Mensuel : Edition de juin 2010
Rubrique : Economie/Conseil
Titre : De bons résultats attendus du côté des petites capitalisations sur le vieux continent comme outre-atlantique
Article : Vendre en mai et s’en aller" dit le proverbe(1). Sur les quatre premiers mois de 2010, la mauvaise tenue des grands indices européens avec un EuroStoxx 50 qui recule de 5% et un CAC 40 de 3% doit probablement donner envie à bien des investisseurs de suivre cette recommandation. D’autant plus que, dominée par la "Tragédie grecque", l’actualité économique sur le vieux continent n’a guère donné d’occasion de se réjouir. Quoique.

Ce sont des événements pour le moins très particuliers qui ont monopolisé une bonne part des gros titres dans le courant du mois d’avril. L’éruption d’un volcan au nom imprononçable a permis de disserter sur les fragilités de la "mondialisation". Et, après l’Islande, le surendettement d’un autre petit pays, la Grèce, a conduit à s’interroger sur la fragilité de la construction européenne, voire à prévoir sa fin(2). Ces développements ont très fortement pesé sur les marchés financiers de la zone euro, actions, obligataires ou de change.

Ainsi, l’indice d’emprunts d’Etat JP Morgan EMU baisse de 0,7% sur le mois et l’Euro recule contre la majeure partie des grandes devises à commencer par le dollar (-1,9%). Ailleurs dans le monde, les différents marchés ont connu des trajectoires très contrastées selon les cas. Ainsi, confrontés à des resserrements de politiques monétaires, les marchés brésilien et chinois ont sensiblement reculé sur le mois: -4% pour le Bovespa et -1,7% pour le Hang Seng China Enterprises(3). En l’espèce, ces marchés actions pâtissent de la vigueur des économies domestiques, vigueur que les Banques Centrales concernées tentent de maîtriser pour éviter la surchauffe. Mais c’est aux Etats-Unis que les marchés connaissent les progressions les plus importantes: 1,5% pour le S&P 500 et 5,6% pour les petites valeurs du Russell 2000(4). Avec 60% des résultats publiés, la saison des résultats du premier trimestre est désormais bien avancée.

Les premières conclusions s’avèrent pour le moins intéressantes. Désormais, l’amélioration des résultats ne provient plus majoritairement de la baisse des coûts puisque, pour près de deux tiers des sociétés, les chiffres d’affaires sont en hausse sur les 12 derniers mois. Et pour plus d’un tiers des sociétés, ils sont supérieurs au pic précédent de juin 2008. Il est intéressant de noter que, dans bien des cas, la dynamique des économies émergentes compte pour une part importante des bons résultats des entreprises américaines: parler de "découplage" s’avère toujours plus difficile, mais il apparaît clairement que la croissance émergente a résisté à une crise profonde des économies occidentales.

Précisons enfin que les petites capitalisations se distinguent à nouveau: les progressions de bénéfices sont attendues à plus de 50%, qu’il s’agisse de la zone euro ou des Etats-Unis. Cette vigueur retrouvée des sociétés américaines se traduit également sur les marchés de dette et les spreads ont poursuivi leur détente, qu’il s’agisse de high yield ou d’investment grade. En termes de valorisation, les grands marchés actions, occidentaux ou émergents, se situent pour la plupart sur des niveaux assez raisonnables, qu’on les compare à leur moyenne historique ou, et surtout, au rendement des produits de taux. Néanmoins, les flux de capitaux demeurent très en retrait: les encours qui sortent des fonds monétaires à un rythme toujours soutenu continuent à se diriger en priorité vers les marchés obligataires et les gestions alternatives. A la fin du premier trimestre 2010, les hedge funds représenteraient 1.700 milliards de dollars(5) ; ils auraient ainsi effacé les fuites de capitaux des années 2008 et 2009.

En somme, à bien des égards, il semble que les années de crise financière aient d’ores et déjà été effacées: les grands émergents renouent avec une croissance vigoureuse, les bénéfices des sociétés du S&P 500 s’approchent de leurs plus hauts historiques et les investisseurs font preuve, en tous cas dans les sondages, d’un appétit pour le risque très élevé. Nombreux sont désormais les économistes à l’affirmer: "la crise est finie". Ils considèrent que les taux de chômage à deux chiffres qui prévalent dans les économies occidentales ne sont que des "indicateurs retardés". Et que les montagnes de dette publique qui se sont accumulées au cours des trois dernières années diminueront grâce au regain de croissance combiné à un retour aux restrictions budgétaires. Le risque subsiste néanmoins: un processus de désendettement prend du temps, un temps qui se mesure en années et vient à peine de commencer.

Allocation

Dans le courant du mois d’avril, les portefeuilles diversifiés multigérants Invesco sont demeurés relativement stables dans leur allocation d’actifs, maintenant une nette surpondération actions. Les principaux choix actions se sont généralement bien comportés: petites capitalisations, tant européennes qu’américaines, valeurs technologiques et industrielles, principalement cotées aux Etats-Unis. Sur les marchés européens, les stock pickers ont généralement fait mieux que leurs indices, en particulier en se portant sur des valeurs de moyenne capitalisation.

En revanche, les valeurs brésiliennes se sont avérées relativement décevantes. Le mois de mai démarre sur des expositions dollars importantes, partout où cela est possible, ainsi que sur des diversifications internationales très larges. Au sein de notre allocation d’actifs, le mouvement le plus sensible a été entrepris sur les emprunts d’Etat de la zone euro: au fur et à mesure des dégradations successives par les agences de notation, les positions sur les maturités les plus longues ont été allégées. Pour les semaines à venir, les marchés actions pourraient poursuivre leur comportement "suiveur", tributaires de développements macro dont les effets directs se font sentir sur les marchés obligataires et de change.

Bernard Aybran
Directeur de la multigestion
Invesco Asset Management

(1) "Sell in May and go away" en version originale
(2) cf par exemple l’éditorial en première page du Financial Times du 03/05/10: "La Grèce fera défaut sur sa dette ; la zone euro doit se réformer ou mourir"
(3) Performances en devises locales, source Bloomberg
(4) Performances en USD sur le mois d’avril, source Bloomberg
(5) Source: HFR

Retour début de page