Mensuel : Edition de novembre 2008
Rubrique : Banque/Finance
Titre : Publication mensuelle du STATEC sur l’état de la conjoncture luxembourgeoise
L'ampleur de la crise financière pèse sur les perspectives de croissance
Article : La tempête financière, qui sévit depuis l'été 2007, a connu une aggravation certaine à partir de la mi-septembre 2008, débouchant sur une crise de type systémique affectant l'ensemble du secteur bancaire au niveau international. Les Etats ont dû intervenir, à la fois pour soutenir plusieurs établissements mis en difficulté (via des opérations de recapitalisation), mais également pour garantir les prêts interbancaires. Au Luxembourg, le Gouvernement a apporté son soutien aux banques Dexia et Fortis qui ont de fortes imbrications dans le tissu économique national, notamment en termes d'emploi. Les développements récents liés à cette crise financière renforcent la menace d'un arrêt abrupt de la croissance économique, au Luxembourg et dans la zone euro.

Inflexion de la croissance au 1er semestre 2008

Le STATEC vient de publier (en date du 13 octobre) les comptes nationaux relatifs au deuxième trimestre 2008, ainsi que des données révisées portant sur les années antérieures. De façon générale, sur la période 2005-2007, la croissance a été révisée à la hausse. Pour ces années, le taux de croissance moyen du PIB en volume a ainsi été relevé de 0.4 points par an. Pour les deux derniers trimestres de 2007, la révision moyenne, toujours sur le PIB en volume, se monte à quelque 0.7 points de croissance (en glissement annuel). Pour le début 2008 par contre, la croissance a été révisée à la baisse: la progression du PIB a ainsi touché un creux au premier trimestre 2008, avec une hausse de 1.2% en glissement annuel. Au deuxième trimestre, il y a une légère reprise, à un taux annuel de 2.8%, avec une contribution importante de la part du secteur financier. Globalement, on peut dire que le secteur financier luxembourgeois a traversé la première moitié de 2008 sans trop d'encombres, tant du point de vue des résultats que de l'emploi, et ce malgré le contexte déjà difficile.

Les perspectives économiques se dégradent

Les perspectives pour le 2ème semestre, en revanche, ne sont pas roses. Au niveau national, peu de statistiques sont disponibles sur le 3ème trimestre(1), notamment pour ce qui concerne le secteur financier, mais certains éléments sont d'ores et déjà incompatibles avec un rebond à court-terme. La forte corrélation observée entre les indices boursiers et le PIB luxembourgeois et la baisse marquée des bourses depuis septembre laissent entrevoir un freinage supplémentaire de la croissance de l'économie luxembourgeoise. D'autre part, les enquêtes conjoncturelles effectuées tant auprès des entrepreneurs que des consommateurs montrent des résultats empreints de pessimisme (un constat valable au Luxembourg, mais aussi dans l'ensemble de la zone euro). Par rapport à la dernière prévision officielle du STATEC pour 2008, qui date de juin dernier et qui tablait sur une hausse du PIB en volume de 3%, il conviendrait ainsi de retrancher au moins un demi-point; c'est la direction retenue récemment par le FMI, qui prévoit une hausse de seulement 2.3%. Pour 2009, le FMI prévoit un ralentissement supplémentaire de la croissance du PIB à 1.8%. Le STATEC quant à lui va publier ses nouvelles prévisions dans la Note de conjoncture 2-08 qui paraîtra le 3 décembre.

Industrie: Détérioration des perspectives

L'activité industrielle montre peu de dynamisme en 2008. Sur les 7 premiers mois de 2008, la production affiche une quasi-stagnation (-0.3%) par rapport aux performances de 2007. Le jugement plutôt pessimiste des industriels sur l'activité (récente et future) ou sur les carnets de commandes jusqu'en septembre ne permet malheureusement pas d'envisager un retournement de tendance pour le reste de l'année. La production est légèrement remontée en août dans l'ensemble de la zone euro, mais la tendance de fond est toujours baissière. Les enquêtes conjoncturelles indiquent en outre un ralentissement sévère de l'activité industrielle européenne sur les mois à venir.

Baisse des prêts immobiliers

Les nouveaux crédits à l'habitat accordés au Luxembourg au cours du 1er semestre 2008 demeurent historiquement élevés, mais se dirigent assez nettement sur une tendance baissière: ils s'inscrivent en recul de 4% environ par rapport au 1er semestre 2007. Dans l'ensemble de la zone euro, les encours de crédits à l'habitat destinés aux ménages progressent en juillet et en août 2008 sur un rythme annuel d'environ 4%, deux fois moins élevé qu'un an auparavant (source: BCE). Les effets du retournement du marché immobilier européen conjugués à ceux de la crise financière poussent les banques à durcir les conditions d'octroi de crédits et les ménages à reporter leurs décisions d'acquisition. La remontée des taux d'intérêt jusqu'en juillet 2008 a également renforcé le coût du crédit.

