Agefi Luxembourg - septembre 2026

AGEFI Luxembourg 16 Septembre 2026 Économie & Banques Par Jean MARSIA, président de la Société européenne de défense AISBL (S€D) L e 22 août, Poutine a prononcé un discours devant le congrès de son parti, «Russie unie », dans lequel, anticipant une victoire certaine dans les urnes à défaut de l’emporter sur le terrain enUkraine, il a appelé poursuivre la guerre jusqu’à la victoire, passant sous silence la situationpeu favorable sur le front et l’incapacité de la défense russe à empêcher les frappes ukrainiennes à très longue distance, notamment sur les infrastructures pétrolières. Il a reconnu qu’elles sont à l’origine de la pénurie de carburant enRussie et souligné la nécessité d’amélio­ rer la défense antiaérienne. Il a répété son opposition à toutenégociationpour arrêter laguerre enUkraine, qui priverait la Russie de sa victoire. (1) Analysons son discours, les réactions qu’il a suscitées et les implica­ tions qu’il aura pour l’Europe. La philosophie politique de Poutine Poutineaconsidéréle22aoûtquelavictoireinévitable de«Russieunie»constitueralapreuvequelepeuple russe soutient une guerre prolongée en Ukraine et que la position proguerre de ce parti, je dirais belli­ ciste, est l’élément central de l’idéologie informelle de l’État russe. Poutine a déclaré (2) que « Russie unie » a le devoir de « tout faire pour obtenir la victoire » en Ukraine. Il poursuit ses efforts pour faire de « Russie unie » le seul parti qui compte et pour lui confier la missiond’atteindresespropresobjectifsidéologiques, lefaisantévoluerverslapositionqueleParticommu­ niste occupait en Union soviétique. L’élimination du processus électoral du seul parti nominalement anti­ guerre, «Yabloko », faisait partie de cet effort. Charger « Russie unie » de tout faire pour gagner la guerre en Ukraine renforce également les efforts à long terme de Poutine pour unir la société russe autour d’une idéologie d’État hypernationaliste et belliciste. Cela lui permet de contourner les contraintes constitutionnelles relatives à l’adoption formelle d’une idéologie d’État russe. Faire de la victoire contre l’Ukraine le centre du pro­ gramme de « Russie unie » crée les conditions pour que Poutine puisse exiger de nouveaux sacrifices significatifs pour l’effort de guerre russe : il pourrait revendiquer unmandat électoral « populaire » pour ce faire. Ces sacrifices incluront probablement une forme de rappel obligatoire des troupes de réserve, l’exigence que les Russes continuent d’accepter les effetsdes frappes à longueportéeukrainiennes et les pertes massives sur le front pour des gains territo­ riauxminimes. L’insistance de Poutine à faire de « Russie unie»,lepartidominantenRussie,unparti belliciste, met en lumière le fait qu’il ne cherche pas une portede sortie enUkraine et qu’il est très peu enclin à faire des com­ promis pour la paix, à moins d’y être contraint.Seseffortspouramalgamerlapoli­ tique et la société russes autour d’un ultrana­ tionalisme agressif et du revanchisme aurontprobablementdesconséquences même après sondépart dupouvoir. Poutine a présenté la campagne russe de frappes contre l’Ukraine comme une victoire pour le public russe afin de compenser le manque de succès tactique de la Russie sur le champ de bataille. Il prétend que la Russie est capable de frapper en réponse aux frappes ukrainiennes. Il a affirmé dans un interview du 22 août que sa campagne de frappes contre l’Ukraine perturbe la base industrielle de défense de cellecietsoutientlesforcesdepremièrelignerusses. (3) Poutine a prétendu que sa campagne de frappes est une réponse aux frappes à longue portée que l’Ukraineaintensifiéesdepuismars2026,alorsquela Russiebombardelescivilsetlesinfrastructuresciviles d’Ukraine depuis février 2022. Il a souligné les effets de la campagne de frappes contre l’Ukraine, pour compenser l’absence de succès tactiques significatifs pour la Russie et tenter de masquer les problèmes socioéconomiques croissants enRussie. Poutine continue de préparer la société russe à une guerre prolongée en Ukraine malgré des avancées