Agefi Luxembourg - juillet août 2026
Juillet / Août 2026 21 AGEFI Luxembourg Banques & Assurances L ʹintelligence artificielle (IA) sʹim pose désormais comme un outil in contournable pour les investisseurs particuliers auLuxembourg. Selon lʹédi tion 2026 de lʹétude annuelle de Swiss quote BankEurope, réalisée enpartenariat avec lʹinstitut de sondage ILRES, lʹutilisa tionde solutions dʹIAdans les déci sions dʹinvestissement a quasiment doublé enun an, illustrant une transformationprofonde des habi tudes des épargnants. Lʹenquête, menée entre le 25 mai et le 8 juin2026auprèsde1256résidentsluxem bourgeois, met également en évidence un retour de la confiance sur lesmarchés financiers, un regain dʹintérêt pour les actions américaines, un essoufflement de lʹengouement pour les cryptomon naies ainsi quʹune prudence persistante visàvis du marché immobilier luxembourgeois. LʹIAdevient un véritable outil dʹaide à la décision En 2026, 58%des investisseurs particuliers déclarent utiliserdesoutilsdʹintelligenceartificielledanslecadre de leurs décisions financières, contre seulement 31% un an auparavant. Cette progression spectaculaire montre que lʹIA ne se limite plus à un phénomène technologique,maisdevientprogressivementunélé ment intégré aux stratégies de gestiondepatrimoine. Les investisseurs ne se contentent plus dʹutiliser lʹin telligence artificielle pour effectuer de simples recherches. Les principales applications concernent désormais lʹanalyse desmarchés et du sentiment des investisseurs (23 %), lʹétude des fondamentaux des entreprises cotées (19%), ainsi que lʹanalyse des por tefeuilles et lʹévaluationdes risques (18%). Selon Jeremy Lauret (cf. portrait), Chief Commercial Officer de Swissquote Bank Europe, cette évolution témoigne dʹune montée en puissance des outilsdʹanalyseautomatisés.«Lequasidou blement de lʹadoption de lʹIA en une seule annéeestparticulièrementremarquable.Les investisseurs ne sʹen servent plus unique mentpourobtenirdesinformationsgénérales, mais également pour réaliser des analyses financières plus sophistiquées, notam ment en matière de gestion des risques », soulignetil. Interrogés sur les consé quences économiquesde lʹin telligence artificielle, les investisseurs se montrent globalement optimistes. Près dʹun quart des répondants (23 %) estiment que cette technologie pourrait générer un véritable boom économique au cours des cinq à dix prochaines années, tandis que 43 % anticipent une croissanceplus progressive, concentrée sur cer tains secteurs. Une minorité de 14 % demeure tou tefois prudente, craignant que lʹautomatisation ne provoque des destructions dʹemplois et des pertur bations économiques. La confiance des investisseurs retrouve des couleurs Aprèsplusieursannéesmarquéesparlesincertitudes économiques et géopolitiques, lemoral des investis seurs semble sʹaméliorer. La proportion des per sonnes se déclarant confiantes dans les perspectives des marchés progresse de six points pour atteindre 32%, alors que le taux de pessimisme recule de huit points à 25 %. Cette amélioration ne pousse cepen dant pas les investisseurs à modifier radicalement leur stratégie. Plus dʹun répondant sur deux (56 %) indique vouloir conserver son portefeuille actuel et privilégier une approche de long terme plutôt que demultiplier les arbitrages. Lesmarchésactionsretrouventégalementleurattrac tivité. Ils sont désormais considérés comme la classe dʹactifs offrant les meilleures perspectives de perfor mance par 54 % des personnes interrogées, contre 47 % en 2025. À lʹinverse, lʹintérêt pour les métaux précieux, traditionnellement recherchés en période dʹincertitude, recule sensiblement, passant à 31%. Les ÉtatsUnis reprennent lʹavantage sur lʹEurope Lʹétude révèle également un changement marqué dans les préférences géographiques des investis seurs. Les ÉtatsUnis retrouvent leur statut de mar ché favori : 31 %des répondants estiment quʹils affi cheront les meilleures performances en 2026, contre seulement 18 % lʹannée précédente. LʹAsie conserve une image favorable avec 33 % des suffrages, tandis que les perspectives attribuées aux marchés euro péens se dégradent fortement. Seuls 11 %des inves tisseurs considèrent désormais lʹEurope comme la région la plus prometteuse, contre 28%en 2025. PourJeremyLauret,cetteévolutionsʹexpliquenotam ment par plusieurs facteurs structurels. Selon lui, les ÉtatsUnisbénéficientdʹunemeilleureindépendance énergétique et conservent une avance importante dansledéveloppementdesinfrastructuresliéesàlʹin telligence artificielle, deux éléments qui soutiennent les perspectives de croissance. À lʹinverse, lʹEurope reste confrontée à des coûts énergétiques élevés et à un retard technologique qui pèsent sur son attracti vité. Il souligne toutefois que la baisse des valorisa