Agefi Luxembourg - septembre 2026

Septembre 2026 23 AGEFI Luxembourg Fonds &Marchés Par Leïla KAMARA* S i les réglementations évoluent pour encadrer les pratiques d’investissement durable, les coalitions d’investisseurs jouent un rôle complémentaire en ren­ forçant les bonnes pratiques dans ce domaine. Les investisseurs y exercent leurs droits d’action­ naires pour influencer la straté­ gie des entreprises en réponse aux enjeux environnementaux et sociaux contemporains (Denis et Mottis, 2025). Parmi les différents types de coali­ tions, ondistinguepar exemple : FollowThis, qui rassemble investisseurs professionnels et particu­ liers pour lutter contre les activités pétrolières et ga­ zières ; Net ZeroAssetManagement, qui réunit des gestionnaires d’actifs autour de l’objectif de zéro émissionnette ; et ClimateAction 100+, initiative vi­ sant à s’assurer que lesplus grands émetteursdegaz à effet de serre aumonde adoptent les mesures ap­ propriées face au changement climatique, afin d’at­ ténuer les risques financiers et de maximiser la valeur à long terme des actifs. Par opposition aux stratégies d’exclusion, ces coali­ tions s’appuient sur des pratiques d’engagement actif. Trois étapes principales caractérisent cette dé­ marche : l’identification de la cible, l’exécution et la mesure des résultats. Les investisseurs tendent à ci­ blerlesentreprisesenfonctiondeleurniveaudeper­ formance ESG (Goodman et al., 2014), un choix qui influe sur la perception qu’en ont les autres interve­ nantsdemarché. Enconséquence, lesdirigeants sai­ sissent l’occasion de corriger les lacunes identifiées ou, au contraire, réagissent demanière défensive en se déresponsabilisant du problème. « Par exemple, les dirigeants desmajors pétrolières utilisent plusieurs contrearguments, dont le transfert de responsa­ bilité vers les consommateurs, pour décrédibiliser les de­ mandesdesactionnairessurlessujetsclimatiques(Tillotson et al., 2023) . » (Denis etMottis, 2025). L’étudemenéeparDenisetMottis(2025)surTo­ talEnergies SE illustre concrètement ces dyna­ miques. Cegéant pétrolier, réalisant 206Mds € de chiffre d’affaires en 2024, dont 90% liés aux activités fossiles, a néanmoins adopté une stratégie climatique sous la pression de ses actionnaires. Les résolutions ac­ tionnariales ont été progressivement mieuxaccueillies:lesvotesfavora­ bles sont passésde 16,7%en2020 à30,44%en2024. Il convient tou­ tefois de nuancer ces résultats : selonlespays,ledépôtderésolu­ tions d’actionnaires peut s’avérer plus oumoins aisé. EnFrance,l’accèsestconditionné au franchissement d’un seuil de détention (0,5 %) et à la valida­ tion du conseil d’administration. Par ailleurs, les effetsde l’engagement actionnarial ne sont visiblesqu’à long terme—les études récentesne peuventapporterdepreuvestangiblesquesurlesdé­ cisionsdesdirigeants,leseffetsenvironnementauxné­ cessitant davantage de temps pour sematérialiser. Positionner l’investissement durable dans un cadre réglementaire enmutation Laréglementationderéférencedanslesecteurdesser­ vices financiers, le règlement SFDR, impose aux ac­ teurs du marché de publier des informations sur la manière dont ils intègrent les risques de durabilité et