Agefi Luxembourg - décembre 2025
AGEFI Luxembourg 4 Décembre 2025 Économie À l’occasion de sa conférence de presse de fin d’année, la Chambre de Commerce a présenté le 9 décembre une ana- lyse du contextemacroécono- miquemondial, européen et natio- nal, ainsi que les résultats du Baromètre de l’Économie du 2ᵉ semestre 2025, dont la partie thé- matique porte sur les incertitudes économiques et géopolitiques. L’environnementdanslequelévoluentles entreprises luxembourgeoises s’est trans- formé en profondeur depuis 2020. Les chocs successifs au niveau mondial, loin de s’atténuer, se cumulent, impactant négativement la rentabilité et la compéti- tivité des entreprises. Bien que le gouver- nement luxembourgeois ait fixé le cap poursoutenirunerelanceéconomique,les remèdes restent souvent trop timides et manquent d’ambition face aux multiples défis qui découlent du climat des affaires instable et porteur de risques. Dans ce contexte, la Chambre de Commerce appelle à une mobilisation politique rapide et coordonnée pour res- taurer la confiance et renforcer la compé- titivité du pays. Des leviers existent : ins- taurer un cadre réglementaire plus prag- matique et prévisible, maîtriser les coûts deproduction (notamment les coûts sala- riaux) tropélevés qui pèsent sur les entre- prises,préserverunetrajectoirebudgétaire soutenable et redonner au tissu productif lesmarges de rentabilité nécessaires pour investir et innover. Après la crise sanitaire, la saturation des chaînes d’approvisionnement, la crise énergétique puis inflationniste, l’invasion de l’Ukraine qui a fait basculer l’environ- nement géopolitique mondial, l’année 2025 a été marquée par l’instauration de droitsdedouanerenforcésauxÉtats-Unis. Ces derniers ont accru l’incertitude com- merciale à des niveaux jamais observés depuis quinze ans. Dans lemême temps, les tensions géopolitiques, en Europe comme au Moyen-Orient ou en Asie, aggravent encore cette instabilité. « À l’heure où les risques globaux sont plus interconnectés que jamais, le Luxembourg doit renforcer sa résilience en s’attaquant aux facteurs qui freinent sa productivité et son attractivité », souligne Carlo Thelen, directeur général de la Chambre de Commerce. « Plus que jamais, il faut donner à nos entreprises de la visibilité, de la prévisibilité, alléger le coût du travail et arrêter la surrèglemen- tation. Il faut replacer la compétitivité de l’économie et la rentabilité des entreprises au cœur de l’actionpublique. » L’anémie européenne Dans ce contexte mondial frémissant, l’Europe est à la peine. Les perspectives économiques du continent demeurent anémiques, avec une croissance qui reste significativement inférieure à celle des États-Unis. Si certaines économies euro- péennes bénéficient d’un dynamisme réel, une partie importante du continent demeure enfermée dans une trajectoire de stagnationprolongée. «Pour une éco- nomieaussiouverteetdépendantedeses partenaires commerciaux que le Luxembourg, cette situation génère des risques immédiats et persistants », observeChristel Chatelain, directrice des Affaires économiques. Le Luxembourg traverse une période de ralentissement inédit. La panne de crois- sance observée depuis 2022 rompt ainsi avec des décennies durant lesquelles le pays s’était distingué par sondynamisme économique. Dans ce contexte, l’emploi demeure résilient, mais sa progression se ralentit sensiblement, au point que les entreprises anticipent désormais majori- tairement une stagnation des effectifs. L’économieapparaîtsuspenduedansune zonegrise:nicontractionmassive,nivéri- table redémarrage. Elle subit surtout les conséquencesnéfastesd’uneproductivité stagnante. Cette absence de vitalité struc- turelle nourrit chez les dirigeants d’entre- prise une perception accrue d’incertitude etunpessimismeprudent,maispersistant. La situation reste particulièrement préoc- cupante dans les secteurs en amont et en aval de la construction. Une confiance toujours loin duniveaud’avant 2020 Le score global du Baromètre de l’Économie du 2 e semestre 2025 