Agefi Luxembourg - février 2026
Février 2026 21 AGEFI Luxembourg Fonds d’investissement U n fonds de crise européen doté d'une capacité de plus de 430 milliards d'eu- ros pourrait servir à finan- cer des projets de défense, a déclaré à Reuters le direc- teur général duMécanisme européen de stabilité (MES), Pierre Gramegna (photo), le 30 janvier, alors que l'UE s'efforce de renfor- cer ses capacités militaires. PierreGramegna a précisé que le MESpourrait accorder des lignes de crédit pour des dépenses de défense et n'exigerait pas en contrepartie de réformes écono- miques strictes, en partie afin d'éviter toute stigmatisationpou- vant résulter d'un recours à ce fonds d'urgence destiné aux États membres de la zone euro. "En cette période de troubles géopolitiques, qui ont entraîné une augmentation des dépenses et des coûts de défense pour tous les pays, nous devons exploiter tout le potentiel du MES", a-t-il dit. Pierre Gramegna a évoqué l'uti- lisation de lignes de crédit pour la défense pour les pays en bonne santé financière mais dont les budgets sont tendus, en particulier les petits États de la zone euro. "Nous disposons d'instruments", a-t-il déclaré. "Il est dans l'intérêt de l'Europe (...) d'utiliser tout le potentiel." "Il est évident que la relations entre l'Europe et les États-Unis devient de plus en plus cahoteuse", a également souligné le directeur général du Mécanisme euro- péen de stabilité. Un tel soutien financier aurait une importance symbolique, car il réorienterait un fonds créé à l'origine au plus fort de la crise de la dette dans la zone euro pour éviter l'effondrement des économies nationales et des banques, ainsi que pour soutenir la monnaie unique. L'hostilité ouverte du président américainDonaldTrump envers l'Europe oblige ses dirigeants po- litiques à rechercherdenouveaux moyens de défendre la région contre toute agression russe. "Redécouvrir le potentiel de cet instrument" Les propos de Pierre Gramegna suggèrent une volonté d'utiliser les vastes réserves européennes pour renforcer lespaysde la zone euro, enparticulier les petits pays baltes limitrophes de la Russie, même si lesprêtsdoivent d'abord être approuvés par ses 21 États membres. Seulslespaysdel'eurozonepour- raient obtenir ces prêts, mais le MES ne mentionne pas explicite- mentladéfensedanssesmissions et un tel changement nécessiterait l'accord des États membres, y compris des pays militairement neutres comme l'Autriche, Chy- pre, Malte ou l'Irlande. Les tentatives de l'Europe visant à renforcer ses défenses, quatre ans après l'invasion à grande échelle de l'Ukrainepar laRussie, ont pris un caractère plus urgent depuis que Donald Trump a menacé d'imposer des droits de douane aux pays rejetant son projet de prendrelecontrôleduGroenland, un territoire danois. PierreGramegnaalaisséentendre que le MES, créé pendant la crise de la dette pour prêter à des pays comme la Grèce mais devenu depuis largement superflu, pour- raitjouerunrôle."C'estl'undenos instruments",a-t-ildéclaréausujet de l'utilisation de lignes de crédit dites "préventives" pour financer ladéfense. "Il est disponible.Nous devonsredécouvrirlepotentielde cet instrument." "Il faut garantir que ce mécanisme (...) soit utilisé pourlesdépensesdedéfense",a-t- il déclaré, ajoutant qu'il ne serait pas assorti de conditions draco- niennes. "L'objectif ici est d'éviter quecetyped'outilnesoitassociéà unerestructurationdel'économie." Ces déclarations redonnent vie à l'idée d'une "ligne de soutien à la défense" suggéréeprécédemment par l'ancien président du conseil italien Enrico Letta, consistant à prêter jusqu'à 2 % du PIB d'un pays à des taux d'intérêt bas pour des dépenses de défense. Le MES avait mis en place un plan de soutien d'un maximum de 240milliards d'euros pendant la pandémie de COVID, pour aider les pays à financer leurs dépenses de santé, qui n'a fina- lement pas été utilisé. "L'impulsiondoit venir des paysmembres" Les États baltes, à savoir la Lituanie, l'Estonie et la Lettonie, pourraient cette fois enbénéficier après avoir presque quadruplé leurs dépenses de défense depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie, pour atteindre environ 5 % de leurs PIB, en empruntant massivement. Ces pays, qui ont des frontières com- munes avec la Russie et son proche allié, la Biélorussie, ont subi un nombre croissant d'opé- rations de sabotage que leurs autorités imputent à la Russie. Ils ont aussi emprunté des mil- liards d'euros dans le cadre du programme de prêts SAFE de l'UE - largement sursouscrits - pour des projets de défense. En vertu de ce programme, l'UE emprunte conjointement de l'ar- gentsurlesmarchéspourleprêter àprixcoûtantauxgouvernements de ses États membres afin de financerdesdépensesdedéfense. L'aide du MES fonctionnerait de manière similaire. S'ils étaientmis en place comme le soutien à la pandémie, ces prêts auraient un poids considérable dans toute l'UE.Alors que le PIB de l'Estonie étaitd'environ40milliardsd'euros en 2024, 2 % de ce montant serait inférieur à 1milliard. PierreGramegnaadéclaréqueles États pourraient faire des "de- mandes collectives", ce qui évite- rait toute stigmatisation liéeàune demande d'aide auprès duMES. "L'impulsion doit venir des pays membres", a-t-il déclaré. Source : Reuters Un fonds de crise européen de 430 milliards pour financer la défense ©Reuters Par Grégoire KOUNOWSKI, Head of Advisory chez NormanK. L emois de janvier s’est inscrit dans un environnementmarqué par une remontéemodérée