Agefi Luxembourg - avril 2026
AGEFI Luxembourg 12 Avril 2026 Économie & Tax L e 12mars dernier, EFPA LuxembourgAsbl organisait son grand rendez-vous an- nuel à laChambre deCommerce de Luxembourg, réunissant plus de 200 professionnels et praticiens de la finance autour d’une journée entièrement dédiée à la Finance Durable. Obligations vertes, éco- nomie bleue, marchés carbone, ETF actifs, évolutions réglemen- taires SFDR, recyclage investissa- ble : autant de sujets traités avec rigueur et profondeur, dans un contexte géopolitique et réglemen- taire enpleinemutation. Entourésd’expertsdepremierplanvenus de toute l’Europe pour explorer, sous toutessesfacettes,latransformationquela financedurable est en traind’opérer dans notre industrie, PatrickLevaldaur etmoi - mêmeavonsprofitéd’annoncerofficielle- mentlelancementduLI4FE,Luxembourg Institute for Financial Education, une pla- teforme de formation regroupant les par- cours de certification EFPA reconnus par la CSSF, les modules de finance durable, ainsiquedesformationssurmesure.C’est une étape fondatrice pour notre Associa- tion, dans la droite ligne de nos valeurs : FinancialLiteracy,ThoughtLeadership,et Engagement à but non-lucratif. KEY NOTE - Claude Marx (CSSF) : entreRéglementation et Réalisme Comme à son habitude, Claude Marx, Directeur Général de la CSSF a planté le décor et donner le ton. Dans un contexte géopolitique troublé et incertain, la régle- mentationfinancièrenepeut plus seper- mettre d’avancer de manière isolée. Face aux doutes qui s’installent sur certains marchésetauxprioritésconcurrentesdes gouvernements, la finance durable doit s’ancrer surdes bases solides, crédibles et vérifiables.ClaudeMarxarappelélesexi- gences croissantes en matière de trans- parence ESG, et insisté sur l’importance d’une bonne formation des profession- nelspour accompagner la transitionavec efficacité et intégrité. De plus, comme chaque année, Claude auramis en avant les priorités de l’année en termes de supervision, dans le secteur bancaire comme dans l’asset management. Le sujet de la résilience digitale est le point que j’ai trouvé particulièrement relevant. Panel 1 – Les Green Bonds à un carrefour : Impact, Régulation et Confiance des Investisseurs Lesobligationsvertessont-ellesàlacroisée deschemins?C’estentoutcascequesug- gèrent les débats actuels autour de la cré- dibilité et de leur impact réel. Marie- Adélaïde Bullukian a rappelé que la BoursedeLuxembourg,viasaplateforme LGX, accueille aujourd’hui plus de 2'400 obligationsdurablesreprésentantdescen- taines d’émetteurs à l’échelle mondiale. Depuis2016,cetteplateformeestdevenue un standard de référence pour les émis- sions ESG. Kerstin Schneider, de DWS, a souligné l’évolution majeure des stan- dards depuis les premiers Green Bond Principlesdel’ICMAen2014jusqu’àl’ap- parition récente des Climate Transition Bonds en 2025. Cette progression illustre une maturation du marché, mais aussi une complexification croissante pour les investisseurs. La confiance, ont conclu les intervenantes, reste le carburant essentiel de ce marché : sans vérification indépen- danterigoureuse,sansreportingd’impact transparent, sans standards harmonisés, la crédibilité des obligations vertes demeure fragile. Excellent panel d’ouver- ture toujours bien modéré par Georgia Pont deMonaco /Andorre. Fireside Chat 1 – L’ESG en pratique : entre conviction et réalité du terrain David Schrieberg et Giulia Bruni Roccia ontoffertunregardconcretetsansdétour sur l’intégration ESGdans les institutions financières. Loin de la théorie, Giulia, Head of Corporate Sustainability chez Quintet,apartagélesdéfisquotidiensque représentelatraductiondesengagements dedurabilité enactions tangibles : collecte de données, formation des équipes dia- logue avec les clients, adaptation des offres.L’échangeamisenlumièreunpara- doxe récurrent : les convictions ESG sont fortes en interne,mais leurmiseenœuvre se heurte souvent à des contraintes orga- nisationnelles, réglementaires ou simple- ment humaines. Un témoignage lucide, apprécié pour son authenticité. Panel 2 – Financer l’économie bleue durable : océans, communautés et capital Forêts, terres, biodiversité : ces sujets ont trouvé leur pendant aquatique dans ce panel innovant et remarquable dédié à l’économie bleue. Hakan Lucius, Head Sustainabilityà laBEI, adresséun tableau saisissant des enjeux. Lesocéans couvrent 70%denotreplanète,régulentleclimatet nourrissentdesmilliardsd’êtreshumains, mais restent chroniquement sous-finan- cés. La BEI tente de combler ces lacunes enfinançantdesinfrastructuresportuaires durables, des systèmes de traitement des eauxcôtièresetenmobilisantdescapitaux privésviadesmécanismesdepartagedes risques avec des donateurs publics. DorothéeHerr,fortedesonexpérienceen financement de la biodiversité marine, a mis en lumière le rôle crucial des Aires Marines Protégées et des instruments innovants comme les obligations bleues oulesswapsdette-nature.Elleainsistésur lanécessitédefaireconvergerfinancement aquatique, financement de la biodiversité etéconomiebleuepouréviterlafragmen- tationdes efforts. MichaelWhite, quant à lui, a partagé l’ex- périencepionnièreduPlanetOceanFund I, premier fonds de fonds dédié à l’écono- mie des océans, lancé depuis le Luxembourg. Ce véhicule luxembour- geois investit en capital-risque dans des start-ups couvrant la nutritionmarine, les matériauxbiosourcés,leschaînesd’appro- visionnement durables et les solutions de donnéesocéaniques.Ladiversificationdes instruments, equity, dette, obligations durables, et la combinaison de finance- ment public et privé (blended finance) sont apparues comme les leviers incon- tournablespouraccélérerlatransitionvers une économie bleue résiliente. Ce fut un panelassezpassionnant,modéréavecpro- fessionnalisme par Nathalie Roth, mem- bre de notre SQCde EFPALuxembourg. Panel 3 –Active PAB ETFs : les EFT actifs réinventent-ils la finance durable ? Ce panel a abordé une tendance de fond qui remodèle l’industrie de la gestion d’actifs : l’essor des ETF actifs alignés sur les benchmarks de Paris. LorenzoAvico, Deputy CEO de LSFI, a posé la question centrale : ces instruments peuvent-ils réconcilier performance financière et ambitions climatiques ? Solène Garnavault de Fidelity Internatio- nal et Sasha Epp de Raiffeisen ont répon- duparl’affirmative,maisavecnuance.Les EFF PAB actifs combinent la discipline d’un indice de référence aligné sur les objectifsdel’AccorddeParisavecuneges- tion fondamentale capable de générer de l’alpha. Cette approche répond à une demande croissante des investisseurs qui nesouhaitentpluschoisirentrerendement et durabilité. La transparence du cadre PAB, avec ses règles d’exclusion secto- rielles et ses trajectoires de réduction d’émissions contraignantes, offre une lisi- bilité que les investisseurs institutionnels apprécient de plus en plus. Le message était clair : l’EFF actif n’est plus un contraste, c’est une réponse pragmatique àdesexigencesdeplusenpluscomplexes. Panel 4 – Finance Carbone et Nature comme classe d’actifs : un paradigme en construction Ce panel était un des plus attendus de la journée. Et pour cause. La question posée en introduction est fondamentale, « Et si la nature devenait une classe d’actif à part entière ? ». Pour longtemps réduite à un simple décor de la vie économique, la nature, forêts, sols, océans, biodiversité, commence à être reconnue comme un capital qu’il faut préserver et financer. Nathalie Roth a rappelé que les marchés carbone jouent un rôle d’accélérateur : ils créent des flux de revenus continus pour larestaurationforestière,l’agroforesterieet les activités de résilience, bien avant que les premières récoltes ne génèrent des