Agefi Luxembourg - février 2026

Février 2026 17 AGEFI Luxembourg Fonds d’investissement E FGBank a organisé une table ronde exceptionnelle le jeudi 5 février 2026 auLuxembourg, réunissantMozamilAfzal (cf. por- trait), GroupChief Investment Officer etmembre duGlobal Business Com- mittee d’EFGInternational, Yves Maas, CEOd’EFGBank Luxembourg, et Pascal Julliard, Head of Private Banking. Dans un contexte économique mondialenconstantemutation, cette rencontre a offert un éclairage approfondi sur les grands enjeux qui marque- rontl’année2026.Entremu- tations macroéconomiques, tensionsgéopolitiquespersis- tantes et accélération de l’innova- tion, les intervenants ont partagé leur analyse des secteurs stratégiques et des principaux points de vigilance pour les investisseurs institution- nels et privés. À cette occasion, EFG a identifié dix thèmes structurants appelés à façonner l’environne- ment économique et financier de l’année à venir. 1. Les États-Unis, moteur de la croissancemondiale En 2026, les États-Unis devraient s’imposer comme l’économie avancée laplusdynamique. Les autorités privilégientclairementlesoutienàlacroissanceplutôt que la lutte agressive contre l’inflation, dans un contexte où l’économie américaine a démontré une résilience remarquable depuis la pandémie. Trois facteurs structurels expliquent ce leadership. D’abord, la solidité du tissu économique américain, renforcéepardesplansderelancemassifsetparlaca- pacité d’adaptation du secteur privé. Ensuite, l’exis- tence d’une stratégie de croissance explicite, incarnée par le plan budgétaire et économique « 3-3-3 », qui vise une croissance réelle de 3 %, un déficit public contenu et une hausse significative de la production énergétique. Enfin, le leadership technologique des États-Unis,portépardesinvestissementsmassifsdans lesinfrastructuresnumériques,lescentresdedonnées etl’intelligenceartificielle,devraitcontinueràsoutenir la productivité bien au-delà de 2026. Àcesélémentss’ajoutentdesfacteursconjoncturelsfa- vorables : un environnement de taux d’intérêt en baisse au premier semestre 2026, la modération des prixdel’énergieetunerelancebudgétairequistimule l’investissementetlaconsommation.Leprincipalpro- jet de loi économiquede l’administrationTrumppré- voit notamment des incitations fiscales importantes pourlesentreprisesetlesménages,cequidevraitsou- tenir la croissance tout au longde l’année. Desrisquessubsistentnéanmoins.L’endettementdes ménages, les tensions sur le crédit à la consommation et les effetspotentiellement déstabilisateursde l’intel- ligence artificielle sur le marché du travail méritent une surveillance attentive.Malgré cela, les États-Unis abordent 2026 enpositionde force. Perspectives contrastées pour la Chine, l’Europe et lesmarchés émergents LaChinedevraitcontinuerdecroîtreàunrythmein- férieur à celui des États-Unis, tout en restant la prin- cipale locomotive du monde émergent. Malgré des défis structurels — dette élevée, immobilier fragile, vieillissementdémographique—lepaysconserveun avantage industriel majeur et progresse rapidement danslestechnologiesvertesetl’électrification.L’Inde, de son côté, gagne en attractivité grâce à un marché intérieur robuste et à une moindre dépendance au commercemondial,cequilarendplusrésilienteface aux tensions géopolitiques. En Europe, les perspectives restent contrastées. La baisse passée des taux de la Banque centrale euro- péenne commence à produire ses effets, et l’Al- lemagne bénéficie d’une hausse marquée des dépenses publiques, notamment dans la dé- fense. Toutefois, l’incertitude politique et la fra- gilité budgétaire de certains pays continuent de peser sur la région. 2. Des taux d’intérêt auplancher dans les économies avancées En2026, lesprincipalesbanques cen- trales devraient atteindre un point bas de leur cycle de taux au cours du premier semestre. Lesmarges dema- nœuvrepourdenouvellesbaissessont désormais limitées, les taux directeurs se situant prochede leurniveau«neutre ».AuxÉtats-Unis, laRéserve fédéralede- vrait rester prudente, compte tenu d’une croissance solideet d’une inflationencore supérieure à l’objectif. EnEurope,enSuisseetauRoyaume-Uni,lasituation est similaire, même si les contraintes diffèrent selon les régions. Le Japon, quant à lui, devrait éprouver desdifficultésànormaliserdurablementsapolitique monétaireavantlami-2026.Ceretouràdestauxneu- tres est perçucommeunsignedenormalisationplu- tôtquecommeunefaiblesseéconomique.Unebaisse agressivedes tauxne se justifierait qu’encasde crise, scénario qu’EFGn’anticipe pas pour 2026. Des opportunités dans lesmarchés émergents Dans plusieurs économies émergentes, les taux d’in- térêt réels restent élevés, créant des opportunités at- tractives pour les investisseurs. Ces perspectives doivent toutefois être analysées à l’aune de deux risques majeurs : la dépréciation des devises et la ca- pacitédesbanquescentraleslocalesàmaîtriserl’infla- tion. Dans ce contexte, le Brésil se distingue par des rendementsobligatairesélevésetuneinflationenvoie destabilisation,tandisqueleMexiquedevraitbénéfi- cierdudynamismedel’économieaméricaineetd’une relative stabilitémonétaire. 