de la volatilité, avec les pressions géopolitiques accrues des États-Unis sur leVenezuela, le Groenland/Danemark ou encore l’Iran. Pour autant, ces facteurs de risque n’ont pas remis en cause l’appétit global des investis- seurs pour les actifs risqués. Lesmarchés actionsmon- diaux ont poursuivi leur progression, soutenus par des indicateursmacroécono- miques globalementmeil- leurs qu’anticipé. La saison des résultats a débuté sur des bases solides. Initialement portée par les valeurs techno- logiques, la dynamique bénéficiaire s’est progressi- vement élargie àunplus grandnombrede secteurs, contribuant à un soutien plus généralisé des mar- chés. Les petites et moyennes valeurs, les marchés émergents ainsi que lemarché japonais ont bénéficié de ce regain d’optimisme. Les matières premières ont, elles aussi, bien commencé l’année, portées par la hausse des prix de l’énergie liée aux conditions hivernales dans l’hémisphère nord et aux tensions géopolitiques persistantes. Danscecontexteincertain,lesactifstradition- nellement perçus comme des couvertures géopolitiquesontfortementréagi.L’oraainsi progressédeplus de 10%sur lemois de jan- vier,avantdesereplierdébutfévrieràlasuite de la nomination de KevinWarsh à la tête de laFed.Lesvaleurseuropéennesdeladéfense ont également fortement réagi en début d’année, en réponse à lamontéedes tensions internationales et au ren- forcement des enjeux d’autono- mie stratégique. Surlesmarchésobligataires,l’amé- liorationdes perspectives de crois- sance, combinée aux préoccupa- tions persistantes autour des déficits publics,acontinuédepesersurlesprix. Les rendements des bons du Trésor américain ont progressé, en particulier sur les maturités courtes, les investis- seursrepoussantdansletempsleursanti- cipations de baisses de tauxde laRéserve fédérale. Au Japon, les obligations d’État ont connu leur pire débutd’annéedepuis1994,dansuncontexteélectoral etsurfondd’inquiétudesbudgétaires.Cettesituation aentraînéunefortepentificationdelacourbedestaux ainsi qu’une dépréciationduyen. L’économiemondialesemblepoursuivresatransition versunmodèlemultipolaire,structuréautourdeplu- sieurs pôles — États-Unis, Chine, et Europe notam- ment—chacuncherchantàrenforcersonautonomie stratégique.Cetteévolutionrenforcelanécessitéd’une diversificationaccruedesportefeuilles,tantsurleplan géographique quemonétaire, ainsi qu’au travers des matières premières. Aux États-Unis, les indicateurs économiques publiés endébutd’annéeontsurprispositivement,portéspar la résilience de la consommation, la poursuite de la dynamique liée à l’IA et des résultats d’entreprises solides. Si le marché du travail montre encore quelques signesde ralentissement et que lesdroitsde douane commencent à peser sur l’activité, la crois- sance devrait néanmoins rester positive. L’inflation demeure au cœur des préoccupations de laFed,notammentenraisondel’impactpotentieldes tarifs douaniers, et reste supérieure à l’objectif de la banque centrale. Dans ce contexte, elle devrait main- tenir ses taux directeurs inchangés lors de ses pro- chaines réunions. Un éventuel assouplissement monétaireétantenvisagéplustarddansl’année,après l’arrivée de KevinWarsh à la suite de Jerôme Powell aumois demai. En Europe, les mesures de relance budgétaire et le regaind’intérêtpourl’autonomiestratégiquevis-à-vis desÉtats-Unispourraientcréerdesopportunitésd’in- vestissement. Ces perspectives seraient renforcées si la Chine parvenait à stabiliser son économie grâce à des mesures ciblées soutenant la consommation domestique.Surleplanmonétaire,laBanquecentrale européenne devrait rester attentiste : l’inflation ayant atteint,voiredépassé,sacible,lamargedemanœuvre pour de nouvelles baisses de taux apparaît limitée, d’autant que la vigueur de l’euro pourrait peser sur les économies exportatrices. De part et d’autre de l’Atlantique, les résultats des entreprises devraient continuer de soutenir le senti- ment des investisseurs, les prévisions de croissance desbénéfices étant régulièrement révisées à lahausse pour les trimestres à venir. Toutefois, les niveaux éle- vésdevalorisation, les risquesde concentration, et les dépenses d’investissements records consenties dans l’IA par les Alphabet, Amazon, Microsoft et Meta appellentàlaprudenceetàunediversificationaccrue. Lesrisquesgéopolitiquesrestentégalementunfacteur d’incertitude, enparticulier à l’approchedes élections demi-mandat auxÉtats-Unis. Danscecontexte,notreallocationdemeureéquilibrée etsélective.Surlesmarchésactions,nousconservons une position neutre, en privilégiant une diversifica- tionau-delàdesgrandesvaleurstechnologiquesamé- ricaines.L’évolutionversunmondemultipolaireren- force l’intérêt d’une diversification régionale et en devises, avec une exposition stratégique à l’or dans uncontextededédollarisationprogressivedecertains pays émergents. Sur le segment obligataire, nousprivilégions lesobli- gations investment grade aux États-Unis et en Europe, qui offrent un couple rendement/risque attractif par rapport aux segments plus risqués. La detteprivéeestintégréeauxportefeuillescommeune alternative au high yield, avec une sélection rigou- reuse des opérateurs. Enfin, les actifs non cotés continuent de jouer un rôle clé en matière de diversification et de décorrélation, tandis que les cryptomonnaies sont abordées de manière sélective, compte tenude leur fortevolatilité. Un début d’année dynamique pour les marchés financiers
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