Agefi Luxembourg - octobre 2026
Octobre 2026 7 AGEFI Luxembourg Économie & Banques Suite pageUne On a vu combien il est très difficile de mener des réformes profondes sans susciter une forte mobilisation de la rue. La réforme des retraites initiée par Emmanuel Macron n’a pas réellement vu le jour et a conduit à la dissolution, créant une nouvelle instabilité poli tique. On ne peut pas demander du temps pour assainir les finances pu bliques et revenir systématiquement sur les mesures censées y contribuer. Il faut remettre davantage de Fran çais au travail, favoriser des carrières plus longues et retrouver des gains de productivité. C’est aussi indis pensable pour financer durable ment la protection sociale. Il faut également favoriser l’investissement. Nous avons pris du retard dans l’intelligence artificielle et nous restons pénalisés par la crise énergétique. Le rapport Draghi a posé le diagnostic et proposé des pistes.Mais il fautmaintenant prendredes déci sions et les mettre en œuvre. Sans maîtrise des dépenses, sans réformes et sans perspectives de croissance, il seradifficile de restaurer durablement la confiance des créanciers. AL : La Banque centrale européenne restetelle un rempart contre une nouvelle crise des dettes souveraines ? RG: Lebaxterauquell’Europes’estaccoutuméen’ap paraît plus comme la solutionmonétaire, récurrente et indolore assurant son financement à taux réduits. Les achats d’obligations par la banque centrale (QE Quantitative Easing ) sont des mesures de nature exceptionnelle et donc temporaires. N’oublions pas que,danslecalculdudéficitpublic,cesontlesintérêts qui pèsent sur le budget des États, pas le rembourse mentducapital,enoutregénéralementrefinancépar de nouveaux emprunts. On a eu trop vite fait d’institutionnaliser le QE, comme si l’on pouvait durablement maintenir les États sous perfusion de taux d’intérêt tirés artificiel lement vers le bas sans leur demander de corriger leurs déséquilibres. Si l’on veut inciter les gouverne ments à faire des efforts, il faut laisser la prime de risque jouer son rôle de discipline budgétaire hors contexte de crise exceptionnelle. Un État qui laisse déraper ses finances doit comprendre que ses nou veaux emprunts lui coûteront davantage. Lesméca nismes européens ne sont pas faits pour couvrir les pays qui divergent systématiquement. AL:L’euroà1,12dollar,c’estuneboufféed’oxygène pour nos entreprises ? RG : Il faut aussi regarder pourquoi l’euro baisse. Si cemouvement traduit unepertede confiancedans la situationpolitiqueetbudgétairefrançaise,cen’estpas en soi une bonne nouvelle pour l’économie euro péenne. Les exportateurs peuvent bénéficier du change tandis que les entreprises tournées vers le marché intérieur subissent un ralentissement de l’activitéetdesconditionsdefinancementplusdiffi ciles. C’est donc un soutien pour certaines entre prises, mais cela ne remplace ni les gains de productivité, ni l’investissement, ni le rétablissement de la confiance. Même pour les entreprises expor tatrices, il faut regarder où elles produisent, dans quelle mon naie elles encaissent leurs recettes et dans quelle monnaie elles paient leurs coûts. Une entreprise qui produit en Europe, avec des coûts en euros et des ventes en dollars, bénéficie d’un euro plus faible. À recettes identiques en dollars, elle récupèredavantaged’euros. Celapeut améliorer ses marges ou lui permettre de proposer des prix plus compétitifs à ses clients étrangers. En revanche, pour les entreprises qui importent de l’énergie, desmatièrespremièresoudes composants facturés en dollars, un euro plus faible renchérit les achats. Une partie du gain à l’exportation peut donc êtreabsorbéepar lahaussedes coûts.N’oublionspas que l’Europe resteparticulièrement dépendantedes importations énergétiques. AL : En revanche, le baril atteint les 100 dollars. RG : Il faut certainement y être attentif, mais sans paniquer à chaque mouvement de marché. Ce qu’il est important de regarder, c’est la