Agefi Luxembourg - mars 2026

Mars 2026 7 AGEFI Luxembourg Banques / Assurances By Bruno COLMANT, Ph. D., CFA, Member of the RoyalAcademy of Belgium W e are living through an era of technological bewilder- ment, one of those raremo- ments inhistorywhere time seems to accelerate under theweight of a discovery that redefines the very contours of the human condi- tion.Artificial intelligence is not amere iteration of compu- ting tools; it is an anthropologi- calmutation of capitalism. It does not simply assist huma- nity; it tends to substitute itself for our finest cognitive faculties. Yet, behind this awe and the promises of algorithmic de- velopment, a fundamental, almost brutal question arises: whowill truly cash in on the dividends of this revolution? Mygreatestconcernliesinthesharingofproductivity gains. That is to say, the distribution of additional value-added between labor compensation, which tends to stagnate under the pressure of automation, and capital compensation, which is seizing the lion’s share of algorithmic efficiency.We standon the edge ofamutedyetdecisiveclashbetweentheworkerand the shareholder. The challenge is to determine who, betweenthehumancollaboratingwiththemachine andthecapitalownerwhopossesses—orutilizes— the algorithm, will reap the benefits of this genuine industrial rupture. Productivity, in its accounting sense, is the ratio of output to the means employed toachieveit.IfAIdrasticallyreducesthehumaninput, the resulting surplus mechanically shifts toward thosewho own computational tools. Financialmarketshavealreadydelivered their verdict with disarming clarity. By valuing techcompanies at stratospheric multiples, they anticipate a massive capture of value for asset holders. The stock market already assumes that AI- drivenproductivitygainswillbeprimar- ily, if not exclusively, redistributed to capital. Toput itmorebluntly, in theminds of investors, there is no reason workers whose pro- ductivity increases thanks to a tool they do not own should receive additional compensation. Consequently, the dividendwill not be social; itwill be wealth-based. This asymmetry between algo- rithmownershipandtaskexecutioncreatesaseismic rift in the distribution of national wealth. Here, we touch the core of a problem that has spanned two and a half centuries of human progress, since James Watt’s steamengine. The common thread is a constant struggle over the distribution of the “surplus”—that is, the surplus value, which Karl Marx argued was extracted from theproletariattobuildcapital,famouslydefiningcap- ital as a “quantum” of crystallized labor.Marx antici- pated that capitalism would, through technology, seek to reduce “living labor” in favor of “dead labor” —themachines.AI represents the paroxysmal culminationofthislogic:capitalthatappearstothink, oratleastsimulatesdiscernment,withoutrequiringa salary or social protection. Howcanweensuresolidarityamongpeoplethrough fairwealth sharing?Howcanwe prevent labor com- pensation frombeing totally absorbed by a restricted number of capital holders?We risk the emergence of a societyof “algorithmrentiers” facingamultitudeof downgraded service providers whose market value erodes as software improves. While socio-economic relations eventually stabilize over the long term, the AI revolution ismoving too fast not to fuel profound disruptions and legitimate anxieties. Thespecterhauntingusisthatoftechnologicaldefla- tion. It is a paradoxical phenomenon: a growth in global wealth accompanied by stagnant or falling prices and wages. If supply explodes through au- tomationbutdemandcollapsesbecauseincomeisnot distributedtohouseholds,thesystemsuffocatesfrom itsownefficiency.Deflationistheslowpoisonofdebt- burdenedeconomies,asitincreasestherealweightof debtwhile eroding the income used to service it. This reality is already beginning to manifest subtly within macroeconomic aggregates. Global invest- ments in artificial intelligence reached record levels in 2023, driven primarily by data center infrastruc- tureandsemiconductors.CurrentOECDprojections suggest