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| Mensuel : | Edition de juin 2010 |
| Rubrique : | Economie/Conseil |
| Titre : | Publication mensuelle du STATEC sur l'état de la conjoncture luxembourgeoise
L'inflation repasse au-dessus de 2% |
| Article : | Après avoir nettement ralenti en 2009, les prix à la consommation regagnent en vigueur sur les premiers mois de 2010. Le taux d'inflation – qui s'était limité à seulement 0.4% sur l'ensemble de 2009 – remonte à un peu plus de 2% (2.3% en mars et en avril 2010), mais ce rebond n'est pas à mettre sur le compte d'une amélioration des fondamentaux économiques intérieurs, comme par exemple une demande plus forte de la part des consommateurs qui stimulerait les hausses de prix. Le regain d'inflation actuel est en effet principalement dû à la progression du prix du pétrole, un phénomène sur lequel le Luxembourg n'a pas d'emprise directe(1).
Remontée des prix liés à celui de l'or noir… Le prix du pétrole est en fait orienté à la hausse depuis le début de 2009. Ceci s'est bien entendu répercuté sur les prix des carburants (et autres dérivés directs du pétrole) qui ont augmenté de plus de 10% entre janvier et décembre 2009, mais le taux d'inflation – exprimé en variation annuelle – a au contraire été tiré vers le bas en réaction aux prix particulièrement élevés du pétrole en 2008. Cet effet de base a été maximal à la mi-2009, faisant passer momentanément le taux d'inflation dans le négatif, et il a cessé de jouer à partir du 4ème trimestre 2009, d'où le retournement à la hausse du taux d'inflation au cours des derniers mois. De plus, la dépréciation de l'euro par rapport au dollar US depuis la fin 2009(2) – renforcée ces dernières semaines par ce que l'on appelle la "crise grecque" – renchérit le prix du pétrole (libellé en dollar sur les marchés internationaux). … mais faibles hausses pour les autres postes de dépenses On observe d'ailleurs que l'inflation sous-jacente, qui exclut les prix des produits pétroliers, ne révèle pas de tensions inflationnistes particulières, bien au contraire. Elle a nettement diminué depuis la mi-2008 et s'ancre autour de 1% sur le début de 2010, un niveau qui n'avait plus été atteint depuis la fin des années 90. Cette faiblesse de l'inflation sous-jacente, perceptible également au niveau européen, traduit bien mieux que l'inflation générale la nature désinflationniste du contexte conjoncturel lié à la crise économique. Au début de 2010, l'inflation sous-jacente, au Luxembourg comme dans le reste de la zone euro, ralentit essentiellement du fait de la stabilité des prix des produits alimentaires et de l'habillement. Sur les 4 premiers mois de l'année, le taux d'inflation général est de 2.1%. Dix postes de dépenses expliquent à eux seuls 80% de cette hausse. Sans surprise, les carburants (essence et diesel) ainsi que le mazout de chauffage contribuent déjà à hauteur de presque 60%. Les 20% restants sont partagés par les 7 postes suivants, dans l'ordre décroissant: maisons de retraite et de soins, loyers pour appartements, automobiles diesel de petite cylindrée, entretien et réparation de véhicules, emploi de personnel domestique, cigarettes et repas au restaurant. Signalons enfin que la hausse relativement soutenue des prix des produits pétroliers sur les derniers mois a précipité la survenance de la prochaine tranche indiciaire, qui est ainsi prévue pour juillet 2010. Industrie: Remise en route L'enquête de conjoncture du mois d'avril vient confirmer la tendance à l'amélioration enregistrée depuis plusieurs mois. Ce mouvement est nettement perceptible sur le jugement des industriels vis-à-vis de la tendance récente et, dans une moindre mesure, sur celui relatif aux carnets de commandes. Il est également réjouissant de constater que cette dynamique se transmet aux perspectives d'emploi, un résultat cohérent avec la baisse du nombre de demandes de chômage partiel émanant des entreprises de l'industrie (58 en avril, contre 70 en janvier). Du côté de la production effectivement comptabilisée – obtenue à partir des enquêtes d'activité – la tendance observée sur les deux premiers mois de 2010 va dans la même direction, avec une hausse de l'ordre de 10% sur un an. Le résultat, encore provisoire, pour mars indique même une progression de quelque 25% sur un an. Une année 2009 difficile pour l'Horeca Les entreprises de la branche HORECA (Hôtellerie, restaurants et cafés) ont vu leur chiffre d'affaires baisser de 2.3% en 2009. La baisse en volume est de l'ordre de 5%, si l'on tient compte des hausses de prix relevés dans le cadre de l'indice des prix à la consommation pour ces services (+2.7% en 2009, contre +4.4% en 2008). La baisse la plus forte est à noter du côté des hôtels: -6.7% (en valeur). Un résultat peu étonnant vu la baisse spectaculaire des nuitées relevée sur les 8 premiers mois de l'année (-15% sur un an, cf. Conjoncture Flash de mars 2010). Il faut dire que la forte tendance à la baisse des séjours touristiques au niveau européen combinée à un recul des séjours d'affaires (en lien direct avec le moindre dynamisme de l'économie) constituent des circonstances atténuantes pour justifier cette mauvaise performance. Les données de la fin 2009-début 2010 semblent