moyenne du prix du Brent sur l’année. Les prix sont très volatils. Un passage à 100 dollars et même audelà n’a pas les mêmes conséquences qu’un prix du pétrole durablement installé à ce niveau. Pour le moment, l’intensité de l’effet de second tour reste encore incertaine : si Trump déclenche un effet d’annonce voire de réelles avancées avec l’Iran pour rassurer son électorat à l’aune des élections de mimandat, les prix peuvent rapidement reve nir à des niveaux d’avantcrise, même plus bas. En revanche, si le choc énergétiquepersiste, les taux d’intérêt seront davantagepoussés à lahausse étant donnénotredépendance encore très importante aux ressources carbonées. AL : L’industrie allemande souffre de la fin du gaz russe bon marché, de la concurrence accrue de la Chine et de la dégradation de ses finances publiques. L’Allemagne peutelle encore tirer l’Europe ? RG : Oui, mais une Allemagne convalescente ne peut pas tirer l’Europe avec la même force qu’au paravant. Son industrie doit faire face à plusieurs chocs simultanés. La sortie du nucléaire, accélérée en 2011 sous Angela Merkel, a renforcé sa dépen dance au gaz russe. Avec la disparition de cette énergie bon marché, elle subit de plein fouet la hausse des coûts énergétiques. À cela s’ajoutent les tensions commerciales internationales, aux quelles son économie exportatrice est particuliè rement exposée, et une concurrence chinoise deve nue extrêmement compétitive dans l’automobile et les machinesoutils. Ces difficultés se répercu tent sur ses partenaires, notamment la Belgique, dont de nombreuses entreprises fournissent l’in dustrie allemande. Dans l’automobile, les véhicules chinois ne sont pas seulementmoins chers. Ils sont aussi très compétitifs en matière d’équipement et d’autonomie des batte ries. Les constructeurs allemands sont donc attaqués surleurmarchéeuropéen,toutenperdantduterrain en Chine, où ils ont longtemps réalisé des bénéfices importants. Les difficultés de Volkswagen et les restructurations montrent bien l’ampleur de cette transformation. Mais il faut aussi rappeler que les groupes allemands disposent encore de bilans solides. Ils ont des réserves pour investir et s’adapter. Par ailleurs, l’Allemagne doit supporter une part importante de l’effort européen de défense et de réarmement, alorsmême que son industrie traverse cette période difficile. Mais elle aborde cet effort avec davantage de marges budgétaires que beau coupde ses voisins. Elle a bénéficié pleinement des taux négatifs les plus élevés, et ce, grâce à sa gestion parcimonieuse des deniers publics. Cette discipline passée lui donne aujourd’hui une capacité d’action que d’autres pays n’ont pas ou n’ont plus. L’Allemagne conserve donc les moyens de contri buer au redressement européen.Mais nous ne pou vons pas attendre qu’elle fasse seule le travail pour toute l’Europe. Il faut aussi une réponse commune sur l’énergie, l’innovation et l’investissement. C’est précisément ce que souligne le rapport Draghi. Les moyens existent, mais la difficulté reste de prendre des décisions coordonnées et de les mettre en œuvre suffisamment vite. AL: Durement frappée par la crise de la dette au début des années 2010, l’Espagne affichait en 2024 une croissance de 3,5 %. Ce rebond en faitil un modèle pour ses partenaires européens ? Quandon regarded’oùvient l’Espagne, son redres sement est particulièrement encourageant. Le pays a traversé une crise immobilière dévastatrice, puis une crise bancaire et de la dette. Aujourd’hui, sa croissance atteint encore 2,6 % sur un an au deuxième trimestre 2026 et son déficit public est revenu à 2,4 % du PIB en 2025. Cela montre qu’il est possible de retrouver de la croissance tout en assainissant ses finances publiques. Lorsque j’étais expert au sein de comités interna tionaux pendant la crise espagnole, préconiser des efforts n’avait rien de simple ni de plaisant à enten dre politiquement. Nous savions qu’ils seraient supportés par les Espagnols. Nous, après