atteint 51,8 sur 100, un niveau qui confirme l’ab- sence de reprise. Les réponses des 757 entreprises répondantes d’au moins 6 salariés montrent que la confiance des chefs d’entreprise dans l’avenir de l’éco- nomie luxembourgeoise continue de s’éroder et ne retrouve plus les niveaux observés avant 2020 : seuls 67 % d’entre eux se déclarent confiants ou très confiants, contre près de 90% il y a cinq ans. Fait notable, les entreprises demeu- rent sensiblement plus optimistes quant à leur propre avenir (72 %) que quant à celui de l’économie nationale. Cette dis- sociation est devenue structurelle depuis lacriseénergétique:elletraduitunecapa- cité de résilience interne encore affirmée, mais aussi une lucidité quant aux fragili- tés de l’environnement général et aux fai- blesses structurelles dupays. LeBaromètrede l’Économie révèle égale- ment que l’activité des derniersmois a été moinsdynamiquequ’escompté.Alorsque 18 % des entreprises tablaient sur une baisse de leur activité, ce sont finalement 30 % qui déclarent une contraction sur le semestre écoulé. Les perspectives à court terme ne dessinent pas non plus un rebond:unemajoritéd’entreprisess’atten- dent àune activité stable.Mais cette stabi- lisation reste fragile et insuffisante pour enclencher un cycle de croissance. Dans ce contexte, l’Enquête Economique d’Eurochambres–dontlesquestionssont intégrées au Baromètre de l’Économie – metenévidencelesgrandsdéfisanticipés par les entrepreneurs auLuxembourg. Les trois principaux freins identifiés par les entreprises pour 2026 sont structurels : le coût du travail, la pénurie de main- d’œuvre qualifiée, mais aussi le poids réglementairequinediminuepas,malgré les annonces politiques en ce sens aux niveaux national et européen. Ces résul- tats, en particulier concernant la main- d’œuvre, se révèlent récurrents d’une année sur l’autre et s’inscrivent dans la continuité des grandes tendances obser- vées à l’échelle européenne. Au-delà de la conjoncture, les entreprises expriment une inquiétude grandissante quantauxrisquesàvenir.Ellesidentifient entêtelavolatilitédesprix–tantengéné- ral que pour l’énergie et les matières pre- mières –, les tensions commerciales, les risquesfinanciersetcyber.Pourtant,mal- gré cette conscience aiguë des menaces, 67 % d’entre elles n’ont pris aucune mesure d’anticipation ou de gestion spé- cifique. Ce paradoxe témoigne d’un cli- mat où l’incertitude est à la fois reconnue et subie, mais difficilement intégrée dans les stratégies opérationnelles. La confiance est lemoteur essentiel de toute dynamique économique Le Baromètre de l’Économie (voir sur urlr.me/RgzVAN )montre clairement que la confiance ne se répare pas seule. Elle se reconstruit avec des signaux politiques ambitieux, mais concrets, des réformes structurellescourageusesetuncadrecom- pétitif renforcé. Le Luxembourg doit retrouver sa capacité d’attractivité pour relancer son moteur économique dans une Europe enperte de vitesse. Source : Chambre de Commerce Baromètre de l'Économie du 2ᵉ semestre 2025 de la Chambre de Commerce Incertitudes économiques et géopolitiques ,450 55,6 749, 449, ’ÉC ,41 eduB or Sc eprise entr de l’ enir va edans l’ onfianc C ono éc de l’ e onfianc C é entabilit R sements tis esvIn Emploi ochainsmois 6pr édes ctivit A 6derniersmois édes ctivit BAROMÈTREDEL 25 S2 20 3,45 43,8 0 54 55 A € € S1 2025 65 55 45 0 100 5 € 48,8 60,0 43.3 53,1 € 47,2 52,4 55,1 € € 3 25 TRE20 SEMES E 2 ONOMIE onomie c ede l’É omètr ar geoise embour lux mie enir va 1,8 ,560 010 56 dans l’ 5 ©ChambredeCommerce L e STATEC a publié, le 9 décembre 2025, sa Note de conjoncture 2-25. Même si l’activité mondiale affiche une certaine résilience cette année, elle demeure sous la menace d’ef- fets négatifs liés à la montée des tensions commerciales. Une re- prise modérée s’installe au Luxembourg, qui devrait se ren- forcer en 2026 et 2027. Le contexte international demeure marqué par les incertitudes liées à la politique américaine Malgré la hausse des tensions commer- ciales, l’économie et les échanges