­ butions montre un niveau historiquement très fai­ ble de participation à la hausse tant aux ÉtatsUnis quʹen Europe (3) . Cette concentration des perfor­ mances devrait inciter les investisseurs avisés à se rappeler le concept de diversification pour amélio­ rer le couple rendement / risque de leurs porte­ feuilles, en faisant bien attention à éviter les sociétés manquant de pricing power dans un environne­ ment notoirement inflationniste... 1) Economie générale, en opposition àWall Street ; 2) 75 % de surprises positives, permettant à la croissance des revenus dʹatteindre +10% ; 3)Seulement28%desconstituantsduS&P500surperformentlemar­ ché sur trois mois glissants. Résultats trimestriels : en apesanteur

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