Agefi Luxembourg - septembre 2026
AGEFI Luxembourg 30 Septembre 2026 Fonds &Marchés Par Diana DIELS, President Luxembourg For Family Office* L esmarchés ne prennent pas de vacances. Pourtant, les family offices et les sociétés de gestiondoi vent pouvoir lever le pied sans trans former chaquemouvement demar ché enurgence. L’enjeun’est pas de prévoir le prochain été « chaud », mais de préparer les portefeuilles, la liquidité et la gouvernance pour y résister. Quand les marchés ralentissent, les équipes se relaient et les agendasdepublica tion s’allègent, l’étédonneparfois l’impressiond’une parenthèse. Pour les family offices comme pour les sociétés de gestion, la tentation est naturelle : réduire le rythme, prendre du recul, laisser les portefeuilles respirer.Pourtant,l’histoirefinancièreestjalonnéede mois de juillet et d’août particulièrement agités. Crisesdeliquidité,chocsgéopolitiques,mouvements de devises ou retournements de politiquemonétaire ont souvent choisi cette période pour rappeler une règle simple : les marchés, eux, ne prennent jamais vraiment de vacances. La bonne question n’est donc pas de savoir s’il faut rester devant ses écrans tout l’été. Elle est plutôt de savoir si le portefeuille, l’organisation et les procé dures sont suffisamment robustes pour permettre auxdécideursde s’absenter sans transformer chaque mouvement demarché en urgence. L’été, un faux sentiment de calme Lacélèbremaxime«SellinMayandgoaway»entre tient l’idée d’une saisonnalité défavorable aux actifs risqués. Dans les faits, les statistiques ne permettent pasdeconclurequ’uninvestisseurdevraitsystémati quement réduire sonexpositiondès leprintemps.De nombreuxétésontétécalmes,voireporteurspourles marchésactions,commec’estégalementlecascetété. En revanche, une caractéristique revient réguliè rement : la liquidité peut se réduire. Les volumes de transaction baissent, certaines équipes de mar ché fonctionnent avec des effectifs allégés et les car nets d’ordres peuvent devenir moins profonds. Tant qu’aucun événementmajeur ne survient, cette configuration passe presque inaperçue. Mais lorsque lemarché est surpris, elle peut amplifier la vitesse et l’ampleur des mouvements. Le risque est alors moins la saison ellemême que la combinaison de trois facteurs : un choc inattendu, des positions consensuelles et une liquidité plus fai ble. Un marché peu profond peut transformer une inquiétudeponctuelleenmouvementviolent,notam mentlorsquelesinvestisseursontfaitbeaucoupd’in vestissements à effet de levier et sont contraints de déboucler rapidement leurs positions. Des étés qui ont marqué les investisseurs L’été 1998 reste l’un des exemples les plus embléma tiques. En août, laRussie frôle la banqueroute, déva lue le rouble et fait défaut sur une partie de sa dette domestique. La crise se propage aux marchés émergents et fragilise les stratégies de conver gence de nombreux investisseurs. Quelques semaines plus tard, le fonds LTCM, très endetté, se retrouve au bord de l’effondre ment, au point de nécessiter une interven tion coordonnée de grandes banques sous l’égide de la Fed àNewYork. L’été 2007 constitue un autre rappel important. En août, plusieurs fonds exposés aux crédits immobiliers américains rencontrent des pro blèmesdevalorisationetdeliquidité. À l’époque, le phénomène paraît encore circonscrit. Il deviendrapour tant l’un des premiers signaux visi blesde la crisefinancièremondialequi cul minera en 2008 avec la faillite de Lehman Brothers, la crise interbancaire et l’effondrement des marchés boursiers dans lemonde entier. En2011, la crisedesdettes souveraines européennes s’intensifie pendant l’été, tandis que les ÉtatsUnis perdent pour la première fois leur notation AAA auprès de Standard & Poor’s. Les marchés actions enregistrent alorsplusieurs séancesde fortevolatilité et les investisseurs recherchent massivement les actifs considérés comme refuges. En août 2015, c’est laChine qui inquiète. La dévalua tionduyuannourritlescraintessurlacroissancechi noise et provoque des corrections brutales sur les marchés internationaux. Plus récemment, en 2024, l’appréciation rapide du yen et la perspective d’une normalisation monétaire au Japon ont entraîné le dénouementdestratégiesdecarrytrade.LeNikkeia connu début août une chute spectaculaire avant de rebondir rapidement. Ces épisodes ont des causes très différentes. Ils partagent néanmoins une même leçon : ce qui semblait stable peut se déséquilibrer très vite lorsque plusieurs investisseurs cherchent simultanément à réduire le risque. Pour un family office, le risque ne se résume pas à la baisse d’un indice Unfamilyofficenegèregénéralementpasunsimple portefeuille d’actions cotées. Il supervise un patri moine composé de plusieurs poches : actions, obli gations, produits structurés, immobilier, private equity, dette privée, fonds alternatifs, participations entrepreneuriales, liquidités, parfois financements lombards ou autres formes de levier. Dans cette configuration, le principal risque n’est pas nécessai rement qu’un indice perde 5 % ou 10 %. Il réside dans les interactions entre les différentes compo santes du patrimoine. Une baisse des marchés peut réduire la valeur des actifs donnés en garantie d’un crédit lombard. Une hausserapidedestauxpeutpesersimultanémentsur les obligations, les valeurs de croissance et certaines stratégies immobilières. Une remontéede