interna- tionaux demarchandises ontmontré une résilience notable en 2025. Un ralentisse- ment de l’activité mondiale est attendu pour l’année prochaine, mais moins pro- noncé que prévu. Les investissements liés à l’intelligence artificielle ont constitué un facteurdesoutienàl’économieetauxmar- chés boursiers. Certains facteursd’incerti- tude liés aux politiques commerciales ont été levés au cours des derniersmois,mais l’incertitude sur l’impact du relèvement des tarifs douaniers demeure élevée. En zone euro, l’activité a bien résisté sur les trois premiers trimestres de l’année, malgré des performances contrastées selon les États membres. La croissance devraityavoisiner1,3%en2025etretom- ber sous les 1%en 2026. Des signaux plus positifs sur l’activité récente AuLuxembourg, l’activité est repartie à la hausse au 1 er semestre 2025, après trois années de quasi-stagnation. La croissance du2 e trimestreaétéportéeparlesservices d’information et communication, les acti- vités non marchandes, l’industrie et l’im- mobilier. Des signaux plus positifs sont observés au 3 e trimestre pour les services financiersetnonfinanciers,ainsiquepour la construction, même si celle-ci traverse encore de nombreuses difficultés. La baisse des taux d’intérêt devrait stimuler l’investissement et l’activité dans l’immo- bilier et la construction au cours des pro- chains trimestres. Le secteur financier bénéficierait quant à lui de labonne tenue des marchés boursiers. Selon ces hypo- thèses, le PIB afficherait une croissance modesteen2025(1,0%),quiserenforcerait à 1,7%en 2026 et 2,1%en 2027. Une inflation inférieure à 2%en 2026 et 2027 L’inflation est proche de 2%dans la zone euroau3 e trimestre2025,maisplusélevée au Luxembourg (2,5 %). La pression sur lesprixdesmatièrespremièresserenforce avecl’envoléedesmétauxprécieux,tandis que la détente sur les fruits et légumes contrasteaveclahaussetoujoursmarquée des prix de la viande. Le STATEC table sur une inflation de 2,2%en2025, tandis qu’en 2026, elle devrait ralentir à 1,5 %, profitant de la baisse attendue des prix énergétiques, notamment de l’électricité. Un retour progressif vers un taux d’infla- tion proche de la cible de la BCE se dessi- nerait en 2027, avec une inflation estimée à1,9%.Laprochainetrancheindiciaireest prévue pour le 3 e trimestre 2026, suivie d’une nouvelle tranche un an plus tard. Après un fort ralentissement en 2024, le coût salarial moyen a accéléré sur la 1re moitié de cette année, en lien avec le rebond des cotisations patronales et sur- toutavecl’indexationdemai.Surl’ensem- ble de l’année, le coût salarial moyen augmenterait de 3,6 %, avant de freiner à 3,1 % en 2026 et 2,2 % en 2027. L’année prochaine, l’augmentation des cotisations dans le cadre de la réforme des pensions l’impacteraitàlahausse,maisceseraitsur- toutlerythmedesindexationsquiresterait ledéterminantmajeur de la croissancedu coût salarial sur les prochaines années. Les créations d’emploi tendent à se renforcer Lemarchédutravail,ennettedégradation depuis 2023, montre depuis peu des signaux plus positifs. Les créations d’em- ploi se sont renforcées au 3 e trimestre, notamment dans les services marchands, et le chômage ne semble plus augmenter. Des impulsions favorables (ou moins défavorables)proviennentdelaconstruc- tion,oùl’emploiacessédediminuer,mais aussi dusecteur public.Aprèsunehausse de l’emploi total limitée à environ 1 % en 2025, la dynamique conjoncturelle devrait se renforcer en 2026 et les créa- tions nettes d’emploi accélérer en consé- quence pour atteindre une progression de 1,6 %. La population active devrait augmenter de 1,2%par an, tandis que la population totale progresserait de 1,3 % en 2025, 1,4 % en 2026 et 1,5 % en 2027. Le chômage baisserait légèrement, de 5,9 % de la population active en 2025 à 5,8 % en 2026 et 5,6 % en 2027. Finances publiques : progression des dépenses plus forte que celle des recettes jusqu’en 2027 Après quatre années de forte croissance, les recettes publiques ralentissent en 2025 et devraient encore afficher une