Agefi Luxembourg - mai 2026

Mai 2026 19 AGEFI Luxembourg Économie & Banques L uxembourg et Tokyo ont signé le 7mai 2026 unmé­ morandumd’entente (MoU) visant à renforcer la coopération entre leurs deux centres financiers internationaux, dans un contexte marqué par les incertitudes géopo­ litiques, les besoins croissants de financement liés à la transition cli­ matique et l’accélération de la transformation numérique des ser­ vices financiers. L’accord a pour objectif de rapprocher l’écosystème financier de Tokyo et l’ex­ pertise luxembourgeoise en finance transfrontalière, afin de faciliter les flux de capitaux et les investissements entre l’Europe et l’Asie. La coopérationmettra particulièrement l’accent sur la finance durable et la mobilisation de capitaux privés pour soutenir la transition vers une économie bas carbone. Le protocole a été signé lors de SusHi Tech Tokyo 2026 par Hiroshi Nakaso, président de FinCity.Tokyo, et Tom Théobald, directeur général de Luxem­ bourg for Finance. Il s’inscrit également dans la perspective du 100 e anniversaire des relations diplomatiques entre le Japon et le Luxembourg en 2027. Les deux places financières ont mis en avant leur complémentarité : Tokyo dis­ pose d’un vaste écosystème regroupant institutions financières, grands groupes technologiques et startup, tandis que le Luxembourg est un centre majeur de la finance transfrontalière, de la gestionde fonds et de l’investissement durable en Europe. Les deux hubs développent également leurs écosystèmes fintech, portés par la digitalisation au Japon et par la finance internationale et la reg­ tech au Luxembourg. Un axe central de la coopération concerne la mobilisation de capitaux privés pour la transition énergétique. Les deux parties souhaitent encourager la finance de transition et soutenir l’émergence de gestionnaires de fonds innovants. Les signataires ont souligné que cet accord formalise une coopéra­ tion déjà active et vise à renforcer les échanges via des visites bilatérales, des événements conjoints et le partage de bonnes pratiques. Hiroshi Nakaso a déclaré : ʺJe vois trois domaines de coopération. Première­ ment, inviter davantagede gestionnaires de fonds émergents du Luxembourg, qui dispose d’une grande expertise en gestion d’actifs. Deuxièmement, nous pouvons beaucoup apprendre les uns des autres dans le domaine de la décar­ bonation. Comme lemontre la situation au MoyenOrient, l’humanité dépend encore fortement des énergies fossiles, et le changement climatiquedoit être traité. Troisièmement, le Luxembourgdispose d’un important vivier de talents, d’insti­ tutions financières sophistiquées et de prestataires de services que nous pou­ vons intégrer dans le système financier japonais afin de renforcer le rôle mon­ dial de Tokyo comme centre financier.ʺ Tom Théobald a déclaré : ʺIl existe une réelle valeur ajoutée à partager les meilleures pratiques et à identifier des domaines concrets tels que les crédits carbone et le soutien aux gestionnaires de fonds émergents sur lesquels nous pouvons travailler ensemble. En ma­ tière de finance verte, le Luxembourg représente environ 40 % du marché des fonds ESG en Europe. Sur le plan boursier, notamment via la Luxem­ bourg Green Exchange, nous détenons environ 44 % du marché mondial des titres durables et verts. Nous voyons donc de nombreuses opportunités pour utiliser la plateforme dont dis­ pose le Luxembourg afin de mobiliser des capitaux mondiaux pour financer des projets dans le monde entier, y compris au Japon.ʺ Source : Luxembourg for Finance Luxembourg et Tokyo renforcent leur coopération financière ©Luxembourg forFinance OpinionParJeanMARSIA,présidentdelaSociété européenne de défense AISBL (S€D) L a recensionde la participation duPremierministre et duVice­ Premierministre etministre des Affaires étrangères duGrandDuché à trois récentes réunions inter­ nationales a retenumon at­ tention, parce que les réponses qu’il faudrait don­ ner aux défis auxquels l’Eu­ rope est confrontée y ont été évoquées. Le 18mars, les 280 participants à la 19 e édition de la Journée de l’Économie, dont MM. Frieden et Bettel, réunis à la