lesincidencesnégativesenmatièreenvironnementale, socialeetdegouvernancedansleursoffresd’investis­ sement. Ce texte est actuellement en phase de négo­ ciationauseindesinstanceseuropéennes.Lanouvelle version,SFDR2.0,devraitclarifiercequ’elleconsidère commedurableounon,lorsduvoteduParlementeu­ ropéendu 10 septembre. La question centrale, non encore tranchée, porte sur la possibilité d’inclure les activités d’énergies fossiles dans un portefeuille de gestion durable et, le cas échéant, dans quelles limites. En juin 2026, le Conseil a suggéré que des entreprises actives dans les com­ bustibles fossiles consacrant au moins 20 % de leurs dépenses d’investissement à des activités conformes à la taxonomie européenne pourraient être considé­ rées comme contribuant à la transition énergétique. Or, à la question : «Dans quoi investissezvous vrai­ ment?»,laréponsedeTotalEnergiespourlapériode 2024–2028 est sans ambiguïté : environdeux tiers de sesinvestissements(entre14et18Mds$)sontconsa­ crés aux énergies fossiles, dont 30 % à l’exploration et à lamise enservicedenouveauxgisements, cequi demeure incompatible avec les scénarios d’aligne­ ment de l’Agence Internationale de l’Énergie. Pour­ tant, poussée par ses actionnaires, l’entreprise développeuneréellestratégiedetransitionqui,selon notreanalyse, devrait à terme la rendreéligibleàune catégorie d’investissement durable. C’est précisément dans cette tension que s’inscrit le modèle NZiFund. Dans le cadre de nos recherches, nousavonsidentifiéTotalEnergiescommeuneentre­ prisedusecteurpolluant,générantunerentabilitééco­ nomique solide et disposant d’un positionnement attractif pour un investisseur.Afinde la rendre perti­ nente pour un investisseur durable, nous l’avons in­ tégrée à notremodèle de gestion, lequel regroupe les grandes capitalisations déployant une stratégie de transition et présentant un risque climatique signifi­ catif—TotalEnergiesfigureainsiparmilesentreprises suiviesparlacoalitionClimateAction100+,auprèsde laquelleNZIFund s’engage activement. En complément, notremodèle capitalise sur l’inves­ tissement dansdes startups innovantes capablesde proposer des solutions disruptives adaptées auxbe­ soinsde transitionde ces grands groupes. C’est ainsi que le modèle NZiFund se positionne dans la caté­ gorie « sustainable investments » telle que définie par la réglementation SFDR 2.0 à venir. Notre compré­ hension des contraintes temporelles liées à l’impact positionne le fonds enstructure fermée, avecunepé­ rioded’investissement dehuit ans, afindepermettre demesurer ses effetsnonseulement financiers,mais aussi environnementaux, à traversdes critères trans­ parents et vérifiables. L’ambition du modèle NZiFund est de s’inscrire parmi lesnouveaux fondsdurables européens, dans un contexte où la création de fonds durables en Eu­ rope est restéemodesteaudeuxième trimestre2026 : 13 nouveaux fonds contre 16 enAsie hors Japon, et seulement 3auxÉtatsUnis. Paradoxalement, leder­ nier rapportMorningstar sur l’investissement dura­ ble en 2026 confirme un leadership avéré de l’Eu­ rope : sur les 3,7Mds $de collectenetteaudeuxième trimestre, l’Europe a contribué àhauteur de 3,5Mds $, compensant les reculs enregistrés en Asie hors Chine (2,1Mds $) et auCanada (0,5Mds $). Les principales sociétés de gestion distribuant des fonds durables en Europe demeurent BlackRock (391 Mds $ sous gestion), Amundi (243 Mds $) et UBS (215 Mds $). Ces chiffres peuvent surprendre dans le cas de BlackRock, qui s’est retiré de la coali­ tion Net Zero Asset Managers (NZAM) en janvier 2025, invoquant la confusion que son appartenance semblait créer sur ses pratiques. La coalition, après une année de suspension, a re­ lancé ses activités en février 2026 avec un engage­ ment reformulé reconnaissant explicitement que la mise en œuvre des actions climatiques dépend des clients, des politiques publiques et des mesures prises par les entreprises — autrement dit, une co­ alition qui, forte de ses 250 membres, reste exposée au risque de désengagements individuels suscepti­ bles d’affaiblir les actions collectives. Le casBlackRockconstitueunsignal fort :mêmeaux ÉtatsUnis, legérant domine les fondsdurables avec plus de 76 Mds $ d’actifs sous gestion, devant Van­ guardetMorganStanley. Les fonds durables améri­ cains sont, eux, redevenus positifs au deuxième trimestre 2026, attirant près de 3 Mds $ de collectes nettes après quatorze trimestres consécutifs de dé­ collecte. Cet engouement soudain seraitil lié aux ef­ fets du changement climatique observés cet été partout dans lemonde ? Sources : Denis, L. et Mottis, N. (2025). Les actionnaires responsables, mi­ noritaires mais influents ? Étude de l’engagement actionnarial chez TotalEnergies. Revue française de gestion, 324(5), 105129. https://urls.fr/KUDv2D. Goodman, J., Louche, C., van Cranenburgh, K.,C., &Arenas, D. (2014). Social Shareholder Engagement: The Dynamics of Voice and Exit: JBE. Journal of Business Ethics, 125 (2), 193210. https://doi.org/10.1007/s1055101318900 * Leïla Kamara, docteur en administration des affaires, cher­ cheur associé au Business Science Institute, fondatrice de Kamara Advisory, la SIS du GrandDuché de Luxembourg dédiée à la promotion de l’investissement durable à impact environnemental. Le pouvoir des coalitions d’investisseurs durables }âåğʇåğʇ¨ʇĘěāúāĦåāû¨õʇÀāúúīûåÀ¨ĦåāûʇěÊõ¨ĦÊÆʇĦāʇL‚›4‚R vɊʇåûľÊğĦúÊûĦʇÀāúʨûŅʇĿåĦâʇľ¨ě娿õÊʇÀ¨ĘåĦ¨õʇɢv= •ɣʇīûÆÊěʇLīńÊú¿āīěÝʇõ¨ĿɊʇÝāľÊěûÊÆʇ¿Ņʇo¨ěĦʇ=ʇāÜʇĦâÊʇ õ¨ĿʇāÜʇ ÊÀÊú¿ÊěʇȞȤɊʇȟȝȞȝɊʇĚī¨õåÜŅåûÝʇ¨ğʇ‚ûÆÊěĦ¨óåûÝğʇÜāěʇ āõõÊÀĦåľÊʇ=ûľÊğĦúÊûĦʇåûʇ}ě¨ûğÜÊě¨¿õÊʇvÊÀīěåĦåÊğʇɢ‚ =}vɣɉʇo¨ğĦʇĘÊěÜāěú¨ûÀÊʇåğʇûāĦʇåûÆåÀ¨ĦåľÊʇāÜʇÜīĦīěÊʇ ěÊğīõĦğɉʇ}âÊěÊʇåğʇûāʇÝī¨ě¨ûĦÊÊʇĦâ¨Ħʇ¨ûʇåûľÊğĦúÊûĦʇā¿ñÊÀĦåľÊʇĿåõõʇ¿Êʇ¨ÀâåÊľÊÆʇāěʇĦâ¨Ħʇ¨ʇěÊĦīěûʇāûʇÀ¨ĘåĦ¨õʇĿåõõʇ¿Êʇā¿Ħ¨åûÊÆɉʇ}âÊʇĘěāÆīÀĦʇÆāÊğʇûāĦʇ¿ÊûÊœĦʇÜěāúʇ¨ûŅʇ Ýī¨ě¨ûĦÊÊʇĦāʇĘěāĦÊÀĦʇĦâÊʇÀ¨ĘåĦ¨õɉʇœāīʇú¨ŅʇûāĦʇěÊÀāľÊěʇĦâÊʇÜīõõʇ¨úāīûĦʇāÜʇŅāīěʇåûľÊğĦÊÆʇÀ¨ĘåĦ¨õɉʇ ¨ûĚīÊʇÊĦʇ ¨åğğÊʇÆɶ#ʨěÝûÊʇÆÊʇõɶ#Ħ¨ĦɊʇLīńÊú¿āīěÝɊʇËĦ¨¿õåğğÊúÊûĦʇ Ęī¿õåÀʇ¨īĦāûāúÊɊʇrɉ ɉvɉʇLīńÊú¿āīěÝʇ ȠȝȤȤȢɊʇȞɊʇoõ¨ÀÊʇÆÊʇQÊĦōɊʇLɨȞȦȠȝʇLīńÊú¿āīěÝɊʇ}ËõɉʇɋʇʟȠȢȟʇȡȝȞȢɮȞ L‚›4‚R vʇoXr}4XL=Xʇ œR Q= ʇɮʇ NAV SINCE 01.01.2006 FINANCIALCRISIS OF 2008 50 0 100 LUXFUNDS.LU/ 2 0years v}XrQvʇo vvɊ VISION ENDURES. Spuerkeess Asset Management - managing your funds since 2006 Par Carlos CASANOVA, Senior Economist, Asia, Union Bancaire Privée (UBP) L ʹintervention conjointe ÉtatsUnis/Japon sur le yen, menée le 31 juillet, est un geste politique fort mais ne semble