Agefi Luxembourg - mai 2026
Mai 2026 27 AGEFI Luxembourg Fonds &Marchés Rencontre avec Baudouin MALLEZ, CEO — Odax Wealth Partners Le Luxembourg au cœur des patrimoines internationaux P lus de lamoitié des fonds UCITS européens intègrent aujourd’hui des critères de durabilité. Une évolution pro fonde portée par les gestionnaires et les investisseurs, et soutenue par leurs partenaires, à l’image de la Banque de Luxembourg, pour leur permettre d’aborder les enjeux d’une finance responsable en toute transparence. Aufildesdixdernièresannées,l’industrie desfondsd’investissementavusonpay sage considérablement évoluer avec une intégrationsoutenuedescritèresdedura bilitéparlesacteursmajeursdelafinance. « Si la réglementation a constitué un levier essentiel de cette transformation, le comporte ment des investisseurs a également joué un rôle important dans cette dynamique » , expliqueVirginie Loisel. Laréglementation,avecSFDR*,contribue avant tout à offrir davantage de transpa rence aux investisseurs. Pour répondre aux attentes de ces derniers, et notam mentdeceuxsouhaitantalignerleurstra tégie d’investissement sur un ensemble de valeurs “durables”, les gestionnaires ont veillé à adapter leur offre. « Au total, l’Europe compte plus de 11 000 fonds Article 8 et environ 1 000 fonds Arti cle 9, pour lesquels les exigences de trans parence sont plus élevées » , déclare Sofia Souici, Associate Business Develop ment Manager – Asset Servicing, Banque de Luxembourg. Une évolutionmajeure « Aujourd’hui, plus de la moitié des fonds UCITS en Europe sont classés Article 8* ou 9*selonlaréglementationSFDR,représentant une part substantielle des encours totaux », poursuit Sofia Souici. Les premiers (Article 8) intègrent un en semblede critèresESG, tandis que les se conds (Article 9) ont pour ambition première de générer des impacts “dura bles” autour de sujets spécifiques : déve loppement des énergies propres, décar bonation,atténuationduchangementcli matique, inclusion financière, accès à l’éducation,autonomisationdesfemmes, etc. «Autotal,l’Europecompteplusde11000 fonds Article 8 et environ 1 000 fonds Article 9, pour lesquels les exigences de transparence sont plus élevées », ajoute Sofia Souici. « À l’échelle européenne, les encours des fonds UCITSdurabless’élèventàplusde7000mil liards d’euros, illustrant lamaturité et la pro fondeur de l’intégrationESG. » Cette dynamique s’observe dans l’en semble de l’industrie, audelà du seul périmètre des fonds UCITS. (PwC EU ESG UCITS Poster 2025 ; ALFI – Euro pean Sustainable Investment Funds Study 2024). Luxembourg, premier domicile des fonds durables Le Luxembourg a pleinement accompa gné cette transformation. La place finan cière est aujourd’hui le premier domicile européen pour les fonds durables, avec une augmentation de presque 100 %du nombre de fonds Article 8 entre 2021 et 2024, portant leur total à environ 4 500 fonds. Ces derniers ont continué à attirer des flux positifs (EFAMA). Les fonds Article 9 ont connu une croissance plus modérée et ont même enregistré en 2024 des sorties nettes, signe d’une plus grande prudence des investisseurs face aux stratégies dites « dark green ». D’autre part, les exigences de la SFDR pour les fonds Article 9 sont particuliè rement strictes, notamment en matière de preuve d’un objectif de durabilité mesurable et d’alignement des données et des reportings. Cela a conduit de nombreux gérants à adopter une approche plus prudente ; plusieurs fonds initialement classés Article 9 ont d’ailleurs été reclassés en Article 8 à mesure que les méthodolo gies se sont précisées. (ALFI – Euro pean Sustainable Investment Funds Study 2024). Enfin, la réglementation européenne tend désormais vers une simplification du cadre. La revue de la SFDR, actuelle ment en cours, inclut un « Call for Evidence » visant à clarifier les concepts clés, réduire la complexité et alléger les contraintes administratives, avec une proposition de la Commission publiée le 20 novembre 2025, suivie de près par la publication de la liste des membres du troisièmemandat de la«Platformon Sustainable Finance » en janvier de cette année. L’objectif de cetteplateforme sera de réviser et de simplifier les critères de la taxonomie, et développer de nou veauxcritèrespourd’autresactivitéséco nomiques, recueillir et utiliser les retours des parties prenantes sur les outils et les règles existants, tout en conseillant la Commission sur des sujets liés à la Taxonomie de l’UE et au cadre de finance durable en général. Si le Luxembourg s’est imposé comme domicile de référence, c’est notamment grâce audéveloppement d’une expertise et d’un écosystème d’acteurs et de ser vices capables de soutenir cette transfor mation.Elleconcerneaussibienlesfonds traditionnelsliquidesquelesfondsinves tisenactifsilliquides,dontlescadresd’in vestissement et les modalités opération nelles diffèrent. Expertises renforcées Banque de Luxembourg –Asset Servi cing, dont