Chambre de Commerce Luxembourg, se sont de­ mandés, dans un contexte internationalmarquéno­ tamment par les tensions géopolitiques, comment sauver l’Europe. (1) Certains des intervenants ont in­ sisté sur l’importance pour l’Europe de renforcer sa résilience, sa compétitivité et sa souveraineté ; d’au­ tres se sont demandé si nous avons le courage d’agir ; les plus hardis ont affirmé que l’Europe doit devenir une puissance, ce qui implique notamment une défense européenne et une réforme des méca­ nismesdedécision, l’unanimitén’ayant plusde sens dans lemonde actuel. Vous avez, Monsieur le Premier ministre, insisté sur l’interdépendance croissante du monde. Vous avez défenduunevisioncoopérativedelasouveraineté,es­ timant que « l’Europe ne sera souveraine que si elle acceptequ’aucundesespaysnepeutl’êtreseul».Vous avez lancé un appel à l’action collective, car « la vraie questionn’est pas de savoir si l’Europe peut être sau­ vée,mais si nous sommes prêts à agir ensemble ». Amon sens, seuls des membres du Conseil euro­ péen pourraient agir. Le Parlement européen ne l’a fait qu’une seule foisdepuis sapremière électionpar le peuple européen en 1979. C’était en 1984, à l’ini­ tiative d’Altiero Spinelli. Le Conseil européen a re­ fusé laproposition. Laballe est doncdans soncamp, depuis plus de 40 ans. Aucoursdudébat consacré à ladéfense européenne, M. Bettel a affirmé que le GrandDuché souhaite contribuer concrètement à la sécurité européenne. La Société européenne de défense AISBL s’en réjouit. Néanmoins, le constat a été fait : il existe de longue dateunlargesoutiencitoyen,maispasdevolontépo­ litique, pour une défense européenne. Monsieur le Premierministre, vous avez évoqué les obstacles his­ toriques, les divergences de perception des menaces et la réticencedesÉtats àdéléguer desdécisions aussi sensibles que l’engagement militaire, sans expliquer pourquoi ce fut possible enmatièrede commerce ex­ térieur oude politiquemonétaire. Pour lesparticipants à la Journéede l’Économie 2026, l’Europefaitfaceàdesdéfismajeurs,maiselledispose encore des moyens d’y répondre, à condition de dé­ passer les blocages et d’agir collectivement, pour que l’Europe ait une place convenable dans le monde de demain. A l’évidence, seuls les membres du Conseil européen sont enmesure de dépasser les blocages et d’agir collectivement. C’est crucial, car le seul régime politique qui as­ sure la liberté politique et ladignité humaine est la démocratie. Elle revendique la liberté d’ex­ pression, de communication, d’action et de dé­ placement,avecl’espoirquelescitoyenspuissent vivre librement et enpaix, dans leur vieprivée et publique, pour réaliser la prospérité économique et leur épanouissement moral. Néanmoins, au­ jourd’hui, les pays qui mettent en œuvre une forme de démocratie ne dépassent pas les 20%de la populationmondiale. L’une des raisons qui expliquent cela est que les Occidentaux croyaient naïve­ ment que la liberté est une et indivisible. Une fois convertis à l’économie demar­ ché, les régimes autoritaires allaient concéder la liberté dans les autres do­ maines. Or, les régimes autoritaires ont compris que dans le domaine de la technicoéco­ nomie, il est question seulement de libertés de créa­ tion, d’invention, d’innovation et d’entreprendre. Ces libertéslà peuvent coexister avec un régime dit politiquement « illibéral ». (2) Les citoyens européens veulent, dans leur grande majorité, préserver leurs libertés, leur sécurité et leur niveau de vie. Ils constatent que le contexte interna­ tional et lemode actuel de gouvernance de l’Europe mettent tout cela en péril. Ainsi, le23mars, vous avez,Monsieur lePremiermi­ nistre, présidé avec le Premier ministre de Belgique, la XIII e édition du Sommet Gaïchel. Le VicePremier ministre et ministre desAffaires étrangères y a natu­ rellement participé. Selon le compterenduduminis­ tèred’État, (3) cepartenariatestrésolumenttournévers l’avenir. Il est notamment fondé sur une volonté poli­ tiqueaffirmée,auservicedel’intégrationeuropéenne et d’unavenir communplus résilient, sur un soclede valeurs communes et sur une vision partagée des défis européens et