Tempête d'automne sur les OPC

Les actifs nets des OPC luxembourgeois se sont nettement repliés en septembre, accusant une perte de 6.3% par rapport au mois précédent. L'impact direct des marchés financiers représente environ les 3/4 de cette baisse. Il faut dire que les principales places boursières ont été particulièrement malmenées en septembre, enregistrant une perte d'environ 10%. Le pire reste cependant à venir dans ce domaine, car les principaux indices américains et européens ont encore plus lourdement chuté en octobre (-20% environ à la date du 23 octobre). L'investissement net en capital s'en ressent: il diminue de 28 Mia EUR en septembre. Au cours des 9 mois écoulés de 2008, cet investissement net a progressé de seulement 1 Mia d'EUR par mois en moyenne, contre 15 Mia d'EUR par mois en 2007.

Consommation: performance relativement bonne

Le commerce de détail s'est relativement bien comporté au Luxembourg au cours du 1er semestre 2008, avec un chiffre d'affaires en volume (i.e. déflaté par les prix) hors ventes par correspondance en progression de 1.2% sur un an. C'est surtout au 1er trimestre de l'année que les ventes se sont révélées meilleures, +1.9% sur un an contre 0.6% sur le trimestre suivant, ce qui explique le reflux en données corrigées des variations saisonnières au 2ème trimestre. Ces résultats se comparent favorablement aux autres pays de la zone euro, qui ont vu leurs ventes au détail diminuer en moyenne de 0.9% sur la première moitié de 2008. Ce sont surtout l'Espagne (-4.2%), l'Italie (-3.8%) et l'Allemagne (-0.9%) qui ont subi les évolutions les moins favorables sur cette période. La vigueur des ventes dans certains pays en 2007 s'est largement résorbée, comme en l'Irlande (+0.4% au 1er semestre 2008, contre 6.4% en 2007) ou en France (+0.8%, contre +3.1% en 2007).

Chômage stable à 4.4% en septembre

Le taux de chômage corrigé des variations saisonnières s'élève à 4.4% de la population active en septembre, stable pour le 4e mois consécutif. Le chômage au sens large, qui inclut les personnes inscrites dans des mesures pour l'emploi, augmente très légèrement, à 5.7%, montrant peu d'évolution depuis mars 2008. Les effectifs inscrits dans des mesures pour l'emploi ont diminué de manière prononcée en 2008, avec 650 personnes de moins en moyenne que l'année passée (soit un recul de 17%). Certaines mesures ont été supprimées (CAT, SIE) et les nouvelles mesures mises en place (CAE, CIE) peinent à prendre le relai en termes de participants. Cela semble expliquer en partie la remontée du chômage au sens strict sur le début de 2008, mais que ce soit avec l'une ou l'autre des définitions, l'appréciation conjoncturelle reste identique: le chômage a cessé de diminuer en début d'année et le ralentissement attendu au niveau de l'emploi va pousser le chômage à la hausse sur les mois à venir.

L'inflation alimentaire amenée à ralentir

Les prix des produits alimentaires ont nettement augmenté depuis le 4ème trimestre 2007, sous l'effet d'une hausse des cours des matières premières agricoles. A l'issue du 3ème trimestre 2008, ils connaissent toujours une évolution supérieure à celle de l'indice général, à plus de 6% en variation annuelle. Pour certains produits néanmoins, on constate au cours des derniers mois une inflation plus modérée: c'est le cas des produits laitiers (en baisse depuis juillet), du poisson (prix stables depuis janvier), des légumes frais (mais pas des légumes transformés), du sucre et des pommes de terre (pour ces dernières, les prix sont inférieurs d'environ 8% à ceux de 2007). L'inflation est cependant encore forte sur les produits à base de céréales (+15% sur un an en septembre), les pâtes alimentaires (+28%), les fruits (+10%) ou le chocolat (+10%). Les prix des matières premières alimentaires sur les marchés mondiaux ont diminué de 13% environ depuis juin, ce qui devrait se répercuter favorablement sur les prix à la consommation au cours des mois à venir.

Relations extérieures: Bonne tenue des services au 1er semestre 2008

La balance courante du 1er semestre 2008 s’est soldée par un excédent de 1.05 Mia EUR, un montant équivalent à celui du 1er semestre 2008. Le nouvel excédent record de la balance des services (10.0 Mia EUR contre 9.7 Mia EUR en 2007) et l’amélioration du net laissé par le revenu des investissements ont quasiment compensé les détériorations des autres balances partielles. Sous l’effet du renchérissement des importations de produits pétroliers, le déficit occasionné par les opérations sur biens a connu une aggravation au 1er semestre 2008, passant à 1.7 Mia EUR, contre 1.5 Mia en 2007. La performance enregistrée au niveau des services est due pour une large part aux services autres que financiers, dont notamment les exportations de services de transport – qui ont connu une hausse de près de 8% sur un an. Par ailleurs, les excédents croissants dégagés par les services de communication (+33%) et les autres services aux entreprises (48%) sont principalement reliés aux acteurs de services électroniques opérant au départ du Luxembourg. Les services financiers ont su maintenir le cap, malgré une hausse des importations de services financiers (4.2%) supérieure à celle des exportations (2.7%).

1) Les prochains comptes trimestriels, comprenant une première estimation pour le 3ème trimestre 2008, seront publiés à la mi-janvier 2009.

Source: STATEC

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