indiquer un léger redressement, qui reste cependant à confirmer. Secteur financier: OPC: retour en force Les actifs nets des Organismes de Placement Collectif (OPC) du Luxembourg atteignent la somme de 1.981 Mia EUR en mars 2010, soit une augmentation d´environ 4% sur un mois (et de 24% sur un an) frôlant ainsi la barre symbolique des 2.000 Mia EUR, un niveau déjà dépassé pour la première fois en mai 2007. Les actifs nets ont augmenté de 140 Mia EUR lors du premier trimestre 2010. Deux tiers de cette hausse résultent des variations de marché et le tiers restant de l´investissement net en capital dans les OPC luxembourgeois qui a atteint 54 Mia EUR, un résultat record depuis la mi-2007. Reste à voir comment les nuages noirs en provenance de la Grèce vont influencer le comportement des investisseurs. Les apports de capitaux (émissions moins rachats), qui étaient dans le vert depuis 12 mois sans interruption, pourraient ainsi connaître une dynamique moins favorable à partir du 2ème trimestre. Consommation: Bon début d'année pour les ventes de voitures Les immatriculations de voitures neuves progressent de 11% sur un an au 1er trimestre 2010. Elles avaient accusé un net repli en 2009, de l'ordre de 10%, après une année 2008 il est vrai assez exceptionnelle. Ce bon résultat au 1er trimestre, complété par un nombre d'immatriculations en avril quasiment identique à celui de l'année passée (+1%), fixe d'une certaine manière le cap pour le reste de l'année. Les immatriculations de voiture neuves sont en effet très saisonnières, concentrées sur le début d'année (festival automobile en février oblige). Dans l'ensemble de la zone euro, les immatriculations du 1er trimestre 2010 progressent d'environ 8% sur un an, mais cette dynamique devrait s'essouffler à court terme. Les effets liés aux systèmes de primes à la casse vont en effet nettement se résorber à partir du 2ème trimestre, l'Allemagne est d'ailleurs déjà dans cette configuration au 1er trimestre (-20% sur un an). Marché du travail: Une baisse de saison Le taux de chômage s'élève à 6.0% en avril 2010, contre 6.2% en mars. Cette baisse – tout comme celle déjà relevée en mars – relève essentiellement de la dynamique saisonnière. L'emploi s'accroît en effet chaque année à partir du printemps – même lorsque la conjoncture est mauvaise – dans plusieurs branches telles que la construction, les métiers de l'Horeca, les transports ou encore l'agriculture. Il importe donc de porter attention aux données désaisonnalisées, qui permettent de capter la dynamique purement conjoncturelle/économique. Ainsi présenté, le taux de chômage montre une quasi-stabilité à partir de la mi-2009, oscillant entre 5.9 et 6.0%. Cette stabilisation doit beaucoup aux emplois aidés: le taux de chômage au sens large, qui englobe également les personnes inscrites dans des mesures pour l'emploi, reste sur une tendance légèrement ascendante au début 2010. Relations extérieures (1/2): Bonne tenue des exportations de services financiers La tendance à la baisse des échanges internationaux de services financiers - entamée en 2008 – s'est poursuivie en 2009 avec un recul de plus de 3.5 Mia EUR sur une année pour les seules exportations. Néanmoins, une nette tendance de reprise se dessine depuis la mi-2009. Au Luxembourg, l’évolution des échanges internationaux de services financiers suit de très près celle des actifs détenus par les fonds d’investissement. Cette forte corrélation est liée au fait que les commissions (de gestion, de conseil, de distribution, etc.) payées par les OPC luxembourgeois sont imputées aux investisseurs (détenteurs de parts), en majorité non-résidents, et donc enregistrées au niveau des exportations de services financiers, avec un impact positif sur le PIB. L'évolution des résultats d'OPC sur le début de 2010, détaillées dans la rubrique ci-avant, constitue a priori un signal positif en termes de croissance économique pour le 1er trimestre 2010. Relations extérieures (2/2): Les entreprises du e-commerce ont résisté en 2009 A partir de 2003, des sociétés prestataires de services par voie électronique, filiales de grandes entreprises actives dans le domaine du e-commerce et de la téléphonie, sont venues s'installer au Luxembourg, essentiellement pour bénéficier d'un taux de TVA avantageux sur la facturation (taux normal de 15%, soit le plus bas de l'UE27 avec Chypre). Ce sont aujourd'hui 14 sociétés, représentant plus de 400 emplois, qui sont actives dans ce domaine au Grand Duché. La conjoncture économique difficile de 2009 ne semble pas avoir causé trop de dommages sur les résultats de ces sociétés en termes d'exportations (+15% par rapport à 2008). Les recettes de TVA afférentes ont quant à elle progressé de presque 7%. Une analyse détaillée de ces évolutions, ainsi que de tous les échanges de biens et services en 2009, sera disponible dans le Bulletin n°2-2010 du STATEC, à paraître prochainement. Source: STATEC Site: www.statistiques.public.lu/fr 1) La seule marge de manoeuvre pour les pays non-producteurs, s'ils veulent influer sur les prix à la consommation, se situe au niveau de la taxation des produits pétroliers. 2) Le taux de change est passé de 1.50 USD pour 1 euro en novembre 2009 à presque 1.20 à la mi-mai. |