that automation could significantly impact mid-level professional roles in the service sector by the end of the decade. This is a sign of productivity increasing while being decoupled from traditional human effort. Companies are automating simple cognitive tasks andreducing theneed for entry-level hiring. We are witnessing the beginning of a trans- formation inwhichmachines are beginning to sub- stitute for human judgment. In this context, the role of intermediate organiza- tionsmust evolve. Labor unionswill have no choice but to shift their fight toward the ownershipof tech- nological gains and demand a direct share of the value-addedgeneratedbyAI.Without this shift to- ward sharing the technological rent, the worker risks becoming amere adjustment variable against an increasingly profitable machine. The question of taxing automatedproductivity can therefore no longer be evaded. This is no longer a technical debate, but a systemic necessity.An econ- omy that permanently dissociates wealth creation fromincomedistributionmechanicallyprepares for its own instability. Artificial intelligence does not merely pose an eco- nomic challenge; it tests thepolitical sustainabilityof contemporary capitalism. The technological divi- dend must be shared—not out of ideology, but out of a simple logic of collective survival. WhoWill Cash In on the Dividends of Artificial Intelligence? Par Pierre PINCEMAILLE, Secrétaire général de la GestionDNCA Investments C e n'est pas la prochaine affiche d'unmatch deMMA (1) , sport apprécié du président américain, mais le feuilletonmédiatique qui a tenu en haleine les investis- seurs pendant plusieurs semaines. DTJ a finalement tranché : c'est Kevin (Warsh) qui va prendre la relève de Jay Powell au détriment de Kevin (Hassett). Il semble donc que le pragmatisme soit de mise en ce début d'année du côté de Washington, si on en croit le FinancialTimes.Eneffet,lesvigiesobligatairesavaient envoyé à destination du Secrétaire d'État au Trésor, ScottBessent,dessignauxd'alerteàproposdusecond candidat, jugé tropprochede l'exécutif pour incarner l'indépendance de l'institutionmonétaire. Dès lors se pose la question du profil de ce juriste de formation qui a déjà siégé auConseil de la Fed entre 2006 et 2011. A cette époque le prédécesseur de Jérôme Powell, Ben Bernanke, avait eu toutes les peines du monde pour convaincre Kevin Warsh de voter en faveur de sa politique non conventionnelle (assouplissement quantitatif), ce dernier craignant des effets de bord inflationnistes. En 2010, Kevin Warshavaitmême intitulé l'unde sesdiscours «Ode à l'indépendance », un positionnement « faucon » pas vraiment en ligne avec les desiderata de l'admi- nistration en place. Quinzeansplustard,lefuturChairmansembleavoir changé son fusil d'épaule, au moins concernant le pilotagedestauxcourts.Ilconsidèrequelarévolution de l'IA, couplée à la dérégulation en cours, devrait permettre une augmentation sensible de la produc- tivité aux États-Unis et donc être une « force défla- tionniste importante ». Et cette hausse de la produc- tivité devrait augmenter mécaniquement le niveau de croissance non inflationnistedupays, amenant in fine à des taux courts plus bas. En revanche son analyse de l'expansion du bilan de la banque centrale reste inchangée, ce qui ne l'a pas empêché de critiquer le processus de décision actuel de la Réserve fédérale. Malgré ce position- nement ambigu, les investisseurs ont surtout retenu le profil crédible du personnage si l'on en croit les mouvements cross-asset le jour de l'an- nonce de son nom : le vendredi 30 janvier, la parité du dollar (DXY (2) ) s'est appréciée alors que l'or et l'argent ont fait l'objet de dégagements massifs (- 10%et -25%). La violence de cesmouvements jour- naliers tient probablement aux positions spécula- tives, mais les craintes d'un scénario de subordina- tion de la Fed refluent avec cette nomination. Avant même de parler des initiatives que Kevin Warsh pourrait mettre en place, il est nécessaire de s'arrêter un temps sur le calendrier réglementaire. La commission