Agefi Luxembourg - décembre 2025

Décembre 2025 5 AGEFI Luxembourg Économie d a s y towar Lead the industr eputation engthen r Str Reduce emissions Op Lead. . ly Comp sustainability goals and contrib tion Stra and Decarbonisa e bring you long-standing exp W e ustainable futur timise. s net-zero ambitions. uting to Europe’ y to support you in achieving your teg Assessment ootprint ertise in Carbon F Suite pageUne En Europe, malgré un endettement massif etdesdéficitsexcessifspournombred’Etats membres et justifiés pour une part par une successiondecrises(pandémie,criseénergé- tique), de par l’intervention de la BCE et son programme de QE , nous avons trouvé le moyen de repousser le sol : alors que les taux surlesdettesd’Étatdevraientdisciplinerles responsables politiques enmatière de dépenses, ceux-ci restent relative- ment faibles avec des primes de risque très clémentes par rapport auBund allemand. Les mesures d’assouplissement quantitatif étaient censées êtreex- ceptionnelles et temporaires, d’autant que le rachat massif de dettespubliquesparlabanquecentrale peut compromettre son indépendance politique (les actionnaires de la BCE sont les États eux-mêmes). Pourtant,cesdispositifssesontprolongésetontmême atteint un sommet en 2022 avec le Programme d’Achatd’UrgencePandémique(PEPP),aucoursdu- quel la BCE a acquis suffisamment d’obligations d’État pour détenir jusqu’à 35%de la dette publique de la zone euro. Il est vrai que ces derniers temps la BCEacommencéàrétropédaleretàréduireprogres- sivement la taille de son bilan à la lumière d’une in- flation revenue dans une fourchette jugée acceptable et de plusieurs baisses de ses tauxdirecteurs. La France : grandpays, grand impact Depuis la dissolution de l’Assemblée, on a atteint un recordd’instabilitéenFrance.Legeldelaréformedes retraites constitue un trèsmauvais signal pour un re- tour à un équilibre. Or, n’oublions pas que la France, avec l’Allemagne, a joué un rôle prépondérant dans la renégociation du Pacte de stabilité. Ils sont tombés sur un compromis : un plan de réajustement budgé- taire sur 4 ans pour les pays membres en déficits ex- cessifs, avec une possibilité de le prolonger jusqu’à 7 ans en cas de situation exceptionnelle. LaFrancel’aautomatiquementproposéavecl’idéede l’étendre sur 7 ans. Mais elle ne pourra pas se sous- traire indéfiniment à ses impératifs européens de co- hérencebudgétairealorsqued’autrespaysontprisou prennentlesmesuresdeconvergencequis’imposent. L’incertitude enFrance est une incertitude pour toute l’Europe Il ne faut pas non plus tomber dans l’alarmisme et le pessimismeàoutrance.LaFranceresteunepuissance industrielleimportanteenEurope—Airbus,véritable concurrentdeBoeing,enestl’exemple—etpersonne n’envisageaujourd’huiundéfautfrançais.Cetteforce économique garantit sa solvabilité. Mais c’est la per- sistance de sa trajectoire budgétaire qui inquiète de plus enplus ses partenaires européens. Si unpays ne parvientdéjàpas,àcourtterme,àcorrigersatrajectoire etàprésenterunplancrédiblepourstopperledé- rapage,alorsl’incertitudesursacapacitéàtenirses engagements à long terme s’accroît fortement. L’importance d’une mobilisationdu capital à risque La culture française (et latine de manière gé- nérale) est très fileuse en matière de capital à risque. On l’observe no- tamment lorsdes levéesde fonds, les investisseurs français récla- mant souvent des garanties pu- bliques, là où les Américains acceptent pleinement de sup- porter le risque inhérent à leurs prises de participation. Leur fortediversificationleurpermet d’assumer les échecs pour mieux profiter des succès. Le défi européen est donc de parvenir à orienterune épargneabondantemaisprudentevers des investissements privés (actions, capital-investis- sement) qui offrent pourtant, sur une longue pé- riode, des rendements supérieurs aux obligations. L’incertitudequi