3.Marchés obligataires : vigilance accrue L’année 2026 pourrait mettre à l’épreuve la crédibi- lité budgétaire de plusieurs États, notamment en Europe.AuxÉtats-Unis, la trajectoirede ladette pu- blique demeure préoccupante à long terme, mais à court et moyen terme, la croissance, les recettes fis- cales et les droits dedouanepourraient suffire à ras- surer les investisseurs. En Europe, la situation est plus délicate. En France, l’incapacité persistante à stabiliser les finances pu- bliques, dans un contexte de forte instabilité poli- tique, fragilise la confiance. Le Royaume-Uni fait face à des défis similaires, même si un scénario de crise brutale reste peu probable à ce stade. Dans cet environnement, les investisseurs doivent naviguer avec prudence, en privilégiant lesmatu- rités plus courtes et les pays disposant d’une ca- pacité réelle à honorer leur dette. 4. Géopolitique : fragmentation et capitalisme d’État La rivalité entre les États-Unis et la Chine restera le principal axe géopolitique en 2026. Les tentatives de réductiondesdépendances stratégiques sepoursui- vent, notamment dans les semi-conducteurs et les ressources critiques, mais l’interdépendance écono- mique demeure forte. Fait marquant, les États-Unis adoptent désormais une forme assumée de capitalisme d’État, multi- pliant les interventions directes dans des secteurs stratégiques. La Chine, de son côté, renforce ses al- liances avec un cercle élargi de partenaires, notam- ment auseindesBRICS, dont l’expansion illustreun monde de plus en plus multipolaire. En Europe, la guerreenUkrainecontinuedepeserlourdementsur la sécurité et les finances publiques, tandis que les cybermenaces et les tensions hybrides s’intensifient. Parallèlement,ladéfiancecroissantedesélecteursen- vers leurs dirigeants alimente la polarisation poli- tique dans de nombreux pays. 5. Les “3D” deTrump : DOGE, Deregulation, Drugs (efficacité, déréglementation,médicaments) En 2026, l’administration Trump poursuit un vaste programme de réformes articulé autour de trois axes : la réduction des dépenses publiques, la déréglementation et la réforme du secteur phar- maceutique. Le Département de l’efficacité gou- vernementale, malgré une visibilité médiatique moindre, continue de générer des économies significatives. La déréglementation, notamment dans le logement et l’urbanisme, vise à lever des freins structurels à la croissance et à réduire les coûts pour les ménages et les entreprises. Enfin, la question des prix des médicaments reste centrale. Si les autorités américaines défendent des prix élevés pour soutenir l’innovation, la pression politique et sociale demeure forte. Dans ce contexte complexe, EFGprivilégie les entreprises innovantes du secteur de la santé capables de développer de nouveaux traitements, plutôt que les grands groupes bien établis. 6. Intelligence artificielle : une course mondiale aux enjeux systémiques La course à l’intelligence artificielle s’impose comme l’un des phénomènes économiques ma- jeurs des années 2020. En 2026, elle se caractérise par une intensité inédite des investissements, une concurrence stratégique entre les États-Unis et la Chine et des défis croissants liés aux infrastructures, notamment énergétiques. Les dépenses consacrées aux centres de données et aux capacités de calcul continuent de croître à un rythme exceptionnel, principalement sous l’impul- sion des grands groupes technologiques améri- cains. Malgré des investissements cumulés de plusieurs centaines de milliards de dollars, l’offre peine encore à suivre lademande. Leprincipal gou- let d’étranglement reste l’accès à une énergie abon- dante, fiable et compétitive, les infrastructures d’IA étant nettement plus énergivores que les systèmes informatiques traditionnels. Cette nouvelle phase du cycle de l’IA se distingue également par l’évolution de son financement. Alors que les premiers investissements reposaient sur des flux de trésorerie abondants, le recours à l’endettement, aux levées de fonds et au finance- ment par les fournisseurs devient plus fréquent. Cela traduit une montée en puissance du risque financier, sans pour autant remettre en cause, à ce stade, la conviction collective dans le potentiel de long terme de l’IA. Sur le plan géopolitique, l’IA est devenue une technologie stratégique. Les États-Unis cherchent à conserver leur avance en limitant l’accès de la Chine aux semi-conducteurs les plus avancés, tandis que Pékin accélère ses efforts de localisa- tion, en s’appuyant notamment sur son avantage dans l’énergie et les ressources critiques. Cette ri- valité devrait s’intensifier en 2026. Parmi les applications émergentes, la robotique hu- manoïde attire une attention croissante. Encore en phasepilote,ellepourraitàtermetransformerl’indus- trie, la logistique et les services, notamment dans les économies confrontées au vieillissement démogra- phique et aux pénuries demain-d’œuvre. 