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| Mensuel : | Edition de décembre 2010 |
| Rubrique : | Consultance |
| Titre : | L'audit détecte une fraude sur cinq |
| Article : | Bien que la tâche première des auditeurs internes et externes ne soit pas la lutte contre la fraude, la lecture du "Report to the Nations on Occupational Fraud and Abuse" de l’Association of Certified Fraud Examiners, nous apprend que dans le cadre de leurs missions, ceux-ci détectent néanmoins près d’un cinquième des fraudes.
Analyse des résultats les plus intéressants L’auditeur: un expert de la fraude qui s’ignore Si ni les normes de The Institute of Internal Auditors (IIA), ni les normes de The International Federation of Accountants (IFAC), n’envisagent que leurs membres puissent, a priori, être considérés comme des personnes dont la responsabilité première est la détection et l'investigation des fraudes ; les résultats du "Report to the Nations on Occupational Fraud and Abuse" de l’Association of Certified Fraud Examiners (ACFE), nous révèlent que dans près de 20% des fraudes commises dans le cadre professionnel, la détection est effectuée par des auditeurs. Bien que les auditeurs internes se taillent la part du lion avec 13,9% des détections - en troisième position derrière les "tuyaux" (40,2%) et les revues du Management (15,4%) - les auditeurs externes apportent également leur pierre à l’édifice avec 4,6% de fraudes identifiées. Ensemble, auditeurs internes et externes totalisent donc près d’un cinquième des fraudes mises au jour. Ce résultat a-t-il de quoi surprendre? Pas vraiment. En effet, de par la connaissance du processus de contrôle interne que nécessite la réalisation de leurs travaux, il est évident que les auditeurs occupent une place de choix en matière de compréhension des faiblesses auxquelles une organisation fait face. Personnage caméléon auquel on demande une grande capacité d’adaptation aux situations, activités et personnes, l’auditeur interne tire sa force d’une vision globale et approfondie de l’organisation. Fort de son droit de contrôle sans restriction et d’un éventail de missions des plus larges, il se construit au fil du temps une vue très claire, précise et détaillée de l’organisation, de son fonctionnement, et de ses dysfonctionnements. Par définition plus attaché à l’analyse des états financiers, l’auditeur externe s’attarde en principe moins sur les divers processus qui pourraient générer de la fraude et cela, même si une partie de son travail est néanmoins consacrée à l’analyse de cette éventualité. Des auditeurs internes majoritaires La méthodologie mise en œuvre par l’ACFE dans le cadre de son étude internationale est basée sur un questionnaire envoyé fin 2009 à plus de 22.000 Certified Fraud Examniers (CFE). Reconnus comme spécialistes de la fraude, les CFE valident leurs connaissances au travers d’examens sur des sujets aussi divers que la prévention de la fraude, sa détection ou sa dissuasion. A la lecture du rapport, on apprend que plus de la moitié des CFE ayant répondu à l’enquête sont, soit des examinateurs en matière de fraude (28%), soit des auditeurs internes (26,8%). On prend ici toute la mesure de la sensibilité particulière de ces derniers à la problématique de la fraude. A l’inverse, on constate que seuls 2,5% des répondants sont des auditeurs externes. Etant donné cette prédominance des internes dans le nombre de répondants, certains résultats sont de facto plutôt connotés "audit interne". A titre d’exemple, si 60,8% des répondants estiment comme "très important" en matière de détection et de limitation des fraudes, d’avoir un département d’audit interne ou d’examen de la fraude, moins d’un tiers des répondants (27,9%) attribuent ce même niveau d’importance à l’audit externe. Si le rôle essentiel des auditeurs est établi, il convient cependant de garder à l’esprit qu’ils ne sont néanmoins pas une protection à toute épreuve. Penser qu’en se déchargeant totalement de ses responsabilités en matière de contrôle sur un auditeur interne et/ou externe, est une erreur qui peut se révéler aussi improductive et dangereuse que l’absence de contrôle elle-même. Contrôle interne: encore et toujours En matière de lutte contre la fraude, le contrôle interne est considéré comme un élément central. Pour une grande partie des personnes ayant répondu à l’ACFE, le manque de contrôles en interne est considéré comme "le" facteur principal favorisant la fraude. Dans les organisations de moins de 100 personnes, 47% des cas de fraude révélés sont justement dus à cette absence de contrôles suffisants