minimesetlentessurlechampdebatailleetdespertes de personnel croissantes. Il prétend que les forces russescontinuentd’avancerdanstouteslesdirections depuis la ligne de front, et à un rythme accéléré. (4) En réalité, les forces russes n’ont guère avancé en août 2026, selon les observationsde l’Institute for the Study ofWar deWashington. Les rapports de l’état­ major général ukrainien sur Facebook sur les pertes russes indiquent que les forces russes ont subi envi­ ron 29.120 pertes entre le 31 juillet et le 22 août 2022 –soitenmoyennede1.074pertesparkilomètrecarré de territoire conquis. Poutine a reconnu les effets des frappes à longue portée ukrainiennes sur l’infrastructure énergétique russe et a souligné la nécessité d’améliorer ses sys­ tèmesdedéfenseaérienne. Il adéclarédansun inter­ view, le 22 août, que les frappes à longue portée ukrainiennes causent des pertes humaines et des « dommages économiques ». (5) Leprésidentdel’Unionrussedesindustrielsetentre­ preneurs Alexander Chokhine a déclaré le 20 août quelesfrappesdedronesukrainiensavaientréduitla capacité de raffinage pétrolier russe de 25 à 30 % et dégradé la production d’engrais et de produits chi­ miques. (6) M. Chokhine a noté que les frappes ukrai­ niennes contre les infrastructures logistiques, telles que lesWildberries, affectent à la fois lemarché inté­ rieurrusseetl’exportation.Lacampagnedefrappesà longueportéedel’Ukraineaconsidérablementréduit les exportations maritimes russes de pétrole et de céréales ainsi que la capacité de raffinage pétrolier. Elle a causé des pénuries de carburant et dégradé la production russe demicroélectronique. Poutine a reconnu la nécessité d’améliorer le système de défense aérienne russe et d’étendre ses capacités grâce à la coordination entre entreprises publiques et privées – admettant l’échec de la Russie à protéger son vaste territoire contre les frappes à longue portée ukrainiennes. Poutine tente de mettre en avant sa conscience des problèmes intérieurs actuels tout en assurant aupublic russe que la campagnede frappes de40 joursdel’Ukrainevisantàlapousserànégocier n’a pas permis d’atteindre le résultat escompté. (7) Poutine est probablement prêt à accepter des diffi­ cultés économiques croissantespour la société russe, y compris pour les populations urbaines qu’il cher­ chait auparavant à protéger, à Moscou et à Saint­ Pétersbourg,toutenmaintenantinchangéesathéorie de la victoire, fondée sur le postulat que la Russie peut gagner une guerre d’usure et survivre à la fois à la capacité de défense de l’Ukraine et au soutien occidental à l’Ukraine. Poutinearéitérésonrefusdes’engagerdansdesnégo­ ciations de paix significatives pour mettre fin à la guerre en Ukraine. Il a déclaré que les propositions depaixde l’Ukraine et de l’Europe sont « exotiques » et « inacceptables » pour la Russie. Il a noté que la Russie ne participera qu’à des négociations qui reflè­ tentles«réalitéssurleterrain». (8) Poutinesemblecroire que sa campagne de frappes par missiles poussera l’Ukraine à se rendre aux exigences maximalistes russes dans un contexte mondial de pénurie d’inter­ cepteurs Patriot. Le rejet persistant par le Kremlin de toute proposition de paix significative démontre le refus de la Russie de négocier et vise à unir le public russe autour d’une plateforme proguerre avant les élections de laDouma d’État de septembre. La réaction ukrainienne Le président Zelensky a pour sa part réitéré à plu­ sieurs reprises son engagement envers des négocia­ tions de paix et sa volonté de faire des compromis significatifs qui soient réellement en accord avec les réalités du champ de bataille, tout en excluant la capitulation de l’Ukraine. La réaction de l’UE La présidente de la Commission européenne a fait savoir sur X, dès le 24 août, que celleci a affecté 6,1 milliards € pour les systèmes de défense aérienne et antimissile, les missiles, les munitions et les radars dont l’Ukraine a un besoin urgent. Cela s’ajoute aux 16milliards € d’achats précédemment approuvés et dont 8,35milliards € ont été versés. (9) La réactionduRoyaumeUni, et la réplique russe Le