7. Europe : réforme, défense et innovation En2026,l’Unioneuropéennepoursuitsarestructura- tion,sousl’effetconjuguédesmenacesextérieures,des pressionsgéopolitiques et de lanécessitéde renforcer sacompétitivité.Unregaind’intérêtpourlesmarchés actions européens et suisses semble se dessiner, sou- tenupar plusieurs catalyseurs. L’Allemagne joue un rôle central, avec un vaste pro- grammed’investissementsdans les infrastructures et la défense. L’ampleur des montants engagés, combi- néeàunevolontépolitiqueaffirméeetàuneimplica- tionaccruedesrégions,pourraitmarqueruntournant après des années de sous-investissement. Lamontée enpuissancedesdépensesdedéfense,désormaislar- gement acceptée politiquement, constitue un autre moteur important. Parallèlement, la transition écolo- gique retrouve une dynamique plus pragmatique, axée sur la compétitivité industrielle, la baisse des coûts de l’énergie et l’électrification. Enfin, l’Europe conserve un avantage structurel dans l’économie de la connaissance. La densité de talents, la qualité de la formation et la capacité d’in- novation — illustrées notamment par la Suisse — demeurent despiliers essentielsde la créationdeva- leur à long terme. 8.Marchés émergents : unpotentiel sous-estimé Après des années de scepticisme, 2026 pourrait marquer un tournant plus favorable pour les mar- chés émergents. Les valorisations restent attractives par rapport auxmarchés développés, tandis qu’un environnement de tauxd’intérêtmodérés et undol- lar stable, voire plus faible, constituent des soutiens importants. Contrairement aux idées reçues, de nombreuses économies émergentes affichent au- jourd’hui une discipline budgétaire supérieure à celle de plusieurs pays développés. La croissance repose de plus en plus sur la de- mande intérieure, notamment en Inde, tandis que les exportateurs de matières premières pourraient bénéficier de tensions persistantes sur l’offre mon- diale. La démographie reste un atout majeur, en particulier dans certaines régions duMoyen-Orient et d’Asie. Les risques géopolitiques et commerciaux demeurent réels, mais ils sont en partie intégrés dans les valorisations actuelles. 9.Marchés privés : liquidité, sélectivité et résilience Lesmarchésprivés entrent en2026 avecundéficen- tral : la lenteur du retour des capitaux aux investis- seurs. Cette contrainte favorise l’essor de stratégies axées sur la liquidité, la diversification et la stabilité. Les rachats d’entreprises de taille moyenne appa- raissent particulièrement attractifs, offrant des valo- risations plus raisonnables et une plus grande flexibilité des stratégies de sortie. Le marché secondaire gagne également en impor- tance, devenant progressivement unmécanisme clé de liquidité dans l’univers non coté. La dette privée conserve, quant à elle, un rôledéfensif essentiel dans les portefeuilles, grâce àdes rendements réguliers et à des structures protectrices. Dans cet environne- ment, la sélectiondes gestionnaires et des stratégies devient déterminante. 10. Introductions enbourse et fusions-acquisitions : une reprisemesurée Après plusieurs années de ralentissement, l’activité d’introductions en bourse et de fusions-acquisitions devrait se normaliser en 2026. La baisse des taux et la demande latente de sorties offrent un contexte plus favorable,enparticulierdanslessecteursliésàl’inno- vation, à la technologie et à la transition énergétique. La reprise devrait toutefois rester disciplinée. Les exigences réglementaires, la sélectivité des inves- tisseursetlesincertitudesgéopolitiquesincitentàpri- vilégier la qualité des opérations plutôt que leur volume. Dans ce cadre, les banques d’investissement etlesacteursbienpositionnéssurlestransactionsstra- tégiques pourraient tirer leur épingle du jeu. Perspectives 2026 d’EFG Bank 10 grands thèmes pour comprendre l’économie et les marchés en 2026 The best practices in Sustainable Finance Sustainable Finance #EFF26 Finance Forum Chamber of Commerce Luxembourg (Kirchberg) MARCH 12 th 2026 12.30 – 08.00 PM (CET) www.efpafinanceforum.com REGISTER NOWON => 1 Keynote Speech (Claude Marx) 1 Fireside Chat (2 panelists) 6 panels (25 speakers) 3 networking cocktails 1 Charity Challenge (2 associations)

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