bancaire du Sénat doit se réunir pour valider la proposition du Président, mais plusieurs de sesmembres (onzedémocrates et un républicain) ont déjà annoncé ne pas vouloir examiner la candi- dature tant que l'enquête concernant JayPowell n'aura pas atteint son terme. Ensuite, Le Sénat va devoir à son tour approu- ver cette candidature. Les expériences passées montrent un processus d'environ trois mois, ce qui nous amène à mi-année, échéance pour laquelle les investisseurs anticipent déjà une baissede25bp(avecuneprobabilitéde 100 % à fin juillet au moment de la rédactionde ces lignes). De son côté leprésidentnes'embarrassepasde ces considérations et a déjà annoncéanticiperunecroissance duPIBde15%sousladirection du nouveau Chairman, le ton est donné ! Si l'on tente de prendre un peu de recul, le système actuel de prise de décision de la Fed sera un frein puissant à toute velléité dovish déraisonnable. Pour rappel, le comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) est composé de 19 membres dont 12 votants (7 membres du Conseil et 5 présidents de Fed régio- nales). Les « colombes » affichées (Waller, Bowman et Miran) ajoutées au futur président ne seraient mathématiquement pas assez nombreuses pour faire basculer le comité, notamment si Jay Powell décide de rester au Conseil jusqu'à la fin de son mandat (janvier 2028). Et tout ça dans un contexte où les minutes du dernier FOMC font déjà état de dissensions inhabituelles pour cette institution. À plus long terme, deux développements devront faire l'objet d'un suivi particulier pour mieux appré- hender ce changement de gouvernance. Le premier est méthodologique et concerne le cadre d'analyse qui permet aux membres de la Fed de conduire la politique monétaire. Kevin Warsh a été vocal, pour nepasdirecritique,desmodèlesutilisésactuellement. Une refonte de ceux-ci prendra du temps et devra nécessairement faire l'objet d'explications pour per- mettreauxFedwatchersd'ajusterleursanticipations. Le second tient au sujet deprédilectiondemonsieur Warsh : le bilan de la Fed. Son jugement concernant sa trajectoire (3) est resté inchangé au fil du temps. Il considère que l'institution monétaire américaine va au-delà de son mandat concernant l'emploi et l'in- flation(missioncreep),viadesinterventionsrépétées sur les marchés, provoquant potentiellement une distorsion du prix des actifs financiers. Le sujet est hautement inflammable, tant le rôle des banques centrales et de laFedenparticulier est passé de prêteur en dernier ressort à « teneur de marché en dernier ressort », pour reprendre l'expression de Mario Blejer (4) . KevinWarsh a déjà annoncé vouloir fairebouger les lignes encoordinationavec leTrésor, cequi pourrait faire remonter lavolatilitéde la classe d'actifs obligataires et soutenir la reconstitutionde la prime de terme des échéances les plus longues. Dans une perspective d'investissement sur les obli- gations d'Etat américaine, deux stratégies complé- mentaires découlent de cette configuration : un positionnement en faveur d'une pentification pour acter les pressions divergentes aux deux extrémités de la courbe, et une exposition aux points morts d'inflation, alors que cette dernière (et notamment la composante des services) s'obstine à rester au- dessus de la cible fixée par l'institution que va pré- sider monsieur Warsh. Il reste donc à espérer que les événements à venir donneront raison au Premier ministre canadien Mark Carney. Celui qui s'est lancé dans un bras de fer avec son puissant voisin juge ce choix « fantas- tique ». Un sacré compliment venu de celui qui a accompli le tour de force d'être le premier gouver- neur non britannique de la Banque d'Angleterre... 1)Mixedmartialarts ; 2) indice de devises qui mesure la performance du dollar américain par rapport aux six devises des principaux partenaires commerciaux des États-Unis ; 3)Lebilande laFedestpasséde830Md$en2007(5,7%duPIBamé- ricain)à6650Md$aujourd'hui(21%) ; 4)Ancienprésidentde laBanqued'Argentine. Réserve fédérale : Kevin vs. Kevin

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