Mensuel : Edition de décembre 2010
Rubrique : Consultance
Titre : Soutenir et sécuriser les entrepreneurs
Article : Pour le second évènement organisé par l’association Savoirs Partagés Luxembourg, dans le cadre du cycle de conférence annuel relatif à la banque de privée, le club a réuni un panel de spécialistes pour discuter comment les banquiers privés luxembourgeois peuvent être amenés à supporter et sécuriser les entrepreneurs internationaux. Ainsi, une centaine de personnes se sont retrouvées autour de Jean-Claude Bintz, fondateur de Tango et Vox Mobile et CEO de Lakehouse, Serge Krancenblum, CEO de SGG, Dirk Adriaenssens, General Manager Private Banking & Retail Banking auprès d’ING Luxembourg et Olivier Wibratte, Senior Manager chez PricewaterhouseCoopers.

L’esprit d’entreprise facteur de prospérité

"L’entrepreneur est un homme dont les horizons économiques sont vastes et dont l’énergie est suffisante pour bousculer la propension à la routine et réaliser des innovations(1)". Il est au cœur de l’attention des responsables politiques et financiers du continent. En effet celui-ci est tant à l’origine de la création d’emplois, facteurs de richesse sociale, que de croissance économique. Dans un cadre de plus en plus réglementé, les entrepreneurs devront, dans les années à venir, faire face à des enjeux importants.

Le défi de l’Europe et indirectement de Luxembourg, en tant que plaque tournante déjà actuellement fortement appréciée par des entrepreneurs à intérêts transfrontaliers, est de trouver des solutions pour maintenir leur dynamisme et prévenir leur délocalisation au-delà des frontières européennes. Internationalisation, transmission, solutions de financement et préservation du patrimoine sont autant de questions que se posent les entrepreneurs d’aujourd’hui.

Un lien naturel entre l'esprit d'entreprise et de banque privée

La genèse:

Jean-Claude BINTZ, en tant que serial entrepreneur, témoigne des difficultés rencontrées il y a 20 ans lors de la création de Tango puis de Vox Mobile. Selon lui, "A cette période il fallait trouver des fonds mais un entrepreneur ne trouve pas facilement le financement dont il a besoin. Comment payer les salaires? Retourner voir les mêmes banques est difficile, en trouver d’autres est impossible… Elles ont toutes refusé". Toutefois, selon Serge Krancenblum, "il est réellement difficile de croire en une entreprise que l’on ne connait pas, c’est très risqué voir trop risqué pour une Banque de suivre un entrepreneur. En effet un entrepreneur est une personne capable de prendre une décision sur une base imparfaite. Si la base n’est pas imparfaite ce n’est pas un entrepreneur".

De cette absence de connaissance naît un risque difficile à cerner et quantifier. Afin d’appuyer les start-upers il est préférable de voir se développer des initiatives de capital risque dont l’objet est par définition d’investir dans des projets en amorçage. C’est d’ailleurs à cette question que Jean-Claude Bintz a souhaité apporter une réponse en constituant une structure - Sting: Strategic Investments in Growth - dédiée aux entrepreneurs désireux de développer leurs visions.

Le développement

A ce jour, 72% des individus disposant de plus de 10 millions de dollars d’actifs sont des entrepreneurs et l’entrepreneuriat est la principale source de création de richesse au niveau mondial. Dans un cadre domestique, 37% des clients banque privée de la place disposant d’avoirs financiers supérieurs à EUR 1,000,000 sont des entrepreneurs actifs. Les deux principaux enjeux pour les entrepreneurs sont le développement international et la planification de transfert d’entreprises.

Selon une étude de la Commission européenne, les PME opérant à l'échelle internationale sont plus innovantes que les PME nationales. Afin d’accompagner les entrepreneurs dans leur développement international, les banques privées à réseau transfrontalier sont parfaitement en mesure d’agir efficacement pour accompagner avec succès ces projets de croissance. Dirk Adriaenssens précise que les banques privées luxembourgeoises sont dotées des compétences techniques leur permettant d’assurer une qualité de service élevée à des clients – entrepreneurs développant des activités à l’international.

La place de Luxembourg est un lieu de premier choix pour structurer son patrimoine et des activités entrepreneuriales ayant des éléments d’extranéité. En effet, comme le souligne Olivier Wibratte, Luxembourg est un des pays européens ayant signé le plus de conventions fiscales contre la double imposition. Par ailleurs, la "boite à outils luxembourgeoise" est extrêmement bien fournie et comprend une variété de structures internationalement reconnues permettant une structuration optimale pour les entrepreneurs (SOPARFI, SIF, SPF, etc).

Le transfert de sociétés est également un enjeu fondamental du fait du renouvellement générationnel sur le continent. Les babyboomers commencent effectivement à se retirer de la vie active et ceci est une opportunité pour le banquier privé de mettre en lumière toute son expertise. Il est à noter qu’approximativement un tiers des chefs d'entreprise de l'UE, ce qui représente 690.000 entreprises et 2,8 millions d'emplois chaque année, prendra sa retraite dans les prochaines années. Il apparait que 25% des dirigeants d’entreprises familiales envisagent de céder leur entreprise au cours des 5 prochaines années, toutefois 52% d'entre eux n'ont pas encore choisi leur successeur. Selon les auteurs de l’ouvrage Bijoux de Famille, un guide pour dirigeants d’entreprises familiales dont la publication a été dirigée par l'ICHEC, l'une des erreurs les plus fréquentes consiste à transférer l'entreprise à un enfant et des biens privés à l'autre. Les auteurs recommandent la préparation des formules souples, qui s'adaptent à la situation familiale et l'environnement économique dans le long terme. C’est bien dans ce type de circonstances que le banquier privé joue un rôle de conseil fort notamment via la prestation de services d’ingénierie patrimoniale.

Le family office est également en mesure d’accompagner ses clients lorsque des questions de ce type se posent. Cette structure peut être définie comme un ensemble de services proposés par les banques privées à leurs clients très fortunés pour leur permettre de conserver, gérer et transmettre le patrimoine financier, professionnel et social d'une famille sur plusieurs générations selon Serge Krancenblum. Toutefois, le terme family office est souvent galvaudé. En effet de nombreuses banques l’exercent toutefois au-delà des aspects financiers et patrimoniaux, les family offices jouent "le rôle du patriarche" et prennent ainsi également en charge les affaires personnelles de leurs clients (personnel travaillant pour la famille, organisation de voyages, études des enfants). Cette profession gagnerait certainement à être réglementée afin de garantir un niveau élevé et pointu de services aux clients et minimiser des risques de réputation pour un secteur en pleine expansion sur la place luxembourgeoise.

Tout indique que le secteur financier Luxembourgeois est équipé pour répondre aux attentes croissantes des entrepreneurs: un secteur public à l’écoute des besoins des acteurs du marché, une forte concentration d’expériences (tant au sein des banques privées, que des family offices, ou des autres partenaires que sont les conseils fiscaux où les avocats), ainsi qu’un cadre juridique et fiscal porteur.

Fiona Maggiorino pour Savoirs Partagés Luxembourg

1) Joseph Alois Schumpeter, Business cycle, 1939

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