Agefi Luxembourg - avril 2026
AGEFI Luxembourg 20 Avril 2026 Économie & Tax Au déjeuner mensuel de Marketing Communica- tions Executives International (MCEI) Luxem- bourg, S.E. M. ThomasANTOINE, Ambassadeur honorairedeBelgiqueetancienSecrétairegénéraldu Benelux, a parlé de la "La diplomatie matricielle et les enjeux de la paix durable". Une approche épistémologique L e conférencier com- mence par souligner qu’il ne s’agit pas d’une simple transmission d’informations, mais d’une formation : il veut offrir aux auditeurs des outils conceptuels et dialectiques pour appréhender la complexité de la straté- gie et de la diplomatie. Il cite Karl von Clausewitz ( De la guerre ), dont l’objectif était de fournir une « grammaire » pour saisir la complexité de la la stratégie et gérer l’in- certitude. Cette approche est essentielle pour les professionnels présents, notamment dans un contexte géopolitique marqué par des crises mul- tiples (Moyen-Orient, Ukraine, etc.). Il évoque ensuite Sun Tzu ( L’Art de la guerre ) avec la célèbremaxime : « La tactique sans la stratégie, c’est le bruit avant la défaite. » Cette citation illustre l’im- portance de la réflexion stratégique, surtout dans unmonde où les conflits sont omniprésents. Il rap- pelle la distinction faite par Sénèque entre le pre- tium conditionnel (le prix des choses) et la dignitas inconditionnelle (ce qui ne peut être négocié). 1. Qu’est-ce que la diplomatie ? Origine et définition Le mot ‘diplomatie’ vient du grec diploma , qui si- gnifie un « papier plié en deux ». Le conférencier explique que le diplomate est littéralement celui qui porte unmessage secret, plié, qu’il peut choisir d’ouvrir ou non. Cela symbolise la gestionde l’in- formation : un diplomate ne ment jamais, mais il ne dit pas tout. Il joue avec les mots, les silences, et la manière dont l’information est divulguée. Le diplomate et la vérité Un diplomate est, entre autres, un gestionnaire de l’information. Sa crédibilité repose sur le fait qu’il ne ment pas, même s’il peut omettre ou re- formuler. Par la remise des lettres de créance à un chef d’État, le diplomate s’engage à ne pas trahir la confiance placée en lui. Deux visions de la diplomatie - Diplomatie classique : Basée sur les rapports de force , elle est liée à la guerre. Clausewitz affirme que « la guerre est le prolongement de la politique par d’autres moyens » . Le diplomate classique cherche à éviter la guerre, mais son action reste inscrite dans une logique de puissance. - Diplomatie matricielle : Une approche plus hu- maine, fondée sur la confiance , la réconciliation , et le respect de la dignité. Elle vise une paix dura- ble, au-delà des simples trêves ou accords tempo- raires. 2. Guerre et paix : Cadre juridique et éthique La théorie de la guerre juste Le conférencier rappelle les trois conditions d’une guerrejuste ,développéespar saintAugus- tin , Thomas d’Aquin , et Hugo Grotius (père du droit international) : 1. Autorité légitime : Celui qui déclare la guerredoitavoirlepouvoirdelaterminer, lepyromanedoitaussiêtrepompier.Cette première condition est essentielle : la guerre n’arrive pas fatalement ; elle a un responsable qui devra rendre compte, car il avait l’autorité pour la déclencher et l’arrêter. Si les deux conditions sui- vantesnesontpasremplies,leresponsablepeut être jugé.Ainsi, àNuremberg, douzedirigeantsnazis furent envoyés à la potence, notamment pour avoir déclenché une guerre d’agression. 2. Cause juste , jus ad bellum - Légitimedéfense (proportionnelle). De tous temps, ce recours à laviolence a été justifié commeunmoin- dremal. - Protection de l’humanité (ex. : génocide, crimes contre l’humanité). Le droit à faire la guerre doit être justifié. On constatera que les agresseurs se présente- rontsouventcommeagressés,pourfaired’uneguerre de choix, une guerre de nécessité. 3. Respect dudroit humanitaire ( jus inbello ) :Même en guerre, certaines règles doivent être respectées (ex. : interdictionde cibler les civils). Il s’agit bienévi- demment de préserver la dignité humaine, mais aussi depermettreune réconciliation, prélude àune paix durable. La destruction des infrastructures ci- viles, des hôpitaux, écoles, centrales électriques et le massacre systématique de civils vont hypothéquer le retour à la paix. Qui plus est, les perpétrateurs, en abdiquant de toute dignité, seront durablement l’objet de l’opprobre de l’humanité. Problèmes contemporains - Narratifs victimaires : Les agresseurs se présentent souvent comme des victimes pour justifier leurs ac- tions (ex. :Hitler en1939, avec l’incident deGleiwitz). -Droitinternationalbafoué :Lesrèglessontrarement respectées(ex.:non-interventionauRwandaen1994, où le « devoir de protéger » n’a pas été appliqué). - Guerre préventive : Concept ambivalent, car