internationaux. Comment expliquer dès lors qu’en matière de dé­ fense, qui demeureunpilier central de cette coopéra­ tionbelgoluxembourgeoise,laDéclarationconjointe se borne à énumérer quelques exemples demutuali­ sation des moyens et de renforcement de leur inter­ opérabilité, dont deux ne datent pas d’hier : l’acquisition des avions A400M a été décidée en dé­ cembre 2002, laKFORremplit samission auKosovo depuisjuin1999.Lacoopérationdansledomainespa­ tialestàpeuprèsaussiancienne,maisestaujourd’hui menacée par la mise en concurrence des projets na­ tionauxdesmembresdel’Agenceeuropéennedel’es­ pacepour les lanceurs futurs, contrairement à l’esprit decoopétaionquiprévalait. (4) lestvraiquelebataillon binational de reconnaissance est plus récent et que le satellite d’observation de la terre LUXEOSys a été lancé avec succès le 25 août 2025. Laloidu5février2026esteffectivementtournéevers l’avenir : elle permet le financement de l’acquisition, du lancement et de l’exploitation d’un deuxième sa­ tellite, GovSat2, destiné aux communications mili­ taires et gouvernementales. C’est aussi le cas des initiativesenvisagéesdanslesdomainescyber,del’in­ telligence artificielle et des technologies quantiques. Ces initiatives sont intéressantes, mais elles ne seront manifestement pas suffisantes pour dissuader Pou­ tine de menacer les États européens, de leur faire la guerre hybride, voire d’agresser l’und’entre eux. Il est fort dommage que les partenaires luxembour­ geois et belge n’aient pas saisi l’occasion pour lancer la création d’un commandement politicomilitaire commun, binational, mais à vocation européenne, en dépassant l’intégration pratiquée au sein de l’Union européenne, pour aller à la fédération, celle annoncée par Schuman le 9 mai 1950. Seule celleci permettrait d’instituer l’amorced’une capacité euro­ péenneeffectivededissuasion,conventionnelledans un premier temps, puis étendue à terme aux me­ nacesCBRNE( Chemical,biological,radiological,andnu­ clear ), qui comportent la libération d’une substance chimique ou biologique, une explosion ou contami­ nation nucléaire ou radiologique, parfois favorisées par un explosif classique. Une telle capacité euro­ péenne de dissuasion donnerait à l’Europe un « pa­ rachute de réserve », en cas de défaillance de l’OTAN, faute d’unanimité auConseil atlantique. Le discours que Charles III a prononcé devant le Congrèsaméricain,le28avrilderniermesemblepar­ ticulièrement inspirant. (5) Il a parlé en tant qu’allié et non en tant que protégé, et dit ce qu’il fallait dire, ce qu’aucun autre chef d’État ou de gouvernement eu­ ropéen n’a osé faire depuis le 20 janvier 2025. Il a constaté que les conflits actuels vont de l’Europe au MoyenOrient, et posent d’immenses défis à la com­ munautéinternationale.Ilarappeléquenoussommes unisdansnotreengagementàdéfendreladémocratie, à protéger tout notre peuple du danger, et à saluer le courage de ceux qui risquent chaque jour leur vie au service de nos pays. Il a rappelé les valeurs qui nous unissent : le droit à la vie, à la liberté et à la poursuite dubonheur ; laDéclarationbritanniquedes droits de 1689 et la Déclaration des droits américaine de 1791 ; notre générosité d’esprit, notre culture de la compas­ sion, de la promotion de la paix, de l’approfondisse­ ment de la compréhensionmutuelle et du respect dû àtouslesindividus,quellequesoitleurconfessionre­ ligieuse ouphilosophique. Charles III a cité ce qu’Henry Kissinger a qualifié de « visionambitieuse »de J. F. Kennedyd’unpartena­ riat atlantique reposant sur deux piliers : l’Europe et l’Amérique ; il a estimé que ce partenariat est au­ jourd’huiplusimportantquejamais,carlesdéfisaux­ quelsnoussommesconfrontéssonttropgrandspour qu’une seule nation européenne puisse les relever seule. Il a affirmé à juste titre qu’une détermination sans faille est nécessaire pour défendre l’Ukraine et sonpeuplesicourageux,etqu’elleestnécessairepour garantir une paix véritablement juste et durable. Enfin, il a remémoré que nos idéaux communs ont non seulement joué un rôle crucial pour la liberté et l’égalité, mais qu’ils constituent également le fonde­ ment de notre prospérité