règneautourde la loi finance et des mesures fiscales qui vont finalement être ou ne pas être d’application décourage fortement l’investisse- ment.Or,pourfinancerl’économieetrenforcernotre industrie, il faut au contraire offrir de la visibilité et de la stabilité. C’est seulement en faisant croître le “gâteau” économique que l’on peut ensuite le par- tager : la redistributionne peut exister que si la créa- tion de richesse est au rendez-vous. Retour en force de l’Espagne Lorsquejepenseàl’Espagne,jenepeuxm’empêcher demesurerlecheminparcouruetdelesféliciterpour leurs résultats. J’ai eu l’occasion de faire partie de groupesd’experts auchevet dupays, d’abord lorsde la crise des subprimes, puis au plus fort de la crise de la dette souveraine en 2012 et de la crise immobi- lière qui a suivi. Àcette époque, la situation était cri- tique,mais l’Espagne disposait d’un atout essentiel : un endettement encore contenu, qui lui offrait des marges demanœuvre pour se financer sur les mar- chés et engager les réformes nécessaires. Ce qui m’a profondément marqué, c’est la réaction de la population. J’ai vu un pays patriote, uni dans l’effort, prêt à accepter des ajustements structurels exigeants pour redresser son économie. Les jeunes espagnols, diplômés et qualifiés, avaient des oppor- tunitésd’emploi enAllemagne et dansd’autrespays européens,maisont préféré rester enEspagne et tra- vailler notamment dans le secteur Horeca. J’avais été déçu du climat politique autour des pays du Sud, stigmatisés par certains responsables poli- tiques duNord, les qualifiant de pays du ClubMed , reprenant des stéréotypes injustes de paresse ou de légèretébudgétaire.Cegenredediscoursmeparais- sait non seulement simpliste, mais aussi profondé- ment contraire à l’esprit d’un club auquel nous ap- partenons tous : celui de l’Unioneuropéenne. Onne devrait jamais se réjouir de la faiblesse d’un État membre;aucontraire,c’estprécisémentdanslesmo- ments difficiles que la solidarité devrait primer. Aujourd’hui, je constateavec satisfactionque legou- vernementdePedroSánchezrécoltelesfruitsdeplus d’une décennie de mesures courageuses. Les résul- tats sont indéniables : les agences de notationont re- levé la note de l’Espagne, la croissance y dépasse les 3%, une performance remarquable dans le contexte actuel en Europe, et le pays offre désormais une vi- sibilité solide tant aux investisseursqu’auxménages. Cette stabilité retrouvée renforce la confiance, sti- mule la consommation, favorise les investissements et et attire de nouveaux capitaux étrangers. L’Es- pagne démontre qu’avec des réformes structurelles peupopulairesmais nécessaires, unedétermination politique forte et l’adhésionprogressive de sa popu- lation, il est possible de transformer une crise pro- fonde en véritable renaissance économique. Il reste certes beaucoup à faire, notamment en ma- tière de solidarité intra-européenne et de renforce- ment de l’union économique et politique. Mais l’exemple espagnol n’est en tout cas pas un miracle comme certains voudraient le laisser croire. Il rap- pelle juste concrètement que, lorsqu’un État et ses concitoyens se montrent courageux et responsables dans la durée, les résultats des politiques menées avec cohérence finissent par porter leurs fruits par- fois bien au-delà des défis initiaux qu’il était indis- pensable de relever. Les États-Unis, les alliés n° 1 de l’Europe Ilesttoutd’abordimportantselonmoidefaireladis- tinctionentreDonaldTrumpetlesÉtats-Unisd’Amé- rique. Il y a constamment cette force de contrepoids ( checksandbalances )propreàleurcultureetàleursys- tème politique. Ce que je trouve très paradoxal, c’est leslogan MakeAmericaGreatAgain audépartimaginé par Reagan et puis repris cette fois par Trump : l’Amérique n’a pas besoin d’être à nouveau grande, elle l’est déjà et l’était déjà avant le nouveau mandat de Trump. America First