il peut servir à justifier des agressions (ex. : guerre en Irak en 2003, Iran en 2026). Lamenace doit être évi- dente et imminente : par exemple, troupesmassées à la frontière. Deux conceptions de la paix - Paix romaine : Une paix conditionnelle fondée sur les rapports de force ( pretium ) qui se résume souvent àuneinterruptiondeshostilités;cettepaix,mêmega- rantie par des traités, reste fragile et temporaire (ex. : traité de Versailles en 1919, qui a préparé la Seconde Guerremondiale). Dans sonouvrage sur lapaixper- pétuelle,lephilosopheKantdénoncelestrêvesquine servent qu’à se réarmer pour le prochain conflit. La pax romana , qui se fonde sur la souveraineté du plus fort, ne voit dans le droit international que le moyen de consolider des situations parfois iniques. - Paixdurable : Unepaix inconditionnelle fondée sur la dignitas , la confiance, la réconciliation, et le respect mutuel (ex. : projet européen après 1945). Cette paix fraternelle,quelaChartedesNationsuniesappellede ses vœux, n’est pas statique,maisdynamique, elle ré- sulte d’une relation confiante et cordiale entretenue quotidiennement.Cettepaixestmatriciellecarelleen- gendre l’espérance et la vie. 3. Diplomatiematricielle : une alternative aux rapports de force Définition et fondements -Matrice : cemot évoque la fécondité (donner lavie) et la miséricorde . Eneffet, enhébreuet enarabe,ma- trice se dit raham ce qui veut aussi dire miséricorde. Unediplomatiematriciellechercheà créerdulien ,de la confiance afin de construire une paix qui dépasse les simples accords. -Alliance vs. pacte : • Un pacte est un accord basé sur les rapports de force (ex. : paix de Westphalie en 1648). On reprend l’idée de la pax romana . • Une alliance est une relation intersubjective, comme unmariage, où les parties se reconnaissent et se désirentmutuellement (ex. : Union européenne). Exemple européen - Après 1945, l’Europe a dû se reconstruire sur des ruines ,nonseulementphysiques,maisaussimorales. Il a fallu separdonner (ex. : réconciliation franco-alle- mande), or le pardon n’est pas l’oubli ; il exige de re- visiter sans cesse le passé pour y trouver des germes d’espérance. - L’UE a été conçue comme une alliance incondition- nelle,oùchaqueÉtatmembre,qu’ilsoitgrandoupetit, est traité avec égalité et dignité . Risques actuels -Retourdutransactionnel :L’Europeetlemondere- viennentàunelogiquederapportsdeforce;le pretium l’emporte sur la dignitas , audépensdes idéauxde fra- ternité. (p.ex . tensions entre grands et petits pays, guerre économique). - Diplomatie marginalisée : Les décisions sont sou- vent prises par des non-diplomates (politiciens, mili- taires), ce qui peut aggraver les crises et favoriser le recours à la force. 4. Défis contemporains et critiques Crises géopolitiques - Moyen-Orient : Conflits persistants (ex. : Israël-Pa- lestine, Iran), où la diplomatie classique échoue à ap- porter une solution durable ; la fraternité des enfants d’Abrahamreste unmirage. - Ukraine : Guerre insensée et fratricide qui illustre l’échecdesmécanismesdesécuritécollective(OTAN, ONU). Le fait que l’agresseur soit un membre per- manent du Conseil de Sécurité empêche son fonc- tionnement ; -Afrique : Conflits oubliés (Soudan, RDC, Rwanda), où lesCasques bleusmanquent demoyens. Impuissance desNationsUnies -Vetodes P5 : LeConseil de sécurité est souvent blo- quéparlevetodesÉtats-UnisoudelaRussie(ex.:ré- solutions sur Israël ou laRussie). - Casques bleus : Missions sous-financées et ineffi- caces(ex.:MONUSCOenRDC,oùlesgroupesarmés agissent en toute impunité). Démocratie en crise - Abstention électorale : Les jeunes ne votent plus (ex. : 60%d’abstention auxmunicipales en France). - Fakenews etdéni :Ladésinformationetlapolarisa- tion rendent la diplomatie plus difficile. 5. Propositions pour une diplomatie efficace Éducation et lucidité -Citoyensinformés :Unepresseindépendanteetune éducationcritiquesontessentiellespouréviterlesma- nipulations de l’opinion. -Respectdudroitinternational :Sanctionnerlesvio- lations et protéger les civils (p.ex . Cour pénale inter- nationale). Il faut s’opposer à l’érosion du droit international : pacta servanda sunt . Vision stratégique - Priorité à la vie : La diplomatie doit toujours placer la dignitéhumaine au-dessusdescalculsdepouvoir; dignitas au-dessus de pretium . - Exemplaritéeuropéenne : L’UEdoit se rappeler ses valeurs fondatrices et lesmettre enpratique (paix, so- lidarité,respectmutuel).L’UEn’estpasquelacoalition d’Étatssouscrivantauxtraitésfondateurs;au-delàde lalettre,ilyal’esprit,celuid’unefraternitévéritablese traduisant par la justice et la solidarité. Rôle des diplomates - Gestion de l’information : Éviter les fake news , pro- mouvoir la confiance. - Médiation : Trouver des solutions créatives pour transformer les conflits en opportunités de coopéra- tion. Le diplomate doit à la fois gérer les rapports de forces( pretium )etporterunprojethumanisteetcivili- sationnel. 