commune. Ce sont l’état de droit : la garantie de règles stables et accessibles, ap­ pliquées par un pouvoir judiciaire indépendant, chargéde régler les litiges et de rendreune justice im­ partiale.Ceséléments,atildit,ontcréélesconditions propicesàunecroissanceéconomiquesansprécédent dans nos deux pays. Monsieur le Premier ministre, Monsieur le VicePre­ mierministre etministredesAffaires étrangères, dis­ suader est primordial pour maintenir la paix. L’Europe doit pouvoir affirmer qu’elle fera usage de son droit de légitime défense et savoir persuader des agresseurs potentiels qu’elle sera prête à utiliser des armes de destruction massive en cas d’atteinte à ses intérêtsvitaux.C’estleseullangagequecomprennent les autocrates. Ilestdoncdéplorableque,depuis2024,leConseileu­ ropéenn’aitpasfaitpluspourmettreenœuvrelesre­ commandations des rapports Letta, Draghi et Niinistö,visantàarrêterledéclinéconomiqueetscien­ tifique de l’Europe, et à réduire sa dépendance pour lemaintiende la paix. L’UE n’est pas un État, mais une association d’États. Elle ne sait pas nous protéger, elle nous oblige à plier devant notre protecteur américain. La fédération an­ noncéele9mai1950parRobertSchuman,maisjamais réaliséeest la conditio sine quanon d’unedéfenseeuro­ péenne, car elle seule pourrait désigner un comman­ dantsuprêmeeuropéendémocratiquementlégitime. Elle nécessite l’adoption d’une constitution fédérale, quiséparelespouvoirslégislatif,exécutifetjudiciaire. Seul un pouvoir exécutif fédéral européen serait ca­ pablededéfinirunepolitiqueeuropéennedesécurité, et d’organiser une armée européenne dissuasive. Monsieur le Premier ministre, vous avez annoncé (6) le 3 mai votre participation au huitième sommet de la Communauté politique européenne, à Erevan, afin d’examiner lesmoyens d’approfondir la coopé­ ration, en vue de développer les interconnexions, d’améliorer la connectivité et de renforcer la sécurité économique et énergétique. D’après la déclaration du président Macron, (7) le 4mai, le but était aussi de renforcer le dialogue stratégique entre États euro­ péens et de répondre aux grands défis de sécurité et de stabilité sur le continent. Jen’ainotécommefaitsmarquantsquelaprésencedu Canadaetl’absencedelaTurquie.Lesdélégationsont, sembletil, parlé de lutte contre les trafics de drogue, derésiliencedessystèmesdémocratiquesfaceauxin­ gérences étrangères et à la désinformation, de solida­ rité énergétique, de connectivité, de solutions de défense et de sécurité communes dont on ne perçoit pas enquoi elles auraient augmenté notre sécurité. Monsieur lePremierministre,Monsieur leVicePre­ mierministre etministredesAffaires étrangères, du réseaudepetitsÉtatsqueleGrandDuchéaconstitué pourrait émerger une « coalition of the willing » . Elle feraittached’huile,commel’ontfaitlesSix,puisl’UE, les zones Schengen et euro. Un État fédéral euro­ péen,dotéd’unechaînedecommandementpolitico­ militaire et d’une capacité effective de dissuasion, commencerait à rassurer les jeunes et les moins jeunesdevos électeurs. S’ils sont encoreanxieux lors du prochain scrutin, ils donneront sa chance à d’au­ tres candidats. Monsieur le Premier ministre, Monsieur le VicePre­ mier ministre et ministre des Affaires étrangères, merci pour votre lecture attentive demonplaidoyer. 1)sn,“Peutonsauverl’Europe?EnseignementsclésdelaJournée del’Économie2026”, AgefiLuxembourg d’avril2026,p.4. 2)VoirLambrosCouloubaritsis, L’ImpuissancedesDémocratiesface aux Puissances TechnicoÉconomiques, Bruxelles, Éditions Ousia, 2025,p.12. 3) Ministère d’État, “Un partenariat stratégique renforcé entre LuxembourgetBelgique”, AgefiLuxembourg d’avril2026,p.8. 4)Air&CosmosPremiumn°2968,«Futurslanceurseuropéens, quivas’imposer?»,Batailledelanceursnationaux. 5)TheKing’sAddresstotheJointMeetingofCongressinWash­ ington ,https://urls.fr/GNRAr ,28April2026. 6 )Voirhttps://urls.fr/RvF1DE. 7 )Voirhttps://www.youtube.com/watch?v=zSZJmiyjHls. Monsieur le Premier ministre, Monsieur le VicePremier ministre et ministre des Affaires étrangères du GrandDuché : Le sort de l’Europe pourrait être entre vos mains !

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