recettes.Maislesdéfisrestentnombreux: lescoûtsdetransactionélevésexigentune taille critique, la crainte de fuites carbone nécessite des outils de mitigation du risque (pools de réserve, imbrication juri- dictionnelle, assurance), et le marché volontaire reste dominé par quelques grands acteurs guidés par des logiques RSE plutôt que par une véritable demande d’investissement. Kaspar Wansleben de Camco, gestion- naire de fonds spécialisé dans le climat et l’impactenmarchésémergents,aprésenté leForestryandClimageChangeFund,qui vise à rendre la gestion durable des forêts économiquementviablepourlescommu- nautés locales d’Amérique centrale et des Caraïbes.Ilainsistésurundéfisystémique majeur : convertir des projets carbone de mauvaisequalitéenprojetsàhautevaleur, en intégrant des dimensions sociales et communautaires solides ainsi que des donnéesdebiodiversitévérifiables.Laten- dancedesacheteursàprivilégierlescrédits d’élimination (removals) plutôt que ceux d’évitementd’émissionscompliqueencore davantage l’équationpour les projets fon- dés sur la nature. Anna Illarionova de EY Luxembourg a, elle, éclairé le paysage réglementaire : si lemarché européenEUETS reste le plus mature au monde, la convergence pro- gressive des marchés volontaires et de conformité ouvre des perspectives nou- velles. Le Luxembourg a une carte à jouer : en tant quehubde lafinancedura- ble, la Place peut se positionner pour développer des cadres de classification des actifs naturels, des modèles opéra- tionnels de custody et de valorisation, et des critères d’éligibilité pour attirer et structurer les capitaux vers la nature. Ce fut un panel de haute tenue, très pointu, et superbement orchestré par AnnemarieArens, grande amie loyale de nos #EFF et de EFPA. Panel 5 – SFDR 2.0 : vers une révolu- tion de la classification des produits durables La SFDR, pierre angulaire de la transpa- rence ESG en Europe, est en pleine révo- lution. Lepassaged’uncadrededivulga- tion à un système de classification des produits, c’est le grand chantier de SFRD 2.0, adonné lieuàundébat dense et tech- nique. Isabelle Delas de LuxFlag a posé le problème avec clarté : la suppression de la définition de l’investissement dura- bleausensdelaSFDRrisquedecréerune zone de flou préjudiciable à la confiance des investisseurs. LuxFlag, dont la mis- sion est précisément de labeliser et de garantir la transparence, devra s’adapter, maiselleinsistesurlanécessitéd’unetran- sition pédagogique forte, pour que ni les gérants, ni les distributeurs, ni les clients finaux ne se retrouvent désorientés. Du côté juridique, Amélie Woltrager de Arendt & Medernach a alerté sur les pièges à éviter dans la communication marketing : avec un cadre encore en construction, les entreprises doivent dès à présent revoir leur gouvernance ESG interne, leurs processus de vérification et leurs politiques de communication pour anticiper une mise en application atten- due auplus tôt autour de 2028. Joséphine Zilioli deMontpensierArbevel a partagé l’impact concret sur le travail analytique : la simplification des indica- teursetdestemplates,siellefacilitelacom- paraison pour le grand public, risque de réduirelagranularitédel’informationdis- ponible pour les analystes spécialisés. Le défi sera de maintenir la rigueur scienti- fique tout en gagnant en lisibilité pour les investisseurs. Ne pas attendre 2028 pour commencer semble ici être le bon conseil à suivre. Un débat rondement mené par JeanElia de Sogelife. Fireside Chat 2 – Le recyclage est-il investissable ? « Trash toCash », un pari gagnant La journée s’est terminée sur une note à la fois pragmatique et stimulante, avec un fireside chat autour d’une question que beaucoup se posent mais peu osent poser franchement : le recyclage peut-il vraiment devenir une opportunité d’in- vestissement viable ? Kai Curry-Lindahl de Active