Mensuel : Edition de décembre 2010
Rubrique : Finance/Economie
Titre : Un nouvel assouplissement monétaire
Article : Money may no longer be physically printed and distributed in the voluminous quantities of 1923. However, ‘quantitative easing’, that modern euphemism for surreptitious deficit financing in an electronic era, can no less become an assault on monetary discipline. Whatever the reason for a country’s deficit – necessity or profligacy, unwillingness to tax or blindness to expenditure – it is beguiling to suppose that if the day of reckoning is postponed, economic recovery will come in time to prevent higher unemployment or deeper recession. What if it does not? It is alarming that some respected bankers and economists today, in the US as in Britain, are still able to commend ‘the printing press’ (in so many words!) as a fail-safe, a last resort. A country’s budget can indeed be balanced in that way, but at the cost, to whatever degree, of its citizens’ savings and pensions, their confidence and trust, their morals and their morale.” Adam Ferguson (2010)

Comme prévu, la Réserve fédérale a donc décidé d’avoir recours à un nouvel assouplissement monétaire quantitatif. Annoncé le 3 novembre dernier, cet assouplissement prendra la forme d’achat d’environ 75 milliards de dollars par mois d’emprunts d’Etat d’ici à fin juin 2011. A ces nouveaux achats s’ajoutent quelque 30 à 35 milliards de réinvestissements de coupons qui étaient de toute façon prévus. L’objectif de la Réserve fédérale est de créer un effet richesse en gonflant la valeur des actifs financiers et des prix immobiliers, effet richesse qui par la suite stimulerait les dépenses de consommation et d’investissement. Ce faisant, elle perpétue la politique désastreuse commencée sous l’ère Greenspan au milieu des années 90 et qui est en grande partie responsable des problèmes structurels que connaissent à l’heure actuelle les Etats-Unis. En maintenant les taux d’intérêt à des niveaux artificiellement bas, elle a provoqué une mauvaise allocation des ressources qui a encouragé la spéculation au détriment des investissements productifs.

La Réserve fédérale confirme ainsi qu’elle est devenue un danger pour la santé économique à long terme des Etats-Unis. Les décisions de la Réserve fédérale, banque centrale de la principale monnaie de réserve, le dollar, n’impactent cependant malheureusement pas uniquement les Etats-Unis mais elles se répercutent sur l’ensemble de l’économie mondiale. Depuis que la Fed a laissé entrevoir fin août qu’elle allait recourir à ce nouvel assouplissement monétaire, le dollar s’est ainsi fortement déprécié. La baisse a été particulièrement importante par rapport à l’euro étant donné que les monnaies asiatiques, candidates logiques à une appréciation étant donné leurs bons fondamentaux, restent plus ou moins directement liées au dollar. En encourageant de manière plus ou moins explicite une dépréciation de leur monnaie pour stimuler leurs exportations, les Etats-Unis adoptent une forme de protectionnisme qui risque d’aggraver les problèmes économiques mondiaux. Il est à cet égard d’ailleurs ironique de noter que, dans la mesure où elle a entraîné une hausse des cours des matières premières, la baisse du dollar augmente encore les problèmes du consommateur américain, le prix du pétrole ayant par exemple progressé de près de 18% sur les deux derniers mois.

Evolution du dollar par rapport à l'euro

Pour un gestionnaire, ce nouvel assouplissement monétaire pose un problème supplémentaire. Il risque de prolonger la décorrélation entre les marchés financiers et la réalité économique. Un observateur non averti pourrait ainsi penser que la hausse de 16% enregistrée par la bourse américaine depuis fin août repose sur une amélioration des fondamentaux économiques des Etats-Unis. En réalité, cette hausse a démarré avec l’annonce d’un nouvel assouplissement monétaire à venir par le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke. Or, c’est justement la mauvaise santé de l’économie qui incite la banque centrale à recourir à cet assouplissement.

Evolution de l'indice S&P500 sur 1 an

Cette divergence entre l’évolution des marchés financiers et celle de l’économie réelle pourrait se poursuivre encore quelque temps (d’un point de vue technique, le fait que le S&P500 a franchi les 1220 serait ainsi un signal positif). Ce faisant, elle risque de tester la patience et la discipline de beaucoup d'investisseurs qui pourraient succomber à la tentation de courir derrière cette hausse, surtout dans un environnement de taux d’intérêt très bas. De nombreux investisseurs professionnels sont par ailleurs jugés sur la performance de leurs portefeuilles par rapport aux indices boursiers et se sentent dès lors obligés de prendre des risques à cause des politiques monétaires menées par les banques centrales, et notamment par la Réserve fédérale. Tenter de participer à des mouvements haussiers à court terme sur les marchés boursiers n’est cependant pas une stratégie d’investissement, surtout lorsque ces mouvements sont déjà bien avancés et ne reposent pas sur de solides fondamentaux. La meilleure façon de protéger et de faire fructifier son capital reste d’acheter des actifs de qualité à des prix raisonnables sans se laisser perturber par les fluctuations journalières des marchés. La question n’est donc pas d’être "bullish" (optimiste) ou "bearish" (pessimiste) sur les marchés boursiers mais d’identifier à l’intérieur de ces marchés des investissements qui répondent à ce critère.

A cet égard, les thèmes à privilégier restent les mêmes:
- les pays émergents à travers soit un investissement direct dans les marchés financiers de ces pays (à noter toutefois que les indices boursiers locaux ne sont pas nécessairement un bon moyen d’investir dans la croissance asiatique étant donné qu’ils sont souvent dominés par des entreprises exportatrices), soit à travers des entreprises américaines ou européennes réalisant une partie importante de leur chiffre d’affaires dans ces pays;
- les entreprises payant des dividendes attrayants;
- les entreprises de qualité étant donné que la prime à laquelle se traitent généralement ces entreprises par rapport au marché et par rapport aux entreprises de moindre qualité a disparu.

Guy Wagner,
Chief economist de la Banque de Luxembourg
Source: http://www.guywagnerblog.com

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