Mensuel : Edition de juin 2010
Rubrique : Economie/Conseil
Titre : Près de quatre entreprises sur dix sous-estiment les coûts d’intégration après une fusion ou un rachat
Article : Sous la pression de la crise économique, la réalisation de synergies appropriées et l’optimisation de la rentabilité revêtent une importance cruciale pour le succès d’un rachat. Une planification et une gestion des coûts efficaces au cours des processus de fusion et d’intégration après la reprise d’une entreprise jouent ici un rôle prépondérant. Et pourtant, une entreprise sur trois enclenche la planification du processus d’intégration trop tard, juste après la conclusion de la transaction. En outre, 39% des entreprises dépassent les coûts d’intégration prévus lors du rachat.

Une majorité de celles qui ont participé à l’enquête (62%) donne la préférence à une intégration plus rapide pour économiser ainsi des coûts et dissiper l’incertitude. C’est ce qui ressort du rapport d’enquête de PricewaterhouseCoopers sur les processus de fusion et d’intégration après le rachat d’une entreprise. Ce rapport rassemble les résultats de questionnaires adressés en 2009 dans huit pays européens, dont la Belgique, à plus de 250 cadres-dirigeants qui ont été impliqués dans un processus d’intégration à la suite d’un rachat d’entreprise au cours des trois dernières années. Pour les personnes interrogées, l’objectif du rachat était surtout d’accroître la part de marché (58%). Parmi les autres objectifs, on trouve la réalisation de synergies (37%), l’accès à de nouveaux marchés (géographiques) (33%), ou encore l’ajout de nouveaux produits à la gamme (23%). Dans 19% des cas, on souhaitait explicitement écarter un concurrent. Certes, les résultats de l’enquête se situent dans le climat économique favorable qui a régné jusqu’à la mi-2008.

Selon Lieven Adams, Lead Partner Deals, PricewaterhouseCoopers Belgique, "il y a aujourd’hui nettement moins de rachats qu’il y a 2 à 3 ans". "Les rachats entrepris dans la conjoncture économique actuelle se concentrent davantage sur la création de valeur que sur la croissance. Et ce n’est pas en concluant une transaction qu’on crée de la valeur, mais bien en gérant et en intégrant de manière optimale la nouvelle entité née de l’opération. On accorde aujourd’hui une plus grande attention aux coûts, aux marges et à l’amélioration de la rentabilité. Lors de l’intégration, l’accent est mis davantage sur la consolidation et la restructuration", conclut L. Adams. L’enquête de PricewaterhouseCoopers met en exergue plusieurs points critiques qui peuvent hypothéquer le processus d’intégration et qui requièrent une attention particulière de la part des administrateurs et des dirigeants.

Sous-estimation des coûts d’intégration

Près de 40% des entreprises interrogées constatent qu’elles dépassent les coûts d’intégration prévus pour réaliser les synergies nécessaires et atteindre les objectifs. À la base de ce constat, il y a souvent le démarrage tardif de la planification du processus d’intégration, après la conclusion de l’opération de rachat et la sous-estimation du temps nécessaire pour accomplir l’intégration. Les conséquences en sont souvent une utilisation incontrôlée des moyens, une surcharge des collaborateurs et le manque d’attention consacrée aux activités-clefs quotidiennes de l’entreprise.

Il ressort également de l’enquête qu’une planification correcte est déterminante pour réussir à aligner les différents processus opérationnels et informatiques et les cultures d’entreprise. Selon les participants à l’enquête, réussir une telle mise en adéquation compte parmi les cinq défis majeurs d’une intégration réussie. La planification et la préparation sont en outre garantes d’un déroulement rapide et harmonieux de l’intégration. Une intégration rapide comprime les coûts, permet de réaliser plus tôt les synergies nécessaires et réduit l’incertitude des collaborateurs. Plus de 60% des participants à l’enquête ont estimé que le processus d’intégration avait duré trop longtemps. "Il ressort de l’étude que dans 31% des rachats, la planification du processus d’intégration n’a débuté qu’après la conclusion de l’opération. C’est une occasion manquée. Nous constatons en effet que cela compromet la réalisation des objectifs du rachat et limite le choix parmi les options pour optimiser les synergies possibles", déclare Michael De Roover, Partner Business Integration & Recovery, PricewaterhouseCoopers Belgique.

La participation augmente les chances de succès

Vu l’importance stratégique d’un rachat, la participation de toutes les personnes concernées, internes et externes, tout au long du processus de l’opération et de l’intégration, est la principale clef du succès. Il ressort cependant de l’étude que, dans 35% des cas, l’équipe chargée de l’intégration n’est pas impliquée dès la planification de l’opération. L’implication du conseil d’administration après la conclusion de l’opération baisse de 67% à 53%, ce qui ne favorise pas non plus le processus d’intégration. Pendant les 100 premiers jours critiques qui suivent le rachat, une communication transparente et efficace, tant en interne que vers l’extérieur, est essentielle pour assurer la participation de tous les acteurs concernés du début jusqu’à la fin du processus de rachat et d’intégration. L’enquête souligne à ce sujet la nécessité d’une bonne diffusion de l’information découlant du processus de due diligence (audit préalable) vers toutes les parties impliquées dans la transaction et l’intégration. En effet, un point délicat important est que les différents aspects de l’audit préalable soient dissociés et ne soient donc pas intégrés, ce qui engendre le risque réel de perdre des informations importantes au cours du processus.