nouveau Premier ministre britannique, M. Burnham a effectué le 24 août, à Kiev, sa première visiteàl’étrangerdepuissonentréeenfonction.Ils’est entretenuavec leprésidentZelenskyet il acoprésidé une réunion de la “coalition des volontaires”, ces 35 États et organisations qui se déclarent, depuis 2025, prêts à envoyer des troupes pour donner à l’Ukraine, aprèsuncessezlefeu,desgarantiesdesécurité.Cette coalition, coprésidée par le RoyaumeUni, la France et l’Allemagne, renforce le soutien financier à l’Ukraine en lui allouant 70 milliards € en 2026 et en 2027. Elle intensifie la coopération dans le domaine de l’industrie de défense, en particulier pour la pro­ tection contre lesmissiles balistiques. Considérant que “La sécurité de l’Ukraine est notre sécurité”,M. Burnhama exprimé sa volonté de ren­ forcerlaproductionukrainiennedemissilesàlongue portée. Pour ce faire, il a autorisé le fabricant demis­ silesMBDAàdivulguer des informations classifiées surlescomposantsdefabricationbritanniqueutilisés pour la production du missile de croisière franco­ britannique à longue portée, appelé SCALPEG en France et Storm Shadow au RoyaumeUni. Cela permettra à la France et à l’Ukraine de mettre en place des chaînes d’assemblage locales pour cemis­ sile. (10) Selon l’agence de presse russe TASS, le porte­ parole duKremlin,M. Peskov, a répliqué sans délai que ce faisant, « La GrandeBretagne participe à la guerre contre la Russie, alimente méthodiquement et régulièrement le conflit ukrainien et fomente des complots contre le processus de paix » . (11) La réaction américaine La visite des envoyés américains Jared Kushner et Steve Witkoff à Moscou, le 5 septembre, et à Kiev, le 6 septembre, ne semble pas avoir mené à une percée. M. Trump a donc eu le 8 septembre une conversation avec Poutine, au sujet de laquelle il s’est exprimé pour la première fois le 10 septembre. Pour Trump, « Poutine veut conclure un accord, et si Zelensky veut aussi un accord, ce serait très agréable. » Trump estime que l’origine du conflit, c’est une querelle personnelle entre Poutine et Zelensky, mais qu’ils en ont assez de se battre. (12) Ce n’est donc pas sur lui qu’il faut compter pour mettre fin à ce conflit. Le seule évolution favorable est que Trump semble avoir renoncé à son plan en 20 points, qui reprenait les exigences formulées par Poutine àAnchorage en 2025. L’avenir du conflit Il me semble très improbable que la Russie et l’Ukraine se mettent d’accord sur autre chose qu’une trêve très temporaire, des échanges de pri­ sonniers ou de cadavres. Leurs positions divergent beaucoup trop pour qu’il y ait un terrain d’entente. L’automne 2026, l’hiver et le printemps 2027 seront donc rudes pour les deux camps, et le monde en subira les conséquences économiques, les Européens n’y échapperont pas. Considérations finales Faute de s’être dotée d’une organisation politique fédérale et légitime, capablededéfinir unepolitique européenne de sécurité, comme préalable à une armée européenne, et d’avoir développé suffisam­ ment la production de systèmes d’armes, et plus généralement de biens publics supranationaux, comme la sécurité, ladéfense ou le contrôledes flux migratoires, l’Europe subit les conséquences de ce conflit, mais aussi de ceux qui ensanglantent le ProcheOrient, ou qui couvent autour de la Chine, sanspouvoir faireguèreplus que cequi a été évoqué ciavant. C’est mieux que rien, mais cela reste assez dérisoire si l’on songe que le PIB européen 2025 est estimé par Eurostat à 18.800milliards €. La faute enest auxpartis aupouvoirdepuis 1950, qui ont manqué de la volonté politique nécessaire pour doter l’Europe d’un État fédéral. De plus en plus d’électeurs en ont assez. Ils semblent de plus en plus prêts à se tourner vers des solutions alternatives… 1) Voir sn, “Assessment,August 22, 2026” in Institute for the Study of War, https://urls.fr/GMgtZL ,22/8/2026. 2 )Voirhttp://kremlin.ru/events/president/news/80570. 3 )Voirhttp://kremlin.ru/events/president/news/80572. 4 )Voirhttp://kremlin.ru/events/president/news/80572. 5 )Voirhttp://kremlin.ru/events/president/news/80572. 