Mensuel : Edition de décembre 2010
Rubrique : Finance/Economie
Titre : Les fusions & acquisitions vont augmenter au cours des prochains mois
Article : Après deux ans de relative accalmie, le marché des fusions et acquisitions a retrouvé de belles couleurs depuis l’été. Ainsi, au 3e trimestre 2010, 590 milliards de dollars de transactions financières ont été enregistrées au niveau mondial. L'Europe n'est pas en reste puisqu'elle affiche le plus important montant d'opérations sur le trimestre, à 150 milliards de dollars.

Les derniers mois ont été très fertiles en matière de fusions et acquisitions. Les raisons de cette reprise me semblent multiples. Premièrement, les entreprises disposent de moyens pour se lancer dans les opérations de croissance externe. La crise financière ayant déclenché des restructurations importantes, les bilans sont désormais sains: les liquidités atteignent des niveaux historiques.

Par ailleurs, les chefs d’entreprise retrouvent progressivement la confiance dans les perspectives à moyen et à long terme, laissant les inquiétudes court-termistes aux marchés financiers. Dans le même temps, les taux d’utilisation des capacités de production demeurent à des niveaux assez faibles, ce qui incite à privilégier la croissance externe, plus rapide et plus rentable que la croissance organique. Enfin, les conditions de financement sont actuellement très favorables grâce, notamment, aux taux d’intérêt bas. Peu endettées, les sociétés empruntent donc facilement pour financer leurs opérations.

Les entreprises européennes en ligne de mire

De nombreuses opérations devraient concerner des entreprises européennes dans les prochains mois. Tout d’abord, soulignons le fait que l’achat d’une société européenne est plus facile à réaliser que, par exemple, l’achat d’une société issue d’un pays émergent et de la Chine en particulier. En effet, grâce à la possibilité de prise de contrôle intégrale et à des barrières réglementaires limitées, l’intégration d’une cible européenne dans un portefeuille d’activités existant est nettement facilitée.

Dans un contexte de perspectives de croissance modestes dans les économies matures, les sociétés chercheront sans nul doute à accroître leur présence dans les zones émergentes. Or, les firmes européennes bénéficient souvent d’une présence de longue date dans ces régions, où elles possèdent des activités diversifiées et une expérience locale non négligeable. Une acquisition d’une telle société permettrait ainsi une implantation rapide sur un marché en forte croissance tout en minimisant les risques. D’un autre côté, les acteurs émergents s’intéressent de plus en plus aux sociétés européennes. Ce mouvement, qui concernait d’abord essentiellement les ressources naturelles (on pourrait, par exemple, évoquer la création d’ArcelorMittal), porte aujourd’hui également sur les secteurs plus proches du consommateur, à l’image du secteur automobile, au sein duquel plusieurs constructeurs européens (Jaguar, Volvo) sont passés sous le giron émergent. Ce mouvement devrait se poursuivre puisque, outre leur volonté d’augmenter leur exposition au consommateur européen, les sociétés émergentes ont besoin de la technologie pour améliorer leurs produits et les rendre plus exploitables.

De même, les futures opérations devraient avoir un impact sur quasiment tous les secteurs. Cependant, certains sont davantage concernés. Par exemple, les ressources naturelles et l’énergie représentent une partie conséquente du volume total. Le besoin permanent de renouveler leurs réserves face à une demande croissante et de diversifier leurs portefeuilles d’activités pousse en effet les majors – y compris des acteurs émergents – à surveiller les sociétés de taille intermédiaire avec des projets à fort potentiel. Le secteur stratégique de la chimie, en particulier, connaît une concurrence croissante qui devrait se traduire par des mouvements de consolidation. Le secteur de la santé n’est pas en reste. L’expiration de nombreux brevets emblématiques et la concurrence accrue des génériques qui en découle forcent les géants à reconstituer leurs cash-flows en se positionnant sur les segments innovants. L’intérêt de Sanofi-Aventis pour Genzyme, une société de biotechnologies américaine, témoigne de cette volonté. On pourrait également mentionner le secteur de la technologie où les acteurs cherchent à maîtriser les segments les plus porteurs, à l’image d’Intel qui a récemment acquis les activités sans fil d’Infineon. Affichant des niveaux de trésorerie très importants, ce secteur a vu les opérations de rapprochement se multiplier, notamment le rachat par HP de 3PAR, un spécialiste du "cloud computing" pour 2,3 milliards de dollars.

Je pense que le mouvement des fusions et acquisitions va poursuivre son cours et gagner en vigueur au cours des prochains mois, le marché étant plutôt bienveillant pour les acheteurs. Rappelons également que, en raison d’un environnement concurrentiel de plus en plus intense, les opérations effectuées en entraînent traditionnellement d’autres.

Philippe Lecoq
Directeur adjoint EdRAM
Coresponsable de la gestion actions européennes

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