La mise en place d’une équipe d’intégration, qui est présente du début jusqu’à la fin du processus de rachat et d’intégration, va renforcer sensiblement la diffusion des informations contenues dans le rapport d’audit préalable à tous les acteurs concernés. "Pour accroître encore davantage dans le parcours d’intégration la pertinence des audits préalables, que l’on retrouve d’ailleurs dans une majorité de 81% des transactions, il faut accorder plus d’attention aux aspects opérationnels et commerciaux et, lors des audits préalables, il faut évoluer des aspects financiers vers l’intégration opérationnelle", affirme Jan Muyldermans, Lead Transactions Partner, PricewaterhouseCoopers Belgique.

Une rémunération selon le travail

Il faut noter que, dans la majorité des cas, la rémunération de la direction et de l’équipe d’intégration concernée par le rachat ne dépend pas de la réussite ou non de l’opération. "Nous constatons qu’un lien étroit entre bonus ou incitants et la réalisation des objectifs du rachat augmente les chances de succès. Cela suppose évidemment que les personnes concernées aient un impact réel sur la réalisation des objectifs et que le niveau de réalisation soit mesurable", conclut Lieven Adams.

Difficultés à surmonter après l’opération

"Que feriez-vous autrement si vous pouviez tout recommencer?" À cette question, une des entreprises répond: "Nous aurions dû choisir clairement au début entre les deux infrastructures informatiques, au lieu d’essayer de prendre le meilleur des deux solutions existantes." Cela illustre que l’harmonisation des procédures, l’organisation et les systèmes informatiques constituent les plus grands écueils que les personnes interrogées ont rencontrés. Sur le plan humain, il semble que l’harmonisation des différentes cultures et la motivation des collaborateurs restent cependant une difficulté particulière pour réussir une fusion ou un rachat.

10 conseils pour un rachat d’entreprise réussi

1. Débutez à temps la planification du processus d’intégration
Débutez la planification du processus d’intégration avant de régler le rachat lui-même. En commençant tôt, vous aurez plus de temps, notamment pour examiner en détail toutes les options et prendre des décisions mûrement réfléchies.
2. Concentrez-vous sur l’intégration des processus et des cultures
Planifiez bien à temps et en détail l’alignement des processus, plus particulièrement les aspects informatiques et l’adéquation des cultures d’entreprise. L’alignement des processus et des cultures d’entreprise constitue le défi majeur d’une intégration réussie.
3. Évaluez correctement les frais d’intégration
Évaluez, planifiez et réalisez systématiquement aussi bien toutes les synergies possibles que les frais d’intégration, dès le début du processus de rachat jusqu’à l’intégration. Vous éviterez ainsi des surprises désagréables et pourrez atteindre, après le rachat, le résultat d’exploitation prévu.
4. Faites participer l’équipe d’intégration à l’opération dès que possible
La participation de l’équipe chargée de l’intégration au processus d’intégration est essentielle, et ce avant la clôture de l’opération. Une participation précoce offre la meilleure garantie d’atteindre les objectifs d’intégration.
5. Suivez de près le processus d’intégration
Veillez à contrôler continuellement les objectifs d’intégration et à quantifier le niveau de réalisation, tant d’un point de vue financier que stratégique.
6. Associez les objectifs d’intégration à la rémunération de l’équipe chargée de l’intégration
Rémunérez l’équipe chargée de l’intégration pour la réalisation des objectifs fixés. Une telle approche contribue à la réussite de l’intégration. Pour y arriver, l’équipe doit effectivement avoir un impact sur la réalisation des objectifs d’intégration et les résultats doivent être quantifiables.
7. Continuez de communiquer avec toutes les parties concernées
Communiquez de manière transparente et professionnelle avec toutes les parties concernées pendant la phase critique des 100 premiers jours suivant le rachat. Un plan de communication efficace pendant cette période réduit l’incertitude des parties concernées et accroît leur engagement.
8. Ne perdez aucune information précieuse au cours du processus de Due Diligence (DD)
Un rachat, et la fusion ou l’intégration qui en résultent, est un processus continu. Diffusez bien toutes les informations, dès le début (Due Diligence) jusqu’à la réalisation des synergies nécessaires (intégration), à tous les responsables concernés. Ainsi aucune donnée, ni information précieuse ne sera perdue au cours du processus.
9. Ne laissez pas traîner les choses
Privilégiez la rapidité et la transparence du processus d’intégration, ce qui diminue la pression sur les collaborateurs et renforce leur loyauté.
10. Visez la rentabilité
Investissez dans l’optimalisation des marges et de la rentabilité par la réalisation de synergies et la gestion des coûts. Dans la conjoncture économique actuelle, ces éléments ont en effet un impact plus important sur le résultat d’exploitation que les efforts consentis pour atteindre la croissance.

Source: PricewaterhouseCoopers

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