pas être pas une solution durable. Cʹest la première action coordon­ née entre Washington et Tokyo depuis quinze ans, la précédente remontant à la crise du séisme de Tōhoku en 2011, ce qui donne la mesure de lʹurgence perçue par les deux gouvernements. Le secrétaire au Trésor Scott BessentaaffirméqueWashington «nʹhésiterait pas » à intervenir de nouveau, jugeant le yen « nette­ ment sousévalué », tandis que la ministre des Finances Satsuki Katayama a justifié lʹintervention par une volatilité excessive sur le marché des changes. Lʹeffet immédiat a éténet : lʹUSD/JPYest passé de 163,85 le 28 juillet à 157,40 le 31 juillet, avant de se sta­ biliser entre 155 et 158. Mais la capacité de feu américaine reste limitée face aux interventions japonaises passées, et ce type dʹaction ne tient dans la durée que si les fondamentaux suivent. Lʹenjeucentral reste la capacitéde la Banque du Japon (BoJ) à sou­ tenir leyen sans freiner une crois­ sance domestique encore fragile. Lʹessentiel de la pression sur le yen et les rendements des obliga­ tions souveraines japonaises (JGB) depuis 2021 reflète des fac­ teurs fondamentaux. Dʹuncôté,laréponsemonétaireet budgétaire proactive des grandes économies après la pandémie a relevé les anticipations dʹinflation et poussé les rendements obliga­ taires mondiaux à la hausse. De lʹautre, la crise sanitaire a exposé les risques liés à la concentration deschaînesdʹapprovisionnement en Chine, accélérant leur diversi­ fication et ajoutant une pression inflationniste plus cyclique. Ces deux dynamiques ont contraint la BoJ à sortir de sa poli­ tique ultraaccommodante, met­ tant fin en 2024 aux taux négatifs et au contrôle de la courbe des taux, puis relevant progressive­ ment son taux directeur afin de resserrer lʹécart avec la Fed sans pourautantfreinerbrutalementla demande domestique. La dernière endate, en juin 2026, a porté le taux à 1,00 %. Mais avec la Fed à 3,75 %, lʹécart de 275 points de base (pb) continue dʹalimenter le portage et de fra­ giliser le yen. Lemarché anticipe deux nouvelles hausses en 2026 (probabilité de 100 % dès sep­ tembre, taux terminal de 1,75­ 2,00 % mi2027) — un scénario peu compatible avec le ralentis­ sement de l’inflation et une courbe de Phillips très plate au Japon. En se basant sur une règle de Taylor ajustée, qui plaide pour une trajectoire des taux plus prudente, une à deux hausses supplémentaires de 25 pb sont anticipées, pour un taux terminal de 1,251,50%—lapro­ chaine échéance pouvant être avancée à octobre 2026. Une hausse dès septembre ne modifierait toutefois pas fonda­ mentalement la trajectoire dʹen­ semble. Pour les actions japo­ naises,laforteexpositionduTopix aux marchés étrangers signifie quʹun yen qui reste fragile (155­ 163)devraitcontinuerdesoutenir laperformancedumarché,tandis quʹun raffermissement durable pèserait sur les exportateurs. Les financièresdevraient enoutre continuer de profiter de la hausse des taux domestiques, lʹensemble restant conditionné à une norma­ lisation perçue comme graduelle etordonnéeplutôtquecommeun frein procyclique à la croissance. Japon : le sauvetage du yen se heurte aux fondamentaux ©magnific

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