les réu nions, nous rentrions dans nos pays. Ce n’était pas nous qui allions devoir faire des efforts et nous ser rer la ceinture. Il fallait garder cette réalité à l’esprit et mesurer les conséquences humaines de nos recommandations. Les gouvernements ont néan moins maintenu le cap. Et progressivement, les Espagnols ont commencé à voir les fruits des réformes, dans l’emploi, l’activité et leurs perspec tives personnelles. C’est là que les choses changent. Quand les efforts produisent des résultats visibles, ils prennent un sens. La contrainte initiale se trans forme très souvent en « goût de l’effort », qui se dif fuse dans la société et nourrit la confiance des ménages comme des entrepreneurs. L’Espagne a ainsi retrouvé un environnement éco nomique positif et plus prévisible, qui contribue aujourd’hui à son attractivité auprès des investis seurs étrangers. Cela ne signifie pas que toutes les difficultés ont disparu, notamment sur le planpoli tique avec Pedro Sánchez qui vient de décider d’or ganiser des élections anticipées.Mais le cheminpar couru depuis la grande crise montre qu’un pays peut sortir par le courage et la persévérance d’une situation extrêmement dégradée. Une trajectoire plus saine reste possible, à condi tion de mener des réformes nécessaires et cohé rentes, d’en expliquer les objectifs et de maintenir le cap suffisamment longtemps pour en obtenir les pleins résultats économiques et pour que la popu lation puisse en constater les bénéfices à titre per sonnel et collectif. « Le baxter auquel l’Europe s’est accoutumée n’est plus la solution » L aCommission européenne a donné, le 25 septembre, une évaluationpositive à la troisième demande de paiement duLuxembourg au titre de la Facilité pour la reprise et la résilience (FRR), pour unmon tant de 92,2millions d’euros. Cette enveloppe s’inscrit dans le cadre de NextGenerationEUetdoitfinancerplusieursréformes et investissements liés notamment à la santé, à la bio diversité,àlanumérisation,auxtransportspropreset aux énergies renouvelables. La Commission estime que le Luxembourg a atteint demanièresatisfaisantelescinqjalonsetquatreobjec tifs associés à cette demande de paiement. Parmi les mesuresmisesenavantfigurelesoutienàl’acquisition de42.000véhiculeszéroémission,audelàdel’objectif initial de 38.000, ainsi que l’installation de 25MWde capacité photovoltaïque sur des bâtiments d’entre prises.Leprogrammecomprendégalementlanumé risationdecinqentitéspubliquesetletestréussid’une connexion transfrontalière de distribution de clés quantiques entre le Luxembourg et la Belgique. Dans le domaine de la santé, plusieurs réformes concernant les professionsmédicales et les structures hospitalières ont été mises en œuvre. La solution numérique«Wëllkomm»permetparailleurslesuivi médical à distance de demandeurs d’asile et de per sonnes bénéficiant d’une protection internationale. Le Luxembourg a aussi renforcé ses mesures en matière de protection de la nature et de la biodiver sité. Plus de 50 communes ont satisfait aux critères decertificationde«Naturpakt»,uneinitiativevisant à traduire les objectifs nationaux en actions locales. Le cadre de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme applicable auxpres tataires de services aux sociétés et fiducies a égale ment été renforcé. La demande de paiement avait été introduite par le Luxembourg le 24 juillet 2026. Elle doit encore rece voir l’avis du Comité économique et financier, qui dispose de quatre semaines, avant l’adoption for melledeladécisiondepaiementparlaCommission. Si le versement est effectué, les fonds déjà versés au Luxembourg au titre de la FRRatteindront 182mil lions d’euros, soit 76 % de l’allocation totale de 241 millions d’euros. Selon la Commission, 87 % des jalons et objectifs duplan luxembourgeois sont dés ormais remplis. Source : Commission européenne La Commission valide 92,2 millions d’euros pour le Luxembourg ©CE
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