Mensuel : Edition de janvier 2009
Rubrique : Finance/Economie
Titre : Les fonds de contrats à terme
Article : L’année 2008 aura particulièrement été difficile pour les hedge funds, seules deux stratégies tirant leur épingle du jeu: les vendeurs nets à découverts (dedicated short bias) et les fonds de contrats à terme (managed futures). En effet, ces stratégies présentent à fin novembre des returns annuels (YTD) positifs de 16.83% et de 15.59% respectivement. (source: CS/Tremont Index). Il faut comparer ces chiffres à la performance négative du Benchmark Broad Index de CS/Tremont de 19.04% à fin novembre!

On s’intéressera dans cet article aux fonds de contrats à terme. En pratique, on distingue deux types de fonds de contrats à terme: les commodity trading advisors (CTAs) et les commodity pool operators (CPOs). Les CTAs sont des personnes physiques ou morales assimilables à des gérants traditionnels, si ce n’est qu’ils investissent principalement dans des contrats à terme. Ils peuvent être structurés soit sous la forme d’un fonds, ce qui implique une stratégie unique pour tous les clients, soit sous la forme de comptes gérés (managed accounts) ce qui autorise une stratégie individualisée pour chaque client. Par opposition, les CPOs sont des personnes ou des organisations qui investissent dans un ou plusieurs CTAs. En quelque sorte, un CPO est assimilable à un fonds de fonds.

Les CTAs forment une catégorie à part dans l’univers de la gestion alternative. Certaines bases de données (Hedge Fund Research par exemple) ne les considèrent pas comme des hedge funds, mais comme une classe d’actifs séparée. Les CTAs sont également la seule catégorie des hedge funds à être régulée par une autorité de contrôle.: la CFTC (Commodity Futures Trading Commission) aux Etats-Unis.

En France, par exemple, les fonds communs d’intervention sur les marchés à terme (FCIMT) sont l’équivalent des CTAs. Ils bénéficient d’un cadre juridique bien défini, contrairement aux hedge funds. Si au départ, les CTAs oeuvraient principalement sur le marché des matières premières (le marché des matières premières existant depuis le milieu du XIXe siècle) , leur univers d’investissement s’est élargi aux devises, taux d’intérêt… Contrairement aux hedge funds, les CTAs offrent souvent une liquidité quotidienne ou hebdomadaire à leurs investisseurs et sont volontiers transparents sur le contenu de leur portefeuille. Par contre, ils sont généralement très discrets sur le processus décisionnel d’investissement, ce qui leur a valu le surnom de "black boxes".

On distingue également deux types d’approche: systématique et discrétionnaire. Le gérant systématique fait une confiance absolue aux recommandations d’un modèle quantitatif. C’est ce dernier qui va en fait dicter les recommandations d’achat et de vente, généralement en fonction d’évènements déclencheurs précis et invariables. Certains gérants systématiques mettent donc plusieurs années à développer un modèle, le tester à rebours en utilisant un long historique de et données une fois le modèle validé, ils le laissent agir seul et se contentent d’exécuter ses ordres. Les techniques de gestion du risque varient énormément, mais on retrouve toujours la technique du stop-loss réajusté quotidiennement, ce qui permet de clôturer les positions jugées trop perdantes. Le gérant discrétionnaire, par contre, n’utilise aucun modèle et fait confiance à son intuition et à son expérience des marchés.

Ce type d’approche nécessite des nerfs solides, car il ne faut pas prendre ses gains trop rapidement ou laisser filer les pertes, ne pas céder à l’euphorie quand tout va bien ou à la peur quand tout va mal. Le principal risque est psychologique: en quelques jours, un CTA discrétionnaire peut perdre beaucoup d’argent sur une simple erreur de jugement et s’entêter à conserver sa position.

L’horizon de temps du CTA peut également varier. On distingue ainsi:
-les scalpers, qui cherchent à capturer des tendances de très courte durée – de quelques secondes à quelques minutes
-les day-traders qui clôturent leurs positions avant la fermeture quotidienne des marchés
-les swing-traders, qui ne sont investis que pendant les phases de progression favorables (généralement quelques jours). En dehors de cette période, le capital n’est pas investi dans des contrats à terme et reste donc à l’abri des retournements de tendance et des accidents de parcours.

Il faut également noter leur propriété de diversification très importante (corrélation négative entre le Benchmark Broad Index CS/ Tremont et le S&P 500) et leur coefficient d’asymétrie (skewness) positif ce qui constituent deux qualités extrêmement favorables. Les fonds de futures ont également présenté une performance positive durant les deux dernières périodes de dislocation de marché. La stratégie a produit une performance de +16% lors de l’effondrement de Long Term Capital Asset Management (Août 1998 – Août 1999) et +28% lors de l’explosion de la bulle technologique (Mars 2001 – Mars 2003).


Christian Berbé
Directeur-adjoint
Degroof Gestion Institutionnelle

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