Mensuel : Edition de décembre 2010
Rubrique : Finance/Economie
Titre : Une dette n’est pas l’autre
Article : En considérant que tous les pays affichant une dette excessive doivent être logés à la même enseigne, les marchés sont victimes d’un mirage qui les pousse à eux-mêmes générer les forces déstabilisatrices poussant ces pays vers le gouffre.

En effet, si le principal problème de la Grèce était la dette du secteur public, le Portugal de son côté souffre plus de l’endettement de son secteur privé et de la faiblesse endémique de sa croissance. Mais une croissance forte n’est pas la panacée si celle-ci ne repose pas sur des bases solides. L’Irlande était une des économies les plus dynamiques d’Europe mais son développement reposait sur un secteur bancaire hypertrophié qui a fini par représenter une charge bien trop lourde pour l’Etat.

L’Espagne, si elle a bel et bien subi une violente crise immobilière, est parvenue quant à elle à maintenir un secteur financier solide et ses banques ont réussi à diminuer de moitié leur dépendance vis-à-vis de la BCE en seulement quelques mois. Le gouvernement affiche de son côté une dette inférieure à la moyenne européenne. Le cas de la Belgique, mise récemment sous pression par les marchés, est aussi symptomatique de ce mirage de la dette. L’économie belge a été moins affectée par la crise que beaucoup d’économies européennes et elle bénéficie aujourd’hui d’une reprise et de fondamentaux robustes. Même si la dette belge est effectivement importante, la Belgique affiche un solde courant excédentaire ce qui, concrètement, signifie qu’elle est exportatrice nette de capitaux, ce dont seule une poignée de pays peuvent se targuer au sein de la Zone euro.

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Une dette n’est pas l’autre et ce n’est donc pas tant l’ampleur de celle-ci qui compte que sa soutenabilité à long terme. A cet égard, les fondamentaux macroéconomiques doivent se trouver au centre des préoccupations des investisseurs et non les soubresauts permanents du marché. La situation de la Grèce et de l’Irlande justifiait une aide internationale et, sans redressement significatif de sa croissance, la même conclusion pourrait finir par s’imposer pour le Portugal. Mais les inquiétudes concernant l’Espagne, la Belgique ou encore l’Italie semblent excessives. Bien entendu, les craintes d’une contagion des problèmes budgétaires grecs et irlandais aux pays jugés les plus vulnérables de la Zone euro sont légitimes. Dans un contexte de croissance faible et de déficits élevés, l’emballement de la dette publique est une menace qu’il faut prendre au sérieux. En effet, la dette, si elle se retrouve lancée sur une trajectoire explosive, peut rapidement contraindre un Etat à faire défaut, à moins qu’il n’entreprenne des efforts draconiens, souvent difficiles à faire accepter par la population.

Les autorités européennes ne s’y sont pas trompées en affichant leur détermination à proposer un plan de sauvetage d’une ampleur inédite pour la Grèce et l’Irlande. Mais un ingrédient était manquant jusqu’il y a peu encore pour rassurer durablement les marchés: un véritable mécanisme de résolution de crise pour succéder au fonds européen de stabilisation qui expire en 2013. Un plan de sauvetage ne peut en effet à lui seul lever l’incertitude minant les marchés car il n’apporte pas de solution de fond aux problèmes rencontrés par les pays qui en bénéficient, à savoir les excès du passé, quelle qu’en soit leur nature.

Pourtant, le mécanisme dont l’Europe vient de se doter n’a pas été bien perçu par les marchés et les craintes de contagion n’ont pas été apaisées. Les marchés s’inquiètent en effet du fait que le mécanisme en question comporte un pilier permettant à un Etat de faire défaut sur sa dette. On peut convenir du fait qu’une telle condition soit difficile à accepter par le marché. Elle est cependant indispensable pour garantir à long terme que les Etats membres de la Zone euro adoptent une politique budgétaire vertueuse.

La convergence des taux d’intérêts obligataires au sein de la Zone euro au cours de la décennie qui a suivi l’introduction de l’euro était en fait le résultat d’un autre mirage dont ont été victimes les marchés: celui d’une convergence réelle des économies européennes. Comment en effet justifier autrement que la Grèce ait pu à un moment se financer à un taux à peine plus élevé que l’Allemagne alors que la Grèce n’a jamais entrepris les réformes douloureuses menées par les autorités allemandes?

La baisse des taux d’intérêts obligataires n’est aucunement une garantie de stabilité au sein de la Zone euro. A ce titre, l’augmentation structurelle des écarts entre taux d’intérêts obligataires européens vers laquelle nous semblons nous diriger est nécessaire pour contraindre les Etats les plus endettés à effectuer les ajustements nécessaires pour renforcer leur économie. Ces ajustements sont aujourd’hui la seule garantie de la viabilité et de la stabilité financière de la Zone euro à long terme.

Dr. Oscar Bernal
Economiste chez ING
Maître de conférences aux FUNDP
Chercheur visiteur à l’ULB

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