6. Échanges avec le public : Questions et réponses Génocides et impuissance internationale - Pourquoi les Nations unies n’interviennent-elles pas ? (ex. : Rwanda, Soudan) - Réponse : Manque de volonté politique, veto des grandes puissances,missions sous-financées. Avenir de l’OTANet de l’UE - Faut-il une armée européenne ? - Réponse : Une défense européenne commune se- rait logique, mais elle se heurte aux divergences po- litiques entre États souverains et à la dépendance à l’OTAN. La perte de confiance dans le lien transat- lantique doit susciter une réaction salutaire de soli- darité au sein de l’UE. Conclusion : Un appel à repenser la diplomatie Le conférencier termine en insistant sur l’urgence de passerd’unediplomatiedesrapportsdeforceàune diplomatiematricielle ,fondéesurlaconfiance,ladi- gnité, et la fécondité. Ilmet engarde contre le retour à uneEuropetransactionnelleetdivisée,etsouligneque lapaixdurablenepeutêtreconstruitequesil’onplace l’humain au centre . « La diplomatie matricielle n’est pas un idéalisme, mais une nécessité pour éviter que l’histoire ne se répète. Elle exige de transformer les différences en atouts, et de placer la dignité humaine au-dessus de tout. » L’Association internationale des cadres en communication marke- ting (MCEI), anciennement connue sous le nom de S.P.E.A. (Sales PromotionExecutivesAssociation), a été fondée en 1954 àNewYork. La MCEI est un réseau dynamique de dirigeants d’entreprises de haut niveau du monde entier, regroupés au sein de 9 sections natio- nales dans 8 pays. Les membres de laMCEI représentent les profes- sions du marketing, des relations publiques, de la publicité, de la communication et de la direction d'entreprise. Plus d’information contactmcei@mcei.lu . La diplomatie matricielle et les enjeux de la paix durable L e ministre des Finances, Gilles Roth, s'est rendu en Norvège et en Suède du 16 au 18 mars 2026 pour une mission financière avec Luxembourg for Finance. À Oslo, le ministre des Finances a ren- contré son homologue norvégien, Jens Stoltenberg, et la secrétaire d'Etat auprès du ministère des Finances de la Norvège, Sissel Kruse Larsen. Les deux ministres ont souligné qu'une collabo- ration renforcée entre le Luxembourg et la Norvège est essentielle pour relever ensemble les défis économiques actuels. Gilles Roth a également rencontré le Norges Bank Investment Management, le plus grand fonds souverain au monde. Cet échange a permis d'appro- fondir la compréhension du modèle norvégien, fondé sur une stratégie d'in- vestissement à long terme. L'exemple norvégienmontre comment une gestion prudente, transparente et tournée vers le long terme peut constituer un patri- moine durable au bénéfice des généra- tions futures, tel que le Luxembourg le poursuit également avec le fonds sou- verain intergénérationnel (FSIL). La visite de travail s'est clôturée à Stockholm par une entrevue bilatérale avec la ministre suédoise des Finances, Elisabeth Svantesson, et la secrétaire d'Etat auprès duministère des Finances, Johanna Lybeck Lilja. Cet échange a offert l'occasion d'aborder des dossiers européens clés ainsi que des priorités communes, notamment en matière de stabilité financière, de compétitivité, de l'Union de l'épargne et des investisse- ments ainsi que du budget de l'Union européenne pour la période 2028 – 2034. Tout au long de son déplacement en Norvège et en Suède, Gilles Roth a éga- lement rencontré des représentants des institutions financières locaux. Ces ren- contres ont permisd'approfondir la com- préhension des dynamiques nationales, d'identifier des pistes de coopération et de renforcer davantage les liens qui exis- tent déjà entre nos centres financiers. Dans cet esprit, Luxembourg for Finance aorganiséune réception rassemblant dif- férents acteurs des deux écosystèmes afin de faciliter les échanges entre eux et de soutenir une collaboration durable. Le ministre des Finances, Gilles Roth, a commenté : « La Norvège et la Suède sont des partenaires importants. En période d'instabilité mondiale, l'Europe doit à nouveau assumer une plus grande responsabilité. L'Europe du Nord joue à cet égard un rôle géopoli- tique clé. Nous renforçons notre colla- boration afin de faire face ensemble aux enjeux de demain. Cela passe par une politique financière fondée sur la confiance et la stabilité. Avec la finance comme moteur essentiel de notre crois- sance commune. » Source : ministère des Finances Gilles Roth en visite de travail en Norvège et en Suède Le Luxembourg renforce ses liens financiers nordiques ©MFIN
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