lavolatilité peutmodifierlavaleurdeproduitsstructurésourap prochercertainssousjacentsdeniveauxdeprotection importants.Unchocdechangepeutégalementaffec terunpatrimoineinternationalmêmesilesactifsdéte nus ont peubougé dans leur devise locale. Le family office doit donc raisonner en termes de bilan global et de capacité à absorber un choc, plutôt qu’en observant uniquement la performance quoti dienne d’un indice. La liquidité : la véritable assurance de l’été La première protection est souvent la plus simple : conserver une poche de liquidité adaptée aux besoins du patrimoine. La liquidité permet d’évi ter de devenir vendeur forcé. Elle peut financer un appel demarge, couvrir un besoin de trésorerie familial ou professionnel, permettre un rééquili brage ou, au contraire, offrir la possibilité de pro fiter d’une correction pour renforcer certaines positions. Le point essentiel consiste à distinguer diversifica tion économique et diversification de liquidité. Un portefeuille peut être très diversifié sur le papier tout en restant difficile àmobiliser rapidement. Un fonds monétaire, une obligation cotée, une partici pationde private equity et un actif immobilier n’ont évidemment pas la même disponibilité. Pour un family office, la question pertinente avant l’été est donc moins « combien aije investi ? » que « quellepart demonpatrimoinepeut êtremobilisée rapidement sans destructionde valeur ? ». Le levier mérite une attentionparticulière. Dans un environ nement calme, il améliore parfois l’efficacité du capital. Dans unmarché sous stress, il peut devenir une contrainte et imposer des décisions rapides. Une allocation parfaitement acceptable sans levier peut devenir beaucoup plus fragile lorsqu’elle sert de collatéral à un financement. Surveiller les concentrations avant qu’elles ne deviennent un problème Les périodes de forteperformance créent également desconcentrationsinvolontaires.Lorsqu’unethéma tique progresse beaucoup plus vite que le reste du marché, son poids augmente mécaniquement dans l’allocation. La technologie américaine, l’intelligence artificielle ou certaines valeurs de semiconducteurs ont illustré ce phénomène à plusieurs reprises. Une position initialement raisonnable peut devenir dominante simplement parce qu’elle a généré une meilleureperformance.Avant unepériodedemoin dre liquidité, une question simple peut être utile : si cette ligne ou cette thématique perdait 20 % en quelques séances, le portefeuille resteraitil conforme au niveau de risque souhaité ? Si la ré ponse est non, le problème n’est pas l’été. Il est déjà présent dans la construction du portefeuille. Pour les gérants, l’été teste aussi l’organisation Qui peut passer un ordre si le décideur principal est indisponible?Quireçoitlesalertesdudépositaireou de la banque privée ? Qui surveille les échéances de produits structurés, les niveaux de garantie, les demandes de trésorerie ou les limites de risque ? Une bonne gouvernance ne consiste donc pas à demander aux équipes de rester connectées enper manence pendant leurs congés. Elle consiste au contraire à définir en amont les seuils d’alerte, les responsabilités et les procédures de décision. Le vrai signe de robustesse est qu’une organisation puisse fonctionner même lorsque plusieurs per sonnes clés sont absentes. Fautil couvrir systématiquement son portefeuille avant l’été ? La tentation peut être grande d’acheter une protec tion chaque année avant juillet. Pourtant, couvrir mécaniquement unportefeuille àdatefixepeut coû ter cher et réduire la performance de long terme. Une couverturepertinentedoit répondre àun risque identifié. Elle peut prendre la forme d’options, de réduction tactique d’exposition, de diversification en actifs moins corrélés, d’une augmentation de la liquiditéousimplement d’unediminutiondu levier. Le prix de cette protection compte autant que son existence. Lorsque la volatilité implicite est très fai ble, certaines couvertures peuvent être relativement abordables. Àl’inverse, lorsque la crise a déjà com mencé et que la volatilité s’est envolée, acheter une protection peut revenir à payer très cher une assu rance après le début de l’incendie. L’objectif n’est donc pas de prédire le prochain krach estival.Ilestdes’assurerqu’unscénarioadversereste compatible avec les contraintes duportefeuille. La checklist avant de partir : ✓ Réserve de liquidité adaptée aux besoins prévi sibles. ✓ Niveauxdelevier,collatéraletmargesdesécurité vérifiés. ✓ Principalesconcentrationsidentifiéesetassumées. ✓ Échéances, dates d’observation et barrières de produits structurés contrôlées. ✓ Expositions de change et besoins de couverture revus. ✓ Délégations, contacts bancaires et procédures d’urgence à jour. ✓ Seuilsd’alertedéfinis:ceuxquiméritentuneaction et ceux qui ne nécessitent qu’une surveillance. Cette préparation a un avantage majeur : elle évite de confondre volatilité et urgence. Un portefeuille construit pour absorber des scénarios difficiles per met aux investisseurs de prendre des décisions rationnelles, au lieude réagir sous pression à chaque variation demarché. Lesétésboursiersnesontpassystématiquementdan gereux. La plupart se déroulent sans crise majeure. Mais l’histoire montre que juillet et août n’offrent aucune immunité aux investisseurs. Pour les family offices et les gérants, la conclusion n’est pourtant pas qu’il faut passer ses vacances