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| Mensuel : | Edition de juin 2009 |
| Rubrique : | Finance/Conseil |
| Titre : | Vers un reporting adéquat des hedge funds |
| Article : | Comme n’importe quel investisseur, les investisseurs en hedge funds souhaitent savoir comment les gestionnaires allouent leurs investissements. Mais au-delà des informations sur les performances passées, l’investisseur veut aujourd’hui connaitre, préalablement, quels types de risques sont pris afin d’évaluer l’opportunité d’un tel investissement.
Pourtant, à la différence de la plupart des sicav, les hedge funds sont réticents à fournir des informations détaillées sur leurs portefeuilles d'investissement. Sachant que de nombreux hedge funds utilisent des stratégies visant à tirer parti des inefficiences des marchés, les gestionnaires de hedge funds redoutent que la divulgation des détails de leur stratégie ne réduise sensiblement leur chance de gagner leur pari, et donc leurs performances. Cependant, une absence d’information ou une divulgation incomplète peut avoir des effets indésirables, en ce sens que cela ouvrirait la porte à d’autres dangers. Par exemple, le gestionnaire pourrait être amené à modifier sa politique d’investissement, à inclure des types de risques non initialement prévus dans son portefeuille, ou encore à augmenter son effet de levier. Aussi, l’EDHEC, école de commerce française réputée et très active dans le domaine des hedge funds, a conduit une enquête sur les pratiques de l’industrie en matière de reporting, dont les conclusions ont fait l’objet d’une publication (*), et dont s’inspire grandement cet article. Une des constatations les plus importantes de cette enquête est que l’industrie pense que la qualité du reporting des hedge funds est un indicateur important de son excellence, et donc un élément crucial dont doit tenir compte tout investisseur comme critère préalable d'investissement. Toutefois, des différences peuvent exister dans la perception de ce qui est important pour les uns ou les autres, faisant en sorte que certaines exigences des investisseurs ne sont finalement pas rencontrées. D’une manière générale, les gérants de hedge funds ont tendance à surestimer la qualité de leur reporting. Ensuite, dans certains cas, les gestionnaires de hedge funds utilisent de nombreuses mesures de risque et de performance, sans toutefois les montrer aux investisseurs, estimant que ceux-ci n’y auraient pas d’intérêt. Or, toute restriction dans la communication de données informatives est de nature à freiner, in fine, l’investissement en hedge funds. Parmi les informations manquantes, les plus importantes sont sans conteste celles relatives au risque de liquidité, aux risques opérationnels, aux facteurs d'exposition et à l’effet de levier. Dans un autre domaine, l’enquête révèle des écarts importants entre la littérature académique et les pratiques de l’industrie. Ainsi, alors qu’il est établi que les performances des hedge funds ne sont pas normalement distribuées, la majorité de l’industrie préfère utiliser le ratio de Sharpe en tant que mesure de performance ajustée au risque, pourtant inadapté. De même, la plupart des fonds qui rapportent des expositions à des facteurs de risque sont basés sur des facteurs linéaires (comme la plupart des indices de marchés) alors que la recherche empirique a montré que les expositions à des facteurs non linéaires (de type optionnel) jouent un rôle important dans les rendements des hedge funds. En outre, de nombreux participants de l'industrie veulent voir l’alpha d’un hedge fund calculé par rapport à un seul indice (dont parfois même un indice du marché monétaire), ou un peer group. Toutefois, les résultats obtenus par de telles méthodologies sont inappropriés car ils sont généralement surestimés et ne prennent pas en compte les risques liés aux hedge funds. En conclusion, les résultats de cette enquête ont un certain nombre d’implications pour l'industrie des hedge funds. Tout d'abord, de grandes différences entre les perceptions des gestionnaires de fonds sur ce qu’est une information pertinente et les besoins des investisseurs. Bien qu'il y ait peut-être de bonnes raisons de ne pas divulguer, en détail, la composition du portefeuille de hedge funds, de nombreux autres aspects relatifs au risque pourraient être facilement améliorés sans mettre la stratégie d'investissement d’un hedge fund en danger. Deuxièmement, les hedge funds devraient s’orienter vers des mesures de risque et de performances plus appropriées quand ils veulent informer les investisseurs. L’essentiel de la littérature académique montre que de nombreuses mesures de risque sont inadaptées pour établir les vrais risques d’un investissement en hedge fund. Le problème n'est pas qu'il n’y a pas d’indicateur valable, mais qu'ils ne sont pas utilisés, en pratique. Enfin, l’étude déplore que les lignes directrices actuelles tant des associations de l'industrie que des autorités de régulation sont peu susceptibles de renforcer la transparence des hedge funds, et donc la confiance des investisseurs. Parmi les problèmes relevés ci-avant, seuls l'effet de levier et le risque de liquidité sont traités dans le projet actuel de Directive Européenne sur les fonds alternatifs. Toutefois, il est important de noter que cette constatation ne devrait pas être interprétée comme un appel à davantage de réglementation, mais plutôt à une "autorégulation" salutaire et bénéfique pour tous les intervenants impliqués dans l’industrie des hedge funds. (*) Hedge Fund Reporting Survey – F. Goltz & D. Schroeder – EDHEC Risk and Asset Management Research Center Publication – November 2008. L’étude complète est disponible sur le site www.edhec-risk.com, ou par e-mail, sur simple demande. Laurent Bodson (cf. photo), FNRS Ph.D. Candidate in Finance University of Liège laurent.bodson@ulg.ac.be Philippe Debatty, CAIA Managing Director Alternative Advisers S.A. pdebatty@alternativeadvisers.com |
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