semblait peut-être une évi- dence et donc il lui fallait encore porter un message encoreplusdominateur.CarlesÉtats-Unisrestentde loin, la première puissance économique et géopoli- tique au monde. Elle domine à la fois sur les plans militaire, énergétique et technologique. Sur l’énergieenparticulier, lesÉtats-Unisont accom- pli une révolution silencieuse. Grâce à l’essor du pé- trole et du gaz de schiste, ils sont le premier producteur de pétrole aumonde, largement devant les pays du Golfe. À cela s’ajoute l’hydroélectricité importée duCanada, qui ne possède qu’un seul dé- bouché vu sa géographie : les États-Unis. Depuis le retour de Trump à laMaison-Blanche, un autre phénomène attiremon attention : la déprécia- tion de l’ordre de 10 % du dollar. Pour les exporta- teurs américains, c’est un avantage compétitif supplémentaire. Trump a en parallèle relancé une guerre des tarifs. A priori , c’est une mauvaise idée : sonpremiermandat adéjàdémontré que ce sont les Américains qui ont payé pour une large part l’addi- tion de cemode de guerre commerciale. Mais cette fois, la logique semble différente. La guerre des tarifs n’est pas tant une finalité qu’unmoyende bousculer un statu quo et d’engager des négociations. Lorsqu’il est allé trop loin contre Pékin, avec des surtaxes dépassant les 100%, il a été immédiatement rattrapé, non pas par les marchés boursiers, mais par lemarché obligataire. Les deux principaux créanciers des États-Unis sont les Japonais et les Chinois. Or Pékin a vendu à la marge suffisamment d’obligations américaines pour provoquer une hausse tangible des taux amé- ricains. Trump, confronté à la pression du finance- ment de sadette, est rapidement revenuàdes droits de douane plus raisonnables. On peut critiquer sa méthode, pour le moins chaotique, mais force est de constater qu’il finit souvent par la réajuster, ou par se désavouer par opportunisme dans ses négo- ciations dumoment. Trump a un style brutal, provocateur, c’est un showman avant tout. Pourtant, il obtient des résul- tats, même s’il génère une grande volatilité sur les marchés. Au niveau des conflits internationaux, il arrive avec la puissance accumulée des États-Unis, et semble en voie d’obtenir davantage que ses prédécesseurs…et surtout davantage que l’Union européenne, qui peine trop souvent à parler d’une seule voix. Et même lorsqu’il semble extrême, il a cette capacité singulière à changer d’avis et à reve- nir sur ses positions très rapidement. Je suis convaincu que les Européens gagneraient à sortir de cette guerre d’ego entre chefs d’État et à re- connaître que lesAméricains restent nos alliés, non nos adversaires. Leur soutien est précieux, indis- pensable même. Nous avons fait preuve, à mon sens, d’une certaine ingratitude, notamment à tra- vers nos dépenses insuffisantes au seinde l’OTAN, laissant trop longtemps les États-Unis porter l’es- sentiel de la charge. Travailler avec eux, trouverdes accords, fonctionner en bonne intelligence : c’est ainsi que l’Europe ren- forcera sapropre sécuritéet son influence.D’ailleurs, mêmelesgrandspatronsaméricains—ceuxnotam- mentdes MagnificentSeven —tententdes’accommo- der du modus operandi de Trump en le remerciant afindelegarderréactifàleursattentes.Ilssaventque c’est ainsi qu’ils obtiendront le plus de lui. Face àuneAmérique toujourspuissante, parfoisdé- routante,maisprobablementincontournable,jereste persuadé que l’Europe devra se résoudre à adapter sa capacité à gérer de manière réaliste ses relations internationales, notamment avec les États-Unis et la Chine,etceenfonctiondesesmoyensetpasunique- ment par un recours systématique à l’endettement, et donc de ses contraintes géopolitiques mais égale- ment socio-économiques.Abon entendeur… L’Europe face aux États-Unis : incertitude française, retour de l’Espagne

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