6 )Voirhttps://urls.fr/wGnDI. 7 )Voirhttp://kremlin.ru/events/president/news/80572. 8 )Voirhttp://kremlin.ru/events/president/news/80572. 9)Reuters,«EUkeurtsteunpakketvan6,1miljardeuroaanOekraïne goed»in DeStandaard, https://urls.fr/HoMwiF ,24aug.2026. 10) Andrew MacAskill, Jean Terzian, Reuters, « Burnham se rend enUkraine,veutaiderKyivàproduiredesmissileslongueportée» in Boursorama ,https://urls.fr/KzidTB ,24août2026. 11) sn, « Le Kremlin accuse le RoyaumeUni d’empêcher toute avancée vers la paix en aidant l’Ukraine » in Le Monde, https://urls.fr/KFFZlh, 24 août 2026. 12)Reuters,TrumpnagesprekmetPoetin:“Ruslandwildealslui­ ten” (Trump après une conversation avec Poutine : « La Russie veut conclure un accord) in De Standaard , Live Oekraïne, https://urls.fr/b9gFwF, 10 septembre 2026. OPINION Le programme de Poutine pour sa réélection : la guerre jusqu’à la victoire ! L a Commission de Surveil­ lance du Secteur Finan­ cier (CSSF) a publié, dans son rapport annuel paru le 4 septembre, les chiffres de son activité de règlement extrajudi­ ciaire des litiges en 2025. Le ré­ gulateur luxembourgeois a enregistré 3.186 nouveaux dos­ siers de réclamation, contre 1.850 en 2024, soit une progres­ sion de 72,2 %. Cette forte hausse ne signifie toutefois pas que les établissements financiers sont devenus proportionnellement plus nombreux à être mis en cause. Le dispositif de laCSSF concerne l’en­ sembledes entités placées sous sa sur­ veillance et peut également êtreutilisé par des personnes morales. Les paiements au cœur des plaintes La grandemajorité des réclamations concerne les opérations de paiement, avec 70 % des dossiers traités en 2025. Les comptes de paiement arri­ vent ensuite avec 15 %, devant les cartes de paiement et la banque pri­ vée, à 5 % chacune. Les crédits hypothécaires comptent pour 2 %, tandis que les crédits à la consommation ainsi que les comptes d’épargne et à terme représentent cha­ cun1%.Larépartitionestrestéegloba­ lement similaire à celle de 2024. Le rapport souligne par ailleurs l’im­ portance des affaires liées aux fraudes, notamment le phishing, l’ingénierie socialeet les fraudes à l’investissement. Cesaffairesconcernentprincipalement les services de paiement, les comptes de paiement et les cartes. La CSSF constate une évolution des techniques utilisées. Les dispositifs sont devenus plus élaborés et sont mis en œuvre par des réseaux crimi­ nels de plus en plus organisés et pro­ fessionnalisés. Les méthodes utilisées rendent éga­ lement les tentatives de fraude plus difficiles à détecter par les victimes, alors que lesmontants en jeupeuvent être importants. Sur les dossiers clô­ turés en 2025, 2.419 avaient été reçus au cours de l’année ou antérieure­ ment. Une solution amiable a été trouvée dans 151 affaires à la suite de l’intervention de la CSSF. Dans 78 autres dossiers, le régulateur n’a pas identifié de comportement fautif. Dans 1.730 dossiers, le réclamant n’a pasdonnésuiteaprèsavoirétéinformé de la procédure à respecter. La CSSF ne peut déterminer si ces personnes ont trouvéunaccorddirectement avec leur établissement ou ont abandonné leur démarche. Cette situation limite donc la portée des statistiques sur les litiges effectivement résolus. La CSSF a également identifié 355 demandes irrecevables. Dans 59 % des cas, la réclamation concernait une entité ne relevant pas de sa surveil­ lance. Le défaut de qualité pour agir représentait 17 % des cas et les plaintes portant sur un produit ou service non financier 15 %. Lorsqu’un dossier est instruit sur le fond, sa durée moyenne de traite­ ment s’est établie à 85 jours en 2025. LeLuxembourg représentait 12%des dossiers, contre 25 % en 2024. Le rapport montre ainsi une forte hausse des réclamations, principale­ ment liées aux services de paiement et aux fraudes, avec des techniques de plus en plus sophistiquées. Il sou­ ligne aussi qu’une part importante des dossiers n’aboutit pas à une ins­ truction complète. Source :CSSF,Rapportd’activités2025 Les réclamations s’envolent auprès de la CSSF ©CSSF

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