en interne. Dans les organisations comptant plus de 100 collaborateurs, ce chiffre tombe à 33,7% alors que parallèlement, le pourcentage du non respect des contrôles internes existants est quasiment double de celui des organisations de moins de 100 personnes. Cette différence s’explique par le fait qu’au plus une organisation est grande, au plus elle met en œuvre des contrôles et donc, au plus les fraudeurs doivent outrepasser ceux-ci. A contrario, dans les organisations plus petites, les contrôles sont souvent moins présents et les fraudeurs doivent logiquement moins les contourner. Un autre élément très intéressant de l’étude est le fait que dans 80,6% des cas, les organisations qui ont été victimes de fraudes ont ensuite mis en place des mesures correctives et notamment, une augmentation de la séparation des tâches (61,2%), une revue du Management (50,6%), ou l’utilisation d’audits surprises (22,55%). La sensibilisation et la formation sont également toujours envisagées comme des mécanismes essentiels en matière de lutte contre la fraude et cela, quelque soit le niveau hiérarchique du collaborateur. Profil du fraudeur Une des parties les plus intéressantes de l’étude de l’ACFE est celle consacrée au profilage du fraudeur. Suivant les résultats, il apparaît que dans environ 40% des cas, les fraudeurs sont des employés (42,1%) ou des Managers (41%). Si le niveau le plus élevé de la hiérarchie ou les actionnaires sont, a priori, relativement peu fraudeurs (16,9%), ce sont par contre eux qui coûtent le plus cher à l’organisation avec des montants de fraude en moyenne neuf fois plus élevés que ceux des employés, et trois fois et demi plus importants que ceux des Managers. Les fraudes perpétrées par le Top Management et les propriétaires de l’organisation sont également les plus difficiles à percer à jour puisqu’elles prennent en moyenne 2 ans pour être découvertes, alors qu’il ne faut "que" 13 mois pour détecter une fraude mise en œuvre par un employé. On constate également que les hommes fraudent deux fois plus que les femmes et cela, pour des montants en moyenne plus de deux fois plus élevés. En Europe, les fraudes commises par des hommes portent sur des sommes 4,25 fois plus élevées que celles commises par des femmes. Aucune autre région au monde ne fait pire. Si la plus grande partie des fraudeurs se trouve dans la tranche 35/45 ans (38,6%), on constate que celle-ci fraude néanmoins pour des montants relativement moins élevés que ses aînés et notamment, que les personnes de plus de 60 ans qui elles fraudent pour des sommes en moyenne près de deux fois et demi plus élevés que les 35/45 ans. L’étude révèle également que ce sont les détenteurs d’un diplôme universitaire (38%) qui fraudent le plus. Finalement, on découvre que six départements totalisent à eux seuls plus de 80% des cas de fraudes détectées, à savoir: la comptabilité (22%), les opérations (18%), la vente (13,5%), la "partie supérieure de l’encadrement" (13,5%), les services à la clientèle (7,2%) et les achats (6,2%) - et cela avec 95% des pertes totales dues à la fraude. Conclusion En guise de conclusion, nous ne pouvons que rappeler l’importance de la mise en œuvre d’un processus de contrôle interne en vue de la gestion cohérente et efficace d’une organisation. Que les auditeurs jouent un rôle important dans l’évaluation de ce processus est évident. L’ACFE le démontre une fois encore au travers de son étude. Mais chacun doit parallèlement être conscient des limites de ces interventions et comprendre que celles-ci ne sont optimales que dans un cadre globale de contrôle adapté. La fraude - mot tabou dans beaucoup d’organisations car il suppose des collègues peu intègres - en est l’exemple parfait. Christophe Cialini Senior Manager audit & compliance Moore Stephens Des réactions à propos de cet article? Vous pouvez contacter directement l’auteur à l’adresse: ccialini@audit-compliance.lu. audit & compliance Moore Stephens (www.msluxembourg.com) est un cabinet de révision agréé spécialisé en matière d’audit et de conseil à destination du secteur financier, et plus particulièrement des sociétés régulées par la Commission de Surveillance du Secteur Financier (Banque, PSF, OPCVM, SICAR, Fonds d’Investissement Spécialisés – FIS, véhicules de titrisation, etc.). audit & compliance est membre indépendant de Moore Stephens International Limited, l’une des plus importantes associations mondiales d’audit et de conseil, comprenant plus de 20.000 collaborateurs répartis en 366 cabinets à travers 98 pays. |
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