l’activité de banque déposi taire ne se limite pas à la finance durable, a développé une expertise so lide sur ces enjeux. « Dans nos activités de banque dépositaire, nous supervisons environ 480 comparti ments, dont 125 classés Article 8 et 30 clas sésArticle 9 (l’encours de ces derniers repré sentant environ6milliards d’euros) », com mente Sofia Souici. «Par exemple, certains fonds demicrofinance actifs sur les marchés émergents exigent sou vent le traitement de volumes transactionnels plus importants » , ajoute Virginie Loisel, Head of Funds & Institutional Clients Relationship Management – Asset Servicing, Banque de Luxembourg. Des approches surmesure La gestion d’un véhicule d’investisse ment de type « Article 9 » implique no tamment un engagement à plusieurs niveauxetdesspécificitésparticulières. « Par exemple, certains fonds de microfinance actifs sur lesmarchés émergents exigent sou ventletraitementdevolumestransactionnels plus importants », détaille Virginie Loisel. « L’accompagnement requiert une grande réactivitéetdeséquipesforméesenprofondeur, capables de comprendre les contextes locaux danslesquelsnosclientsinterviennent.Aufil du temps, nous avons renforcé nos ressources internes et approfondi notre expertise sur des marchés, des classes d’actifs et des structures d’investissement spécifiques. » Une infrastructure qui s’adapte aux trajectoires durables Audelà des services dépositaires clas siques, la Banque de Luxembourg a en richi son offre avec des solutions additionnelles — telles que des « Tech nicalAssistanceFacilities »—répondant aux besoins spécifiques de plusieurs fonds à impact, notamment dans la ges tion des donations. La Banque de Luxembourg s’est dotée d’une infrastructure et d’une expertise qui soutiennent ses clients dans un envi ronnement réglementaire en constante évolution, en leur permettant de répon dre aux nombreuses exigences en vigueur. « Cela nous permet aussi d’accom pagner des clients qui souhaitent s’engager sur la voie de la durabilité, en leur permettant d’intégrer des pratiques d’investissement res ponsable sur certains compartiments ou poches de fonds » , complète Sofia Souici. De surcroît, la Banque de Luxembourg s’inscrit dans une démarche de durabi lité depuis plus de 25 ans. « Cet engage ment se traduit aujourd’hui par la certifica tionBCorp*, obtenue en2023, et par la prise en compte des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance à travers l’ensem ble de la banque et de ses métiers », conclut Virginie Loisel. * SFDR : Sustainable Finance Disclosure Regulation * Article 8 qui déclare la prise en compte des critères ESG * Article 9 qui présente un objectif d’investissement durable significatif * B Corp : communauté d’entreprises engagées en faveurd’uneéconomieplusinclusive,équitableetrégé nératrice, conciliant but lucratif et intérêt général. Plusd ’informationssurwww.banquedeluxembourg.com Une expertise mise au service des fonds « durables » Virginie Loisel, Head of Funds & Institutional Clients RelationshipManagement et Sofia Souici, Associate Business DevelopmentManager –Asset Servicing, à la Banque de Luxembourg ©BanquedeLuxembourg PouvezvousprésenterOdaxWealthPartnerset expliquer votre choix de vous implanter au Luxembourg ? OdaxWealthPartners est un groupe européen indépendant positionné comme multifamily office. Nous accompagnons des entrepreneurs, dirigeants, familles et sportifs de haut niveau dans la structuration, la gestion, la trans mission et plus globalement le pilotage de leur patrimoine. Notreorganisation repose sur une ap proche par juridiction et par métier : àParis,nousdévelopponsuneacti vité de family office au sens plein, couvrant l’ensemble des dimen sions patrimoniales, financières et organisationnelles ; auLuxembourg, nous intervenons da vantage sur des problématiques de struc turation,d’organisationetdecoordinationdansdes environnements internationaux. LechoixduLuxembourgs’inscritnaturellementdans cettelogique.Laplaceoffreuncadreparticulièrement pertinent pour traiter des situations transfrontalières et organiserdesdispositifspatrimoniaux complexes. Comment définiriezvous votre positionnement par rapport au métier de multifamily office sur la place luxembourgeoise ? En tant que groupe, Odax Wealth Partners est posi tionnécommemultifamilyoffice,avecuneprésence aujourd’hui à la fois en France et au Luxembourg. Cette double implantation nous donne une lecture très concrète des problématiques européennes, et en particulier des enjeux rencontrés par une clientèle française ou d’origine française dans des contextes transfrontaliers. Au Luxembourg, notre positionnement s’inscrit dans une approche complémentaire, orientée vers des problématiques de structuration et de coordination dans des environnements in ternationaux complexes. Nous intervenons principalement en amont des décisions structurantes : organisation des actifs, arti culation entre les différentes