Niche Funds a répondu sans détour : oui, et c’est même l’une des rares mégaten- dances d’investissement qui échappe aux cycles de sentiment demarché.Avec une production mondiale de déchets estimée à 2 milliards de tonnes par an aujourd’hui, et un doublement attendu d’ici 2050, la crise des déchets constitue paradoxalement un gisement d’oppor- tunités. Sa thèse est limpide : parmi les quatre façons de traiter les déchets (inci- nération, enfouissement, pollution incon- trôlée et recyclage), le recyclage est la seule qui génère de la valeur plutôt que des coûts. Kai se concentre sur les seg- ments à barrières à l’entrée élevées et marges solides : la collecte spécialisée et latransformationfinaleennouveauxpro- duits, souvent protégée par de la pro- priété intellectuelle. Il évite sciemment l’étape intermédiaire du tri, accessible à tropd’acteurs pour êtredifférenciante. Sa philosophie d’investissement repose sur une sélection stricte d’entreprises « pure play », dont la performance boursière est directement corrélée à l’activité de recy- clage,sansdilutionthématique,etsurune analyse fondamentale rigoureuse, indé- pendante des subventions publiques. Sous le leadershipde LeïlaKamara, nous aurons ainsi découvert en clôture le recy- clage comme mégatendance défensive, surunhorizonde10à20ans,etcettepro- position aura manifestement retenu l’at- tention de la salle. Une belle journée passionnante, qui aura également vu se dérouler notre Charity Challenge, si proche de notre ADN, avec deux Associations qui au- ront retenu l’attentiondupublic : la Fon- dationKriibskrankKanner bien connue de tous à Luxem-bourg et Kilogram.lu qui est une épicerie Bio Zéro Déchet avec livraison rapide. Uniquedans songenre, notre conférence a une fois de plusmis en évidence que la financedurablen’estplusdutoutunsujet de niche réservé aux convaincus que nous sommes. Elle est aucœurdes trans- formations systémiques que traversent nos économies, climatiques, technolo- giques, réglementaires et sociales. En fin de journée, à chaque fois lamêmepensée : comme passer de la réflexion à l’exécu- tion. Nous restons toujours persuadés que la formation des professionnels, sui- vie par la formation des clients reste une piècemaîtressedecetédificeenconstruc- tion. Et c’est sur ce terrain que EFPA LuxembourgAsbl comptebien jouer son rôleavec ses formations certifiantes. Ren- dez-vousestd’oresetdéjàprispournotre EFPAFINANCEFORUMdu24septem- bre2026à laChambredeCommerce, qui sera dédié auWealthManagement et au Wealth Planning. RogerH.HARTMANN ChairmanetCo-FounderEFPALuxembourgAsbl EFPA FINANCE FORUM 2026 La finance durable face aux défis de demain ©EFPA E n date du 10 avril 2026, l'agence de notation Scope Ratings a confirmé la nota- tion "AAA" du Luxembourg assortie d'une perspective stable. Scope Ratings souligne la résilience d'une économie luxembourgeoise pros- père, compétitive et à haute valeur ajou- tée, portée par une forte productivité et des secteurs dynamiques tels que les services financiers et les technologies de l'information. Après une croissance modérée en 2025, lesperspectives à court termedemeurent entouréesd'incertitudes liées à l'environ- nementinternational,notammentàl'évo- lutiondes prixde l'énergie et au contexte géopolitique auMoyen-Orient. L'agence observe néanmoins que l'économie luxembourgeoisedevrait fairepreuvede résiliencecomparative,grâcenotamment à sa faible intensité énergétique. Malgré despressions sur lesdépenses, liées à l'ef- fort de défense et aux investissements publics, ainsi qu'un risque d'inflation énergétique pouvant renforcer les hausses de salaires et de transferts sociaux, l'agencemet également enavant la solidité des finances publiques. Source : ministère des Finances Scope Ratings confirme le "AAA" du Luxembourg ©PhilippeSchroeder
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