progres- sion modérée sur les deux prochaines années. Lesmesures du "Entlaaschtungs- Pak"enfaveurdesménagesetentreprises et le paquet de mesures sur le logement, combinées à des effets de base sur les impôtssurlessociétésetsurlaTVA,contri- buent au repli des impôts et taxes collec- tées par l’État. La réforme des pensions soutiendrait les recettes en augmentant directement les cotisations sociales. La progression des dépenses publiques demeurerait quant à elle soutenue, avec une dynamique de l’emploi et des salaires dans la fonction publique ne fléchissant qu’à peine. Les prestations sociales liées aux pensions et les investissements (avec notamment la mise enorbited’un satellitemilitaire et les projetsdesCFL)sontd’autresélémentsdes dépenses en forte augmentation. Le STA- TEC table sur une hausse des dépenses publiquesd’environ6%paranentre2025 et 2027. Le solde public devrait ainsi se détériorer à -0,1 %du PIB en 2025, -0,4 % en 2026 et -1,0%en 2027. Un recul des émissions surtout influencé par des moindres ventes de carburants La production mondiale de pétrole a atteint de nouveaux sommets en 2025, contribuantàunedétenteprogressivedes prix de l’or noir. En Europe, les niveaux destockagedegazdemeurentplusfaibles que les annéesprécédentes,mais ledéclin de la consommationde 20%depuis 2021 ainsiquelerecourscroissantaugaznatu- rel liquéfié limitent les risques pesant sur l’approvisionnement. AuLuxembourg, l’essor de laproduction d’électricité renouvelable continue, porté principalement par celui du photovol- taïque, dont plus de 70 % des nouvelles capacitésproviennentdésormaisdesauto- consommateurs. Après les hausses des tarifs du gaz et de l’électricité en 2025, le STATECanticipepour2026desbaissesde prixde respectivement 7%et 15%. Concernantlesproduitspétroliers,leSTA- TEC prévoit une poursuite de la contrac- tiondesvolumesvendusauLuxembourg en 2025 et 2026 (-3 % puis -7 % pour le mazout et -7 % puis -4 % pour les ventes de carburants). Le recul desventesde car- burants expliquerait d’ailleurs l’essentiel de la diminution des émissions de gaz à effet de serre attendue au Luxembourg, estimée à -6 % en 2025, -4 % en 2026 et - 8 % en 2027 par le STATEC. Source : STATEC Une reprise sous pression tneituo siu qec,retruc ret iretsev à in serispretn es leeitc ineain ricé am iale rcemmo ceuiq lito r lap u sseduitrtec inse desais lab , le rabo fav arionéc se csan D 2 alo ,rs iecan finséharc ms letneslis affaib eain ricé amette r lad u st enio flat in’ desvti ecpser pes lru sesdtutiercn ies edssua hal, le rabo favé d arionéc se csanD l trane corianéc 1 )snioisvrép: 2027 - 2025 (CTE TAS: ecruo .5 .87- .04- .85 S .51- erre se dt ffe e àz gaedsnoissim - .0 - .01- .40- .10 E .90 )BI duP %(ci publ delo - .5 - .22 .13 .6 S .53 neoy mlairalastoû 3 .2 3 .91 .51 .2 C .12 )CNPI(onitamoms con a l àxirpse dceidn 2 .9 2 .65 .85 .9 I .85 ).cta. p poa lde% (egamhôcde uxa 5 .0 5 .81 .61 .1 T .01 rueirétn ilaot toi lpm 1 .6 1 .12 .71 .0 E .40 .lovn eBI 2027 2026 P 2024 S Co 2025 202 1 0 .elaidno medname da lelumit st esesruo bsel entmmeréffi éificpé sisf s% n enoitulovE au d . ialedno mecansis ro la c tnein fre t etnrupme’ dxau ts letnesis rdu 2 eitudé reuiq lito peduittrecn 1 chés ra m ndes oi ect rr .97- .83- .85 .97- .24- - .50- .00 .10 9 .71- .61- - .62 .23 .6 3 .81 .62 3 .02 .71 .2 .91 .21 2 .45 .75 .9 .06 .26 5 .12 .91 .1 .51 .60 1 .52 .52 .1 .92 .70- 2027 2026 2027 2026 I 5 2025 1 1)Danscescénariodéfavorable,lahaussedesincertitudessurlesperspectivesd'inflationetsurladetteaméricaineaffaiblissentlesmarchésfinanciers, alourdissent lestauxd'empruntet freinent lacroissancemondiale. 2)Danscescénariofavorable,labaissedesincertitudessurlapolitiqueaméricaineincitelesentreprisesàinvestiretrecruter,cequisoutientlesbourses etstimule lademandemondiale. NOTE DE CONJONCTURE La situation économique au Luxembourg Évolution récente et perspectives 2-2025 Économie etprix N TE E J T E La situation économique au Luxembourg Évolution récente et perspectives 2-2025
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