tionseuropéennespourrait,àterme,créerdesoppor tunités pour les investisseurs privilégiant une diver sification de long terme. LʹIA, lʹénergie et la défense en tête des secteurs privilégiés Concernant les secteurs jugés les plus porteurs, lʹin telligence artificielle et lʹautomatisation arrivent lar gement en tête. Elles sont citées par 42%des inves tisseurs, contre 39%lʹandernier. Lʹénergie et les res sources naturelles suivent avec 38 %, tandis que la défense et lʹaérospatiale font une entrée remarquée dans les priorités des investisseurs, recueillant 33% des réponses. Cette progression reflète les préoccu pations géopolitiques actuelles et lʹaugmentation des dépenses militaires observée dans plusieurs régions dumonde. Les cryptomonnaies perdent de leur attrait Àlʹinverse,lesactifsnumériquessemblentsusciterun intérêtmoinsmarqué.Laproportiondesinvestisseurs affirmant ne jamais vouloir investir dans les crypto monnaies atteint désormais 43 %, en légère hausse par rapport à 2025. Par ailleurs, le nombre dʹinvestis seurs ayant totalement quitté cemarché passede 7% à 11 % en un an. Ces résultats traduisent un certain retour à la prudence après plusieurs années de forte volatilité sur lesmarchés des cryptoactifs. Lemarché immobilier luxembourgeois inspire toujours la prudence Malgrélʹaméliorationduclimatsurlesmarchésfinan ciers, le secteur immobilier luxembourgeois continue de susciter des réserves. Seuls 18 % des répondants estiment quʹil est actuellement opportun dʹinvestir dans la pierre au Luxembourg, contre 24 % un an plus tôt. Prèsdʹun investisseur sur cinq (21%) préfère attendre aumoins 2027 avant de réévaluer les condi tions économiques, tandis que 41 % considèrent que lemarchérestefondamentalementsurévaluéetquʹun investissementneseraitenvisageablequʹencasdecor rection significative des prix. Selon Swissquote Bank Europe, ces résultats mon trentquelesinquiétudesconcernantlʹaccessibilitédu marché immobilier et le niveau élevé des valorisa tions demeurent importantes, malgré une stabilisa tion progressive des taux dʹintérêt. Dans lʹensemble, cette enquête confirme une évolution des comporte ments des investisseurs luxembourgeois. Ceuxci apparaissent plus confiants dans les marchés finan ciers, plus ouverts aux nouvelles technologies dʹana lyse et davantage orientés vers les secteurs liés à lʹin novation, à lʹénergie et à la défense, tout en restant prudents face aux cryptomonnaies et à lʹimmobilier résidentiel national. Les investisseurs luxembourgeois misent davantage sur l’IA Par Alvin JUVET, Economist/ Financial Analyst, UBP L es marchés regardent l’avenir, les banques centrales le passé. La critique, certes facile, n’en demeure pas moins justi fiée: alors que le pétrole chute vers ses plus bas ni veaux depuis février, la Fed et la BCE, quant à elles, viennent de serrer la vis. Le contraste est frappant. Le ces sezlefeureste fragile, et pourtant lebaril poursuit sabaisse. En face, laBCEa relevé son tauxdirecteur de 25 points de base, à 2,25%, sa première hausse depuis 2023. La Fed, de son côté, a laissé transpa raître via son «dot plot» que la moitiéde sesmembres anticipent désormais au moins une hausse de taux d’ici à la fin de l’année. Parallèlement, l’inflation améri caine a atteint 4,2% en mai, son plus haut niveau depuis avril 2023, et celle de la zone euro a flirté avec 3,2%. L’histoire qu’on aimerait se raconter est simple : le pétrole baisse, donc l’inflation va suivre. Lenarratifdésinflationnistemérite cependant d’être nuancé sur trois points. D’abord, le consommateur améri cain refuse obstinément de fléchir. Portés par l’effet richesse, les reve nus issus du «One Big Beautiful Act»(leplanfiscaldel’administra tionTrump)etunmarchédel’em ploisolide,lesménagesaméricains continuent dedépenser, et cemal gré une accélération de l’inflation. Plus particulièrement, l’évolution des prix des services ‘cœur’ hors logement,cebaromètrequelaFed surveille comme le lait sur le feu, peine à rassurer. Les enquêtes auprès des entreprises confirment ceconstat:ellesmaintiennentleurs intentions de hausse de prix, tant auxÉtatsUnisqu’enzoneeuro,en dépit du repli des cours dubrut. Ensuite, il y a ce paradoxe: si des prix de l’énergie plus bas rédui sent le dilemme croissanceinfla tion propre à un choc d’offre, ils soutiennent dans le même temps la consommation des ménages. Moins de dépenses à la pompe, plus de pouvoir d’achat, plus de demande. De quoi offrir aux entreprises l’opportunité de pré server, voire d’augmenter, leurs marges, en relevant leurs prix. Une diffusion de l’inflation, en somme, qui pourrait se propager bien audelà des secteurs directe ment liés à l’énergie. Reste l’argument que beaucoup aimeraientvoirseconcrétiser:l’in telligence artificielle, à terme, devrait doper la productivité