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| Mensuel : | Edition de septembre 2010 |
| Rubrique : | Finance/Economie |
| Titre : | Finance islamique et investissement socialement responsable : entre compatibilité et complémentarité |
| Article : | Dans un contexte de remise en cause du capitalisme financier traditionnel, l'Investissement Socialement Responsable, qu'on désigne habituellement par son acronyme ISR a le vent en poupe. Après une longue période d'indifférence vis-à-vis de ce qu'il faut bien appeler un "OFNI" (Objet Financier Non Identifié), tous les grands gestionnaires de fonds y ont recours.
Le concept de développement durable connaît un essor sans précédent depuis la publication du rapport de la Commission Brundtland des Nations Unies en 1987. Ce concept a pour objet de concilier le développement économique et social, la protection de l’environnement et la conservation des ressources naturelles. Plus généralement, il s’agit d’un "développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs". L’objectif est d’assurer les exigences d’équité et de subsidiarité. L’investissement socialement responsable représente en quelque sorte une face émergée de l’iceberg qu’est le développement durable. L’investissement socialement responsable traduit le désir des investisseurs de connaître la destination de leur argent ainsi que l’utilité de leurs investissements. Comme nous l’avons déjà vu dans les articles précédents, la finance islamique est une finance empreinte de morale: dans quelle mesure la finance islamique peut-elle être compatible avec le développement durable? Nous analyserons donc dans une première partie les analogies entre ces deux concepts, puis leurs distinctions dans une seconde partie. Tout d’abord, nous pouvons rattacher la finance islamique à l’ISR car la religion semble avoir été un vecteur du développement de ce concept. En effet, l’investissement éthique trouve ses origines dans des approches motivées par la relation chrétienne. Les congrégations religieuses ont mis leurs investissements en adéquation avec leurs principes via les exclusions sectorielles et l’activisme actionnarial qui constitue un moyen d’orienter le comportement de l’entreprise vers un niveau de responsabilité sociale plus élevé. Le Pioneer Fund, premier fonds socialement responsable (1937, USA) en est une bonne illustration. Sa politique d’investissement excluait les sociétés dont les activités étaient en relation avec l’alcool, le tabac, et la pornographie. Ainsi, le point de convergence avec la finance islamique apparaît clairement puisque cette dernière réprouve toutes ces activités jugées nuisibles pour l’homme et la société. Ensuite, la finalité première de la finance islamique est d’améliorer la condition de l’homme, d’établir l’équité sociale et de prévenir l’injustice dans les échanges commerciaux. Cette finalité rejoint celle de l’ISR à savoir le développement durable, dans ses piliers économiques, sociaux mais aussi environnementaux. Ce dernier aspect n’est pas absent de la finance islamique car l’homme doit remplir un rôle d’intendance dans la création divine. Il a un devoir d’administration et de préservation de l’environnement pris au sens large (nature, hommes). L’investissement socialement responsable est aussi lié au droit du travail car il s’appuie sur les conventions fondamentales de l’Organisation Internationale du Travail (OIT). La charia respecte ces obligations puisque le travail forcé est prohibé. La discrimination entre les personnes est décriée dans le dernier sermon du prophète, pour qui ce ne sont ni la race, ni la couleur, mais la droiture et l’honnêteté qui font honneur aux yeux de Dieu. De la même façon, la charia condamne la corruption. Les similitudes apparentes entre l’ISR et la finance islamique ne doivent pas pour autant cacher des différences notoires. La finance islamique et l’ISR sont des concepts parallèles se développant de manière distincte d’un point de vue géographique. En effet, ils ne mobilisent pas les mêmes expertises et ne s’adressent pas à la même clientèle. L’exemple le plus probant est que la plupart du temps la gestion d’un fonds Charia et d’un fonds ISR ne se fait pas dans le même pays. Les expertises sont clairement délimitées et les tâches cloisonnées. De plus, l’ISR va plus loin que la finance islamique, car elle ne se restreint pas seulement au secteur d’activité. Elle est aussi regardante sur les pratiques extra financières. Il faut aussi préciser que certaines exclusions sont spécifiques à la finance islamique puisque l’industrie du jeu (jeux de hasard) n’est pas en soi prohibée par les préceptes du développement durable. En outre, la finance islamique comme l’ISR n’est pas homogène. Cependant, elle est moins disparate que l’ISR car elle s’appuie sur les principes de la Charia qui sont bien délimités (même si parfois, les textes font l’objet de diverses interprétations) Au contraire, l’ISR peut prendre plusieurs formes qui peuvent coexister sans se superposer: la finance éthique et ses exclusions sectorielles, l’activisme actionnarial… Enfin, l’architecture financière de la finance islamique étant très différente de la finance classique occidentale, notamment au niveau de leur approche sur la notion d’incertitude et de risque ; il est parfois impossible d’y associer des critères de sélection applicables à la finance classique. En effet, les indices et les ratios de solvabilité sont généralement calculés de manière différente. Ces finances se rejoignent donc par leur finalité, même si des divergences en ressortent. Cependant, ces différences peuvent apparaître comme des éléments de complémentarité. La corrélation de ces deux types d’investissement n’est pas encore totale, mais leur rapprochement dans un futur proche n’est pas impossible. Delphine Padovani d'Hautefort Directeur, Priorités Patrimoine, Indépendant en Gestion Privée d.padovani@prioritespatripoine.com www.prioritespatrimoine.com Adresse, Drève des Gendarmes 51B BE-1180 Bruxelles |
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