juridictions, coordinationdes partenaires bancaires et des conseils. Dans ce cadre, notre rôle est d’ap porter une vision d’ensemble, de sécuriser les choix structurants et d’assurer la cohérence globale des dispositifs mis en place. Nous sommes ainsi positionnés comme un tiers indépendant de pilotage et d’arbitrage, plutôt que comme un ac teur d’exécution. Quels profils de clients accompagnez vous et quels sont leurs enjeux spéci fiques, notamment à l’international ? Nous accompagnons des entrepreneurs, dirigeants, familles et sportifs de haut niveau disposant de pa trimoines significatifs, de quelques millions à plu sieurs centaines de millions d’euros. Notre point d’entrée est avant tout le niveau de complexité et les moments de transition. Nous intervenons notamment : lors d’un premier événement de liquidité (cession, ouverture du capital), lorsque le patrimoine change de nature et doit être structuré rapidement, ouaprès,lorsquedesliquiditésimportantesdevien nent difficiles à organiser et à piloter dans le temps. À cela s’ajoutent des problématiques récurrentes : multiplicitédes partenaires, structuration internatio nale, empilement dedispositifs,manquedevisibilité globale. Dans les patrimoines les plus importants, viennentégalementdesenjeuxdegouvernanceetde transmission. Dans lamajorité des cas, le patrimoine s’est structuré plus vite que son organisation. Le be soindevient alorsmoins financier que structurel : re trouver une vision claire, reprendre le contrôle et as surer la cohérence dans la durée. C’est précisément dans ce contexte que nous intervenons : structurer, coordonner, piloter. En quoi le Luxembourg restetil un outil clé pour structurer des patrimoines complexes ? Le Luxembourg reste une place incontournable dès lors que les situations deviennent internationales. Sa force repose d’abord sur la stabilité juridique et poli tiqueduGrandDuché,associéeàunesignaturesou verainedepremierrang,quiconstitueunélémentclé dans des logiques de sécurisation à long terme. La place offre également des outils particulière ment performants, notamment enmatière assuran tielle, avec le triangle de sécurité, le superprivilège et lapossibilité de structurer des allocations surme sure viades fonds dédiés oudes fonds internes spé cialisés. Ces outils sont aujourd’hui bien connus. Leur efficacité dépend surtout de la manière dont ils sont articulés entre eux et intégrés dans une stra tégie globale. Audelà, le Luxembourg se distingue surtout par la qualité et la profondeur de son écosystème interna tional : banques dépositaires, sociétés de gestion, avocats, fiduciaires, gérants indépendants… avec une réelle capacité à intervenir demanière coordon née surdes situations complexes et transfrontalières. C’est cette combinaison entre stabilité, ingénierie et écosystèmequi en fait unoutil particulièrement effi cace — à condition de l’intégrer dans une réflexion globale cohérente. Commentvotremodèleindépendantinfluencetil vos recommandations d’investissement ? Notre modèle est entièrement indépendant, y com pris dans sa structuration économique. Nous fonc tionnonsexclusivementauxhonoraires,àlamission, de manière totalement transparente, sans rétroces sions ni commissions liées aux produits ou aux par tenaires.Unconseilnepeutêtreconsidérécommein dépendant si sa rémunération dépend des solutions misesenplace.Cepointalignecomplètementnosin térêts avec ceux de nos clients. Concrètement, cela nous permet : demettre enconcurrence les établissementsdema nière objective de challenger les allocations existantes sans biais et de formuler des recommandations en toute li berté,ycomprislorsqu’ilestpréférabledenepasagir Dans des environnements patrimoniaux complexes, cette neutralité est une condition indispensable à la qualité du conseil. Comment accompagnezvous vos clients dans un environnement demarchés plus incertain ? Dans un environnement incertain, notre approche consiste avant tout à sécuriser les structures et les décisions, plutôt qu’à multiplier les arbitrages tac tiques. Concrètement, nous travaillons sur trois le viers principaux : la liquidité, pour éviter toute contrainte subie et conserver une capacité d’arbitrage, lacohérenceglobaledel’allocation,enévitantlesem pilements de stratégies ou les expositions redon dantes, lasimplification,lorsquelesdispositifssontdevenus trop complexes oupeu lisibles. Nous portons également une attentionparticulière à la discipline dans le temps. Par ailleurs, notre ap prochedestructurationetnotrecultureinternationale constituent en ellesmêmes une réponse à l’incerti tude : la diversification des juridictions, des parte naires et des cadres d’investissement permet de réduire les dépendances et d’apporter davantage de résilience aux patrimoines. L’enjeu n’est donc pas de prédire les marchés, mais de construire des organisations capables d’y résister et de s’adapter à différents scénarios.
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