Mensuel : Edition de décembre 2010
Rubrique : Consultance
Titre : Affamer les fournisseurs nuit à l’économie !
Article : Altran, leader européen du conseil en innovation et technologies de pointe, vient d’organiser une table ronde stratégique sur les évolutions et tendances les plus récentes en matière de Gestion des Achats. Parmi les orateurs figuraient des experts renommés comme Gerco Rietveld, Strategy Consultant et auteur de l’ouvrage primé “Inkoop, een nieuw paradigma”, Emmanuel Mottrie, Altran Executive Director et Geert van der Schoot, Altran Senior Consultant in Procurement & Logistics.

Voici un résumé de leurs échanges d’idées novatrices et parfois même provocatrices, par lesquels ils fustigent l’actuelle obsession de faire des économies et prônent des partenariats durables et équitables avec les fournisseurs clés d’une organisation.

Tous les participants ont reconnu l’évolution particulièrement rapide de la Gestion des Achats au cours des 15 dernières années. Quant à dire que la fonction a atteint la maturité... il reste encore pas mal de chemin à parcourir ! Aujourd’hui, la Gestion des Achats se trouve confrontée aux conséquences de la dernière crise financière, qui a quasiment propulsé les Achats du "back-office" au Conseil d’Administration, sous la houlette du CPO (Chief Procurement Officer). Sous la double pression du CAD et de la crise, le CPO (tout comme l’acheteur "ordinaire" dans les plus petites entreprises) a pour mission de tirer au maximum sur la corde pour arracher l’ultime eurocentime à chaque fournisseur, sans réfléchir aux retombées négatives d’un tel comportement à long terme. "Sous la devise "j’économise, donc je suis", les responsables des Achats entretiennent des relations franchement agressives avec leurs fournisseurs, affaiblissant ainsi leur propre chaîne d’approvisionnement", explique Gerco Rietveld.

"Si les responsables des Achats continuent de comprimer leurs budgets, la qualité des produits et services livrés finira par chuter", avertit Geert van der Schoot. "L’industrie de l’automobile – où les nombreuses mesures de rappel sont la conséquence directe d’une politique de compression des coûts – en est un bel exemple", poursuit Gerco Rietveld. "En sous-payant ses fournisseurs, on fait fuir les meilleurs", ajoute Emmanuel Mottrie.

"Tout comme il existe des “Preferred Suppliers”, il y a aussi des “Preferred Clients”, des clients pour lesquels le fournisseur est prêt à faire un effort supplémentaire." On ne peut sous-estimer l’impact de telles stratégies, qui laissent finalement les fournisseurs exsangues. Indépendamment des conséquences que cela peut avoir sur l’entreprise elle-même, une telle attitude risque à long terme d’affaiblir l’économie: en effet, les fournisseurs pourront de moins en moins investir dans la recherche et le développement, ce qui pénalisera leur capacité d’innovation et celle de leurs propres fournisseurs, enclenchant ainsi un cercle vicieux.

"Pour sortir de l’impasse, il faut tirer les services des Achats de leur isolement (un isolement qu’ils ont eux-mêmes créé) et leur donner la possibilité d’évoluer pour devenir des acteurs du business à part entière", précise Gerco Rietveld. "Ils ne peuvent donc pas être ‘au service’ du Conseil d’Administration – qui attend d’eux, essentiellement, des réductions de coûts – mais ils doivent engager un dialogue franc et ouvert avec le Business Management, pour privilégier et optimiser la qualité et la valeur ajoutée pour l’entreprise et aider celle-ci à atteindre ses objectifs", complète Geert van der Schoot. Dès que les acheteurs seront prêts à quitter leur “île”, l’étape suivante consistera à intégrer les fournisseurs clés dans la stratégie globale.

"Je parle ici de partenariats durables entre des acteurs mis sur pied d’égalité", avertit Gerco Rietveld. "C’est d’ailleurs dans le secteur informatique – où cette dépendance mutuelle est importante – que l’on trouve les plus beaux exemples d’une saine gestion des achats. Une deuxième condition à remplir pour développer cette nouvelle relation durable consiste à fixer un but commun. La loyauté joue un rôle crucial à cet égard: en cas de problème, le service des Achats doit d’abord essayer de négocier avec son fournisseur préférentiel plutôt qu’en rechercher directement un autre." "Même si la Gestion des Achats est encore largement perfectible, la bonne nouvelle est qu’un nombre croissant d’entreprises perçoivent la nécessité d’intégrer les Achats au business ; les entreprises pharmaceutiques jouent un rôle de pionnier dans ce domaine", signale Emmanuel Mottrie. "La Belgique est déjà plus loin que son voisin du nord, car en raison du caractère plus industriel de son économie, la relation entre les achats et les conséquences sur les opérations est plus claire que dans une économie de services, comme celle des Pays-Bas", ajoute Gerco Rietveld. "Qui plus est, il y a quelques années à peine, il n’y avait pas de formation spécifique aux Achats en Belgique, et c’est en même temps que l’éducation que fut injecté le réflexe de l’économie", souligne Emmanuel Mottrie.

"Un audit externe peut être une bonne solution pour les organisations qui envisagent de renouveler fondamentalement leur approche des Achats, mais qui ne possèdent pas, en interne, les connaissances nécessaires pour analyser exactement comment et quand changer", conclut Geert van der Schoot. "Certaines sociétés choisissent même de confier l’entièreté de la responsabilité des achats à des consultants expérimentés."

Altran, leader européen du conseil en innovation et en hautes technologies, intervient dans trois métiers complémentaires: le conseil en technologies et innovation (près de la moitié du chiffre d’affaires), le conseil en organisation et systèmes d’information (un tiers du chiffre d’affaires), et le conseil en stratégie et management. La mission du groupe international Altran est de donner vie aux idées et aux projets de ses clients et d’accélérer leur performance par la technologie et l’innovation. www.altran.be

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