devant six écrans de marché. Elle est presque inverse : un portefeuille et une organisation bien construits doivent permettre de s’éloigner quelques jours sans inquiétude excessive. Diversification, liquidité, contrôle du levier, gestion des concentrations, seuils d’alerte et gouvernance clairesontdemeilleuresprotectionsqu’unetentative permanente d’anticiper le prochain choc. Finalement, le véritable luxe d’un family office bien organisé n’est peutêtre pas de battre lemarché pen dant l’été. C’est de pouvoir partir en vacances en sachant que,même si lesmarchésdécident denepas en prendre, le portefeuille est prêt. *https://luxembourgforfamilyoffice.lu Family offices et gérants de fortunes : peut-on lever le pied l’été ? T he climate phenomenonEl Niño is back. For investors, this is in teresting not only because of its potential impact on the climate, but above all because of its economic con sequences. Astrong El Niño canput ad ditional pressure on food, water and energy supplies. This also creates new investment opportu nities, saysNedialkoNedialkov (portrait), Senior PortfolioMan ager Thematic Equity at Allianz Global Investors. El Niño is a natural climate phe nomenon in the PacificOcean. During anEl Niño period, seawater in the central and east ern parts of the ocean becomes warmer. Although El Niño is not caused by climate change, it is now occurring against the backdrop of a much warmer world.According toNOAA, June 2026was the sec ondwarmest June ever recorded. TheUSweather serviceNOAAconfirmedon 9 July that El Niño is strengthening. There is a 97%prob ability that the phenomenon will continue until early spring 2027. There is also an 81% chance that El Niño will develop into a ‘very strong’ event in the fourth quarter of this year. This couldmake the current El Niño one of the strongest since mea surements began in 1950. For investors, the key question is what this means for sectors that are essential to the economy. Agriculture: rising demand for technology Rice illustrates well how climate and the economy are interconnected. More than half of the world’s population depends on rice as a staple food. At the same time, production is high ly sensitive to drought and high temperatures. According to the World Bank, rice production in some regions could decline by 20% to 50% if El Niño continues into 2027. South Asia, southern Africa andparts of EastAsia are particularly at risk. For investors, this is not only a risk to food prices, but could also provide a boost to agricultural tech nology. Smart irrigation, soil sensors, more precise farmingmachinery anddroughtresistant crops can help farmers produce more foodwith less water. This represents a structural growth market. Agriculture accounts for around 70% of global freshwater withdrawals, making more efficient water use increasingly important. Water becomes an investment issue The water sector also deserves greater attention. One major problem is socalled ‘nonrevenue water’: treatedwater that is lost through leaks, theft or inaccuratewatermeters.According to theWorld Bank, this costs utilities around $14 billion world wide every year. In developing countries, halving these losses couldprovide enough additionalwater to supply another 90 million people. For investors, this creates opportunities in compa nies providing leak detection, smart water meters, sensors, pumps and digital analytics. As water becomes scarcer, the economic value of these tech nologies is likely to increase. Energy: investing in a more resilient electricity grid Extreme heat can also make energy supplies more vulnerable. France provides a good example. Nuclear power generates around twothirds to 70% of the country’s electricity, but nuclear plants depend on cooling water. During the European heatwave, some rivers became exceptionally warm and water levels fell. As a result, nuclear plants had to reduce their out put or temporarily shut down. According to Le Monde, the heat in June affected around 4.6% of France’s nuclear capacity. For investors, this high lights the importance of investing in amore flexible and resilient electricity grid. Batteries, transformers, power lines, smart software, energyefficient buildings and efficient cooling sys tems could all benefit from the growing need for a more reliable energy system. According to the International Energy Agency, around 80 million kilometres of power lines will need to be built or replaced worldwide by 2040. Annual investment in electricity grids will need to roughly double to more than $600 billion by 2030. Fromclimate risk to investment opportunity El Niño shows how a climate phenomenon can affect commodity prices, food supplies and energy security. For investors, this makes the underlying trendparticularly interesting: theworld increasing lyneeds technology that uses scarce resourcesmore efficiently, as well as infrastructure that can with standmore extreme conditions. The opportunities therefore extend beyond tradi tional commodityproducers to companies provid ing solutions for water management, agricultural technology, electricitygrids, energy storage andeffi cient cooling. El Niño may be a temporary event, but the investment opportunities associatedwith it are muchmore structural. El Niño is back, creating new opportunities for investors
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