et exercerunepressionàlabaissesur lesprix.Maisc’estaujourd’huil’in verse qui se produit. La ruée vers lespucesmémoire,conjuguéeàla demande croissante en électricité et aux besoins accrus en métaux pour la construction des centres de données (cuivre et acier en tête), tire l’inflation vers le haut, et non vers le bas. Alors oui, à ne considérer que le prixdubaril,lesbanquescentrales peuventsembleràcontrecourant. Les fondamentaux, eux, justifient degarderlepiedsurlefrein.Aussi, la vraie question n’est plus de savoir si le cessezlefeu tiendra, mais si, même dans ce cas, les banques centrales auront les moyens de lever le pied alors que la consommation reste soutenue, et que l’intelligence artificielle ali mente, pour l’heure, davantage l’inflationqu’elle ne la combat. Les banques centrales ont durci le ton, pour combien de temps ? ©Dreamstime L ’Association des Banques et Banquiers, Luxembourg (ABBL), en collaboration avec EY Luxembourg, publie un document de réflexion consacré aux plans de transition climatique dans le secteur bancaire luxem bourgeois. Dans un contexte où les risques climatiques devien nent de plus en plus structurants pour la finance, l’étude souligne que le défi ne consiste plus à fixer des objectifs de neutralité car bone, mais à les transformer en trajectoires concrètes, mesurables et opérationnelles. Basé sur des entretiens avec neuf banques luxembourgeoises et une analyse des pratiques européennes, le rapport met en lumière une progres sion réelle du secteur dans l’intégra tion des enjeux climatiques, mais aussi des difficultés persistantes dans la mise en œuvre effective des stratégies de transition. Le climat, un risque financier en hausse Le document rappelle que le change ment climatique est désormais pleine ment intégré commeun risquefinancier. Les banques doivent l’inclure dans leurs décisions de crédit, leur gestion des risques et leur allocationde capital. Selon les tests de résistance de la Banque cen trale européenne, les pertes sur crédits pourraient augmenter de 25%d’ici 2030 par rapport à 2022, même dans des scé narios favorables. Cette évolution illustre l’impact croissant des risques clima tiques sur la stabilité du secteur bancaire et la nécessité d’anticiper ces effets dans les modèles de risque. Des progrès dans l’intégration, mais une exécution complexe Les banques luxembourgeoises avancent progressivement dans l’intégration des enjeux climatiques dans leur gouver nance, leur stratégie et leurs processus de financement. L’étude identifie cinq piliers clés des plans de transition : gou vernance, objectifs, alignement straté gique, leviers de décarbonation etméca nismes de suivi. Toutefois, la mise en œuvre reste inégale et confrontée à plu sieurs obstacles, notamment la qualité et la disponibilité des données, en particu lier sur les émissions indirectes (Scope 3), ainsi que la complexité d’un cadre régle mentaire en constante évolution. Passer de l’ambition à l’action Pour les auteurs, lamajoritédes banques ont déjà défini des objectifs climatiques à long terme. Le débat porte désormais sur leurmise enœuvre concrète dans les décisions quotidiennes. « Le défi n’est plus l’ambition, mais l’exécution », sou ligne VanessaMüller (EYLuxembourg), qui insiste sur lanécessitéde transformer les engagements en actions mesurables et intégréesdans lesprocessusfinanciers. Cette phase d’exécution implique égale ment une coopération accrue entre banques, entreprises et régulateurs afin de concilier transition climatique, finan cement de l’économie réelle et maintien de la compétitivité du secteur. Une transition porteuse d’opportunités Audelà des contraintes, le rapport met en avant les opportunités liées à la tran sition climatique. Le développement de produits financiers durables, tels que les prêts à la rénovation énergétique ou les financements liés à la performance envi ronnementale, illustre la transformation progressive dumarché. En accompagnant les entreprises dans leur décarbonation, les banques peuvent non seulement mieux maîtriser leurs risques, mais aussi renforcer leur rôle dans le financement de la transition éco nomique et soutenir de nouvelles dyna miques de croissance. Un enjeu stratégique pour le secteur bancaire L’étude conclut que les plans de transi tion climatique deviennent un élément structurant de la stratégie bancaire au Luxembourg. Les prochaines années seront déterminantes pour passer d’en gagements largement partagés à une exécution crédible etmesurable, dans un environnement où les exigences régle mentaires et économiques continuent de s’intensifier. Les banques luxembourgeoises face au défi climatique From commitment to action: how banks in Luxembourg are implementing transition plans
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