Mensuel : Edition de novembre 2009
Rubrique : Banque privée/Economie
Titre : Le Family Office : une piste d’avenir pour le Luxembourg ?
Article : La gestion de fortune n’est pas l’apanage des banques privées, loin s’en faut! D’autres entités plus petites et plus souples proposent le même type de services avec souvent une gamme plus étendue et plus personnalisée: les "bureaux de famille" ou Family Offices. Pour nous en parler, nous avons rencontré Diana Kneip-Diels, directeur–adjoint et administrateur chez Fuchs & Finance Associés, un groupe européen indépendant spécialisé en gestion de fortune pluridisciplinaire et dont le siège central est basé à Luxembourg.

Qu’entend-t-on par Family Office?

Le Family Office est un ensemble de services sur mesure pour des familles disposant d’un patrimoine important. Le degré d’implication du Family Officer fait actuellement l’objet d’un débat entre les puristes et les partisans du modèle américain. Les premiers estiment qu’il s’agit avant tout d’une profession libérale et que celle-ci doit se limiter à des activités de conseil et non pas de gestion pour éviter tout conflit d’intérêts. Les deuxièmes pensent au contraire que les Family Officers doivent être à même de gérer les actifs qui leur sont confiés. Cette dernière conception est, à mon sens, plus conforme à la réalité dans la mesure où le Family Office a émergé vers le XIXe siècle aux Etats-Unis, lorsque la famille Rockfeller a créé son propre bureau d’investissement afin de gérer sa richesse et sa comptabilité. Ne pas gérer les actifs est donc perçu de manière très négative par les familles fortunées américaines. Celles-ci se sentent suffisamment armées pour surveiller les méthodes de gestion de leur Family Officer et déceler un éventuel conflit d’intérêt.

Quels sont les objectifs premiers d’un centre de services de Family Office?

Dans toute famille fortunée et entrepreneuriale, on distingue en général trois composantes: l’entreprise, l’actionnariat et le noyau familial proprement dit. Dans bien des cas, ce dernier volet est le moins bien organisé et le moins bien armé pour conserver et faire fructifier le capital. Le Family Officer a précisément pour mission d’assurer un suivi global qui tient compte de la structure familiale, et d’accroître le patrimoine d’une génération à l’autre, tout en préservant les intérêts et l’harmonie de l’ensemble de la famille. J’insiste beaucoup sur cette notion de gestion globale car c’est vraiment la caractéristique première de ce métier. C’est la raison pour laquelle je préfère parler de Gobal Family Officer.

Quelles sont les qualités que doit posséder un Family Officer pour exercer correctement son métier?

Je pense que le Family Officer doit d’abord et avant tout être un professionnel chevronné en matière de Wealth Management. C’est pour moi le modèle le plus favorable et c’est celui que nous appliquons au sein de notre société. Nous ne recrutons que des senior private bankers, des gestionnaires de fortune issus de banques privées internationales. De par leur métier, ceux-ci ont acquis une expérience dans tous les aspects de la vie d’une famille: de la naissance à la mort des différents membres qui la composent, de la création de l’entreprise à sa transmission à la génération suivante ou à sa vente. De plus, ils disposent d’un carnet d’adresses bien fourni et savant exactement où trouver les meilleurs spécialistes ou prestataires de services en fonction des besoins du client.

Cette expertise est indispensable pour tout qui veut exercer le métier de Family Officer ou Global Family Officer. Il est le coordinateur central pour la famille d’un ensemble de services qui vont de la gestion de fortune au conseil de fonds et Sicav en passant par la gestion des relations bancaires et des relations assurances, la corporate governance, la politique familiale, la gestion immobilière, le conseil juridique, fiscal et financier, le conseil en ingénierie patrimoniale, le conseil en fusions et acquisitions ("M&A") et le conseil en Private Equity. Sans oublier d’autres services qui ne sont pas directement liés à des aspects financiers et patrimoniaux comme les services de conciergerie (arrangement de voyages personnels et professionnels, paiement de factures, mise en place de personnel permanent ou temporaire...).

GRAPHIQUE VOIR JOURNAL

Comment peut-on garantir l’indépendance du Global Family Officer?

En fonctionnant sur le principe de l’architecture ouverte. Je sais que le mot est souvent galvaudé mais cela correspond exactement à la réalité dans ce cas-ci. Tous les services que je viens de vous décrire sont assurés par des prestataires de services externes même si, en ce qui concerne notre société en particulier, nous disposons en interne du know-how nécessaire grâce à la diversité de nos gestionnaires. De plus, nos Global Family Officers sont eux aussi des indépendants. Ils ont tous un esprit entrepreneurial, travaillent pour leur compte propre et choisissent les prestataires externes qui conviennent le mieux à leurs clients. Et ceci en toute transparence et sans aucun conflit d’intérêt: les clients reçoivent le détail de tous les montants qui leur sont facturés.

Comment se passe la relation entre un Global Family Officer et ses clients?

C’est avant tout l’homme de confiance, le trusted advisor. Il détermine avec les familles sa mission et ses objectifs dans le cadre d’une charte familiale qu’il s’engage à respecter et il les aide à choisir les solutions les plus pertinentes et les plus adaptées à leurs besoins parmi les nombreux produits et services proposés sur le marché. En interaction permanente avec ses clients, le Global Family Officer a non seulement un rôle de médiateur entre les différentes parties concernées mais se doit aussi d’être proactif. En d’autres termes, anticiper les questions que les familles ne se sont pas encore posées et y répondre!

Comment voyez-vous l’avenir du Family Office?

Le Family Office n’en est encore qu’à ses balbutiements en Europe et au Luxembourg en particulier. Le métier n’est pas encore professionnalisé et ne bénéficie pas d’une réglementation spécifique au Grand-Duché. N’importe qui peut se proclamer Family Officer du jour au lendemain! Cette réglementation devra pourtant être mise en place un jour ou l’autre car je suis persuadée que les perspectives de développement du Family Office dans ce pays restent prometteuses. La récente crise financière l’a encore démontré: plus que jamais, le conseil pertinent, personnalisé et donné en toute transparence et indépendance constituera à l’avenir la principale valeur ajoutée des institutions financières luxembourgeoises. A cet égard, les centres de services de Family Office avec leurs gestionnaires hautement qualifiés, parfaitement au courant des dernières innovations financières et patrimoniales, qui ont toujours privilégié la préservation du patrimoine à la spéculation financière, ont leur carte à jouer.

Mis à part une réglementation spécifique au métier de Family Officer, que peut encore faire le gouvernement pour favoriser le développement du Family Office dans notre pays?

Modifier l’arsenal législatif et fiscal et permettre notamment l’existence de structures familiales à caractère philanthropique telles que les trusts et les fondations privées. Pour l’instant, nous ne pouvons pas proposer ce type de services au Grand-Duché contrairement aux autres pays où nous sommes implantés comme la Suisse ou la Belgique.


Diana KNEIP